Cor­rèze et Suède sur la même ligne

Créée par la Cor­ré­zienne Adèle Gillar­deau et le Sué­dois Jo­hannes Lei­jon­berg, la pe­tite mai­son de cou­ture Jo­hannes­adèle s’est fait re­mar­quer en Suède. Elle se­ra pré­sente sur la Fa­shion week de Pa­ris cette se­maine.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Emi­lie Auf­fret

Dans cette pièce im­mense aux pla­fonds dé­me­su­rés se joue un drôle de bal­let. Le cuir, le ve­lours, la laine, la dentelle croisent les mains ex­pertes de deux jeunes chefs d’or­chestre : Adèle Gillar­deau et Jo­hannes Lei­jon­berg. La cin­quième col­lec­tion du couple de créa­teurs se com­pose dans cette vaste mai­son de maître fi­gée par l’hi­ver au coeur de la cam­pagne cor­ré­zienne.

Elle, est d’ici. Plus exac­te­ment de Lis­sac, non loin de Brive. Lui, est d’os­ter­sund, au nord de la Suède. Leurs che­mins se sont croi­sés à An­vers dans la mai­son de cou­ture d’ann De­meu­le­mees­ter. De­puis, les deux sty­listes n’ont eu de cesse de ma­rier leurs ta­lents pour créer des vê­te­ments. De là est né leur uni­vers très sin­gu­lier. Une ligne sobre de vê­te­ments uni­sexes, des sil­houettes an­dro­gynes, un goût d’ailleurs aus­si… « Un vê­te­ment as­sez pra­tique, bien fi­ni et de belles ma­tières. C’est notre marque de fa­brique », lance Adèle Gillar­deau pliée sur une grande table de tra­vail plan­tée au mi­lieu de l’ate­lier.

Pour l’au­tomne­hi­ver 2017­2018, la col­lec­tion por­te­ra aus­si la marque de leurs ori­gines res­pec­tives. « Jo­hannes pra­tique le ho­ckey sur glace. Moi, je suis fas­ci­née par la culture ja­po­naise de­puis toute pe­tite. À ce­la on ajoute quelques touches fran­çaises et on ob­tient l’ins­pi­ra­tion des sa­mou­raïs sur glace ». Le fruit de leur tra­vail : une cin­quan­taine de pièces pour com­po­ser douze te­nues com­plètes pré­sen­tées à Stock­holm, le 30 jan­vier der­nier.

Les al­lers­re­tours, dé­jà nom­breux, avec la Suède vont sans doute s’in­ten­si­fier car là­bas, les deux créa­teurs ont clai­re­ment été re­mar­qués. « Nous avons ob­te­nu un prix ap­pe­lé le “Swe­dish fa­shion ta­lent”. Il nous per­met d’avoir une aide pen­dant une an­née, de pou­voir par­ti­ci­per à un sho­wroom col­lec­tif pen­dant la Fa­shion week sué­doise et de fi­nan­cer le dé­fi­lé avec des man­ne­quins pro­fes­sion­nels ».

Sur la che­mi­née qui en­cadre un pe­tit feu de bois bien fai­blard pour chauf­fer tout l’es­pace, trône aus­si un tro­phée noir et blanc. Une dis­tinc­tion du ma­ga­zine Elle nor­vé­gien qui ré­com­pense « la marque mon­tante de l’an­née ». Mais ce n’est pas pour ce­la que les deux ar­tistes se re­posent sur leurs lau­riers. « En Suède, c’est plus fa­cile qu’à Pa­ris où il y a énor­mé­ment de marques, beau­coup de créa­teurs, de géants de la haute­cou­ture… », tem­po­rise Adèle Gillar­deau. La jeune marque cor­ré­zo­sué­doise tente tou­te­fois sa chance dans la ca­pi­tale mon­diale de la mode (Lire par ailleurs).

En at­ten­dant, il reste du pain sur la planche. De­puis la créa­tion de la marque dé­but 2015, leur tra­vail a évo­lué. « Nous ai­mons re­tra­vailler nos ba­siques : les pan­ta­lons larges, les leg­gings en cuir, les che­mises… ». Quand on de­mande à Jo­hannes Lei­jon­berg, quelle pièce le re­pré­sente le mieux au sein de la col­lec­tion, il n’hé­site pas une se­conde. Il fonce au mi­lieu des pen­de­ries éphé­mères et res­sort avec une veste de cos­tume de ve­lours rouge et un pan­ta­lon de cuir à la main. « Voi­là, c’est cette te­nue. Ample, élé­gante, in­tem­po­relle… », jus­ti­fiet­il dans une langue os­

cil­lant entre l’an­glais et le fran­çais. Une pièce is­sue de la col­lec­tion au­tom­ne­hi­ver 2015 que les créa­teurs avaient ap­pe­lée « Morse ». Ont sui­vi « Vag » pour le prin­temp­sé­té 2016, « Brive Syn­drome » pour l’au­tomne­hi­ver 2016 et « Ici, c’est Del­hi » pour la belle sai­son 2017. Des ma­tières fortes, des teintes sobres et quelques touches de cou­leurs vives : Jo­hannes­adele, qui a pro­po­sé un tra­vail abou­ti dès son pre­mier dé­fi­lé, n’a pour l’ins­tant pas eu de mal à se re­nou­ve­ler. Et les deux ar­tistes ont bien com­pris que pour ce­la, il fal­lait sur­prendre.

Un peu plus loin sur la table, un échan­tillon d’un cuir très par­ti­cu­lier, re­cou­vert d’une couche do­rée d’un seul cô­té est né­gli­gem­ment po­sé. Pour­tant, il a une grande va­leur aux yeux du créa­teur. Ce tis­su, qui a des airs de cou­ver­ture de sur­vie, consti­tue l’une des pièces phares de la der­nière créa­tion. Une nou­velle ma­tière est ain­si ve­nue s’ajou­ter à la par­ti­tion de ces deux chefs d’or­chestre in­sou­mis.

« En Suède, c’est plus fa­cile qu’à Pa­ris où il y a beau­coup de géants de la haute cou­ture »

CRÉA­TION. Adèle Gillar­deau et Jo­hannes Lei­jon­berg tra­vaillent dans leur ate­lier ins­tal­lé dans une grande mai­son de maître si­tuée à Lis­sac, non loin de Brive, en Cor­rèze. PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHER­PI­NIÈRE

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