Amé­dée, des études et des es­ca­pades

His­toire des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment cler­mon­tois : le col­lège d’en­sei­gne­ment tech­nique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr Di­manche pro­chain. Der­nière chro­nique sur Amé­dée-gas­quet, sa longue tra­di­tion et son évo­lu­tion ré­cente. Nous cher­chons des té­moi­gnages sur l’école nor­male d’ins­ti­tu­trices de l’ave­nue Ber­gou­gnan à Cler­mont. Mer­ci de n

Le col­lège cler­mon­tois Amé­dée-gas­quet a lais­sé dans la mé­moire de ses an­ciens po­taches des sou­ve­nirs tou­jours bien vi­vants du temps des études… et des es­ca­pades.

Jean­paul, du Mon­tel­deGe­lat, a fait sa sco­la­ri­té au col­lège d’en­sei­gne­ment tech­nique, dans les an­nées soixante. Il se sou­vient. « La cha­pelle de l’an­cien couvent, un des lieux em­blé­ma­tiques de notre vie quo­ti­dienne, a au­jourd’hui dis­pa­ru. On y avait amé­na­gé une vaste salle de té­lé­vi­sion avec les fau­teuils d’un an­cien ci­né­ma. L’ac­cès était libre entre 19 h 30, sor­tie du ré­fec­toire, et 19 h 55, l’heure du ras­sem­ble­ment pour l’étude du soir. Pen­dant quelque temps, j’y ai re­gar­dé la sé­rie « Ro­cam­bole », puis l’in­té­rêt a dé­cru. Je n’ai ja­mais vu de film dans cette salle, sauf au cours de deux con­fé­rences, une par la SNCF sur les mé­tiers pro­po­sés et une de la marque d’am­poules Maz­da sur l’éclai­rage pu­blic… toutes deux très ins­truc­tives. Un ac­cès en qua­si sous­sol don­nait sur les douches et une salle de sport. Les douches étaient mi­sé­rables, borgnes, en bé­ton ar­mé lisse, sans aé­ra­tion, chauf­fées par une chau­dière à char­bon. La buée en­va­his­sait le lo­cal étroit et on n’y voyait pas à deux mètres. Si une douche dé­ca­pait, la crasse lo­cale nous lais­sait les pieds plus sales qu’avant… Nous y al­lions une fois par se­maine… »

Une clé bien pra­tique !

Autre sou­ve­nir dont Jean­paul s’amuse : « À la fin des an­nées 50, il y avait en­core beau­coup de han­ne­tons dans les cam­pagnes. Cer­tains d’entre nous en ra­me­naient pour les éle­ver en étude. Un des sur­veillants, bour­ré de tics, avait hor­reur des in­sectes. La nuit ve­nue, les “éle­veurs” lan­çaient des han­ne­tons dans le box où il dor­mait. Pa­nique de sa part ! Puis re­pré­sailles… Toutes mes colles étaient liées à des bê­tises per­son­nelles, en gé­né­ral un pe­tit cha­hut. J’ai éco­pé une seule fois d’une colle col­lec­tive : un mer­cre­di ma­tin, 150 des 160 élèves de 3e qui avaient pas­sé une épreuve de gym­nas­tique au stade Phi­lippe­mar­combes ont dé­ci­dé de ne pas ren­trer avant 17 heures, et, pour la plu­part, d’al­ler voir un wes­tern au Ci­né­monde. Quand nous sommes pas­sés en file in­dienne à l’en­trée de la rue Tor­ril­hon, nous avons trou­vé, à droite le sur­veillant gé­né­ral, et à gauche le cen­seur : « Ce sont les in­ternes ? », de­man­da le pre­mier, « Oui », ré­pon­dit le se­cond… « Eh bien, ça leur fe­ra six heures de colle ! ». « Neuf heures », ré­tor­qua le cen­seur. « Pour les in­ ternes, ce se­ra neuf heures. » Et Jean­paul de com­men­ter : « J’étais col­lé jus­qu’aux va­cances… »

« Les in­ternes de la sec­tion élec­tri­ci­té pos­sé­daient, en grand se­cret, une clé du por­tail der­rière l’école nor­male. Elle était gar­dée par un 2e an­née digne de confiance. En juin 1966, les par­tants nous ont re­mis ce pré­cieux ob­jet. Il per­met­tait de ren­trer du bal ou d’une soi­rée à des heures “non ré­gle­men­taires”. En oc­tobre de cette même an­née, nous avons consta­té que les Classes pré­pa­ra­toires n’avaient plus d’in­ternes. Un soir, nous avons re­çu la vi­site dans nos études libres des deux sur­veillants gé­né­raux. Ils nous ont ex­pli­qué que, fai­sant le mur, ils pas­saient par­des­sus, au sens propre du terme, et que les pas­sants et les voi­sins le si­gna­lant à la loge du concierge, ce­la fai­sait vrai­ment désordre… Donc, comme ils sa­vaient que nous avions d’autres mé­thodes, et qu’ac­ces­soi­re­ment nous étions plus rai­son­nables que des Pré­pa­ros, ils nous en­cou­ra­geaient à ne rien chan­ger à nos usages. Je dois dire que nous sommes res­tés pan­tois, mais, quelque part, fiers et heu­reux de­vant un tel dis­cours… »

Jus­qu’en 1960­1962, la quille sym­bo­li­sait la fin d’an­née, chaque « li­bé­rable » (Bre­vet d’études in­dus­trielles, Bac pro..) se de­vait d’avoir fait la sienne, évi­dem­ment au tour à l’ate­lier… Les sec­tions se fa­bri­quaient éga­le­ment une grande quille de 80 cm de haut et 12 cm en­vi­ron de dia­mètre. Jean­paul ex­plique que « cette quille était le dra­peau qui gui­dait de gi­gan­tesques mo­nômes, sortes de chaînes hu­maines dans la cour d’amé­dée qui ras­sem­blait fa­ci­le­ment 300 élèves. La chan­son qui ac­com­pa­gnait le mo­nôme était très simple : Foooor­mez le Mo­nôme, Fooooor­mez le Mo­nôme, forme ! ». Et on re­pre­nait… »

TRA­VAUX PRA­TIQUES. Jean-paul, du Mon­tel-de-ge­lat, a conser­vé ses « chefs-d'oeuvre » de ly­céen. Mis à part le « pas de vis » de l’étau, tout a été réa­li­sé de ses mains.

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