Des agri­cul­teurs cons­cients qu’ils peuvent dis­pa­raître

Pour le so­cio­logue Fran­çois Pur­seigle, la pro­fes­sion « se pense dé­sor­mais sur un temps court »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & Monde -

« Beau­coup d’agri­cul­teurs fran­çais sont cons­cients qu’ils sont sus­cep­tibles de dis­pa­raître », mais des idées d’or­ga­ni­sa­tion in­no­vantes sont en train d’émer­ger, ex­plique le so­cio­logue Fran­çois Pur­seigle.

Quelle est l’évo­lu­tion du pay­sage so­cio­lo­gique de l’agri­cul­ture fran­çaise ? Les agri­cul­teurs sont dé­fi­ni­ti­ve­ment en mi­no­ri­té dans la so­cié­té fran­çaise, avec moins de 3 % de la po­pu­la­tion ac­tive. De­puis 5­6 ans, il y a une « conscien­ti­sa­tion » qu’ils sont sus­cep­tibles de dis­pa­raître sur leur propre ex­ploi­ta­tion. Il s’agit d’un fac­teur clé dans le ma­laise agri­cole. Faute de ren­ta­bi­li­té de pro­duc­tions tra­di­tion­nelles, beau­coup ne trouvent pas de re­pre­neurs pour leurs ex­ploi­ta­tions, les en­fants d’agri­cul­teurs ne veulent pas for­cé­ment res­ter dans le mé­tier. Le pro­blème est d’au­tant plus per­cep­tible qu’on voit beau­coup de jeunes ar­ri­ver dans la pro­fes­sion avec des pro­jets qui ne cor­res­pondent pas aux struc­tures des ex­ploi­ta­tions à vendre. Ce­ci conduit beau­coup de fa­milles pro­prié­taires à mettre en place des me­sures de sé­cu­ri­sa­tion ju­ri­dique de leur pa­tri­moine pour per­mettre de dis­so­cier le pa­tri­moine fa­mi­lial, de l’ex­ploi­ta­tion. Ce qui les conduit aus­si à cher­cher du per­son­nel pour « faire » à leur place. On voit aus­si de plus en plus en plus d’en­tre­prises agri­coles qui se pré­parent à faire évo­luer leurs struc­tures ju­ri­diques et qui ne s’in­ter­disent pas, de­main, de re­ce­voir des ca­pi­taux ex­té­rieurs.

Com­ment sont ac­com­pa­gnés les nou­veaux agri­cul­teurs pour en­trer dans le mé­tier ? Cette pro­fes­sion se pense dé­sor­mais sur un temps court, ce qui n’était pas le cas avant, no­tam­ment l’en­trée dans le mé­tier est beau­coup plus tar­dive qu’avant. Et le ni­veau de for­ma­tion ne cesse de pro­gres­ser. Un point po­si­tif, de­puis cinq ans, on a vu émer­ger de nou­veaux dis­po­si­tifs d’ac­com­pa­gne­ment à l’ins­tal­la­tion, por­tés par des as­so­cia­tions, qui font un tra­vail de cou­veuse d’en­tre­prise, pour per­mettre à des jeunes d’en­trer pro­gres­si­ve­ment dans le mé­tier, des co­opé­ra­tives aus­si ont in­no­vé pour ac­com­pa­gner des pro­jets d’ins­tal­la­tion.

Quelles so­lu­tions voyez-vous se des­si­ner pour en­ga­ger la mu­ta­tion de l’agri­cul­ture ? Je suis frap­pé par les so­lu­tions de fa­ci­li­té pro­po­sées par cer­tains po­li­tiques. Les cir­cuits courts et les cir­cuits bio sont une so­lu­tion dans cer­tains cas, mais non, ça ne consti­tue­ra pas l’al­pha et l’ome­ga d’une politique agri­cole. Ça de­mande un in­ves­tis­se­ment tech­nique, une ap­pé­tence pour des ques­tions com­mer­ciales. Il ne faut pas ou­blier que cer­tains agri­cul­teurs n’ont pas choi­si ce mé­tier pour faire du bio, mais pour pro­duire, c’est tout. Du cô­té po­si­tif, on constate de nou­velles fa­çons de pen­ser l’en­tre­prise, des ini­tia­tives comme le co­far­ming qui sont de nou­velles fa­çons de pen­ser l’échange, de mu­tua­li­ser l’échange de ma­té­riels via des pla­te­formes, au­de­là des formes tra­di­tion­nelles d’échange. De­puis cinq ans, on voit aus­si ar­ri­ver des pla­te­formes de vente di­recte de pro­duits, on voit des nou­velles fa­çons d’échan­ger du ser­vice. Les agri­cul­teurs n’at­tendent plus que tout vienne d’en haut.

POINT PO­SI­TIF. On constate « de nou­velles fa­çons de pen­ser l’en­tre­prise ». PHO­TO AFP

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