Le retrogaming : quand la nos­tal­gie crée la ten­dance

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Grand angle - Maëlle Ham­ma

La ten­dance du vin­tage n’a pas épar­gné le monde des geeks. De­puis quelques an­nées, les an­ciens jeux vi­déos et con­soles re­viennent au goût du jour, fai­sant naître le retrogaming.

Nos­tal­gie quand tu nous tiens… nom­breux sont les « qua­dras » qui ont res­sor­ti les ma­nettes et con­soles de leur jeu­nesse pour re­plon­ger dans une époque ré­vo­lue du jeu vi­déo. Mais ils ne sont pas les seuls à se pas­sion­ner pour le retrogaming, cette ten­dance qui émerge de­puis six ans.

Su­per Ma­rio, Frui­ty frank, Pa­ro­dius, So­nic… ces jeux com­mer­cia­li­sés entre 1970 et 1990 conti­nuent de sé­duire un large pa­nel de ga­mers nos­tal­giques. « Il n’y a pas de pro­fil type. Cer­tains jouent, d’autres col­lec­tionnent par amour du jeu », constatent Guillaume Pro­vi­dence et Ni­co­las Bor­na­rel, gé­rants de la bou­tique Dy­na­mite games, rue SaintHé­rem à Clermont-Fer­rand. Pour ces deux tren­te­naires qui ont fait du jeu vi­déo leur pro­fes­sion, c’est l’idée « d’as­sou­vir une frus­tra­tion de l’en­fance qui les a pous­sés à res­sor­tir leurs vieilles con­soles. « Au­jourd’hui on tra­vaille et on a les moyens d’ache­ter les con­soles de notre en­fance, chères à l’époque. Il faut dire que les an­nées 90 re­pré­sentent l’âge d’or du jeu vi­déo, ils étaient ori­gi­naux, in­tel­li­gents. Ceux d’au­jourd’hui sont épous­tou­flants, mais le fun et la convi­via­li­té se sont per­dus en cours de route… »

Tant col­lec­tion­neur que joueur, Hu­go Mia­ler, 25 ans est lui aus­si res­té très at­ta­ché à ces jeux vin­tage. « Au­jourd’hui, on cherche le réa­lisme, moi ce qui me plaît, c’est le cô­té ga­me­play en 2D, plus in­tui­tif et l’uni­vers gra­phique. Puis les jeux an­ciens sont sou­vent plus dif­fi­ciles, dans les nou­veaux, on est beau­coup ai­dés et on les ter­mine plus vite. Ce­la va avec la société ac­tuelle de consom­ma­tion qui nous pousse à al­ler tou­jours plus vite, pour en ra­che­ter de nou­veaux », pense le ga­mer dont la col­lec­tion s’élève à une cen­taine d’ob­jets dont une di­zaine de con­soles an­ciennes qu’il branche sur une vieille té­lé­vi­sion, « car les nou­velles té­lés fonc­tionnent en HDMI, sans prise pé­ri­tel. »

Des prix qui flambent

Pour en­ri­chir sa col­lec­tion, Hu­go pri­vi­lé­gie les pe­tites bou­tiques. « Au dé­but, je re­gar­dais beau­coup sur In­ter­net sur des sites comme Le bon coin ou ebay. Mais au­jourd’hui, je pré­fère cher­cher dans les pe­tites bou­tiques, c’est le plai­sir de fouiller, de tom­ber par ha­sard sur un ob­jet. Mais ce­la de­vient de plus en plus dif­fi­cile… »

En cause, l’en­goue­ment sus­ci­té par la ten­dance du retrogaming, qui a par­fois trans­for­mé la pas­sion en un pe­tit bu­si­ness. « Comme dans tous les sec­teurs où il y a une forte de­mande, il y a la spé­cu­la­tion qui va avec, et les prix ont for­te­ment évo­lué de­puis 6 ans. Les jeux les plus com­muns comme Ma­rio ou Te­tris res­tent ac­ces­sibles, mais les jeux plus rares re­pré­sentent une va­ leur mar­chande qui ne va pas en di­mi­nuant », ex­plique Ni­co­las. C’est le cas de Ris­tar sur Se­ga par exemple, dont le prix est pas­sé de 20 à 80 eu­ros en moyenne en à peine un an. « Ce­la nous ar­rive ré­gu­liè­re­ment de voir pas­ser des jeux au ma­ga­sin dont les cotes avoi­sinent les 150 voire 300 eu­ros, mais c’est loin d’être la ma­jeure par­tie des jeux », pour­suit Guillaume. Et par­mi les jeux et con­soles les plus ap­pré­ciées, la nin­ten­do NES ou en­core la Se­ga sa­turne, et plus rare, la SNK neo geo AES ou le PC En­gine.

« Mais elles sont très rares, on en a vu une seule en 6 ans et elle a été re­ven­due le len­de­main de l’ac­qui­si­tion » pré­cise Ni­co­las. Et si toutes les modes viennent un jour à s’es­souf­fler, une nou­velle ten­dance com­mence dé­jà à voir le jour : le néo­retrogaming. « Ce sont des jeux an­ciens adap­tés aux nou­velles con­soles ou re­mas­té­rises, ou de nou­veaux jeux in­édits dans l’es­prit des jeux an­ciens. »

De vé­ri­tables bi­joux vi­déo lu­diques qui conti­nuent de faire vivre le monde du jeu vi­déo, qui, semble­t­il, ne connaît pas la crise…

JOUEUR. Hu­go, 25 ans, col­lec­tionne jeux, con­soles et autres ob­jets dé­ri­vés des an­nées 80-90. Gra­veur sur pierres, il mène éga­le­ment un pro­jet qui lie ses deux pas­sions, en réa­li­sant des gra­vures de per­son­nages connus des ga­mers, sur des pierres nobles comme le marbre. Néan­moins, il veille à ce que la col­lec­tion ne prenne pas le des­sus sur sa pas­sion du jeu… PHO­TO RI­CHARD BRUNEL

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