Quatre ans ca­chée dans un gre­nier...

La grand­mère de Pa­trick Po­chet­la­gaye a pro­té­gé chez elle à Clermont une fa­mille juive

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-dôme actualité - Jean-paul Gon­deau

Une fa­mille juive a vé­cu pen­dant les quatre ans de l’oc­cu­pa­tion dans un gre­nier, rue Bla­tin, à Clermont. Re­cluse mais fi­na­le­ment sauve grâce au cou­rage « se­rein » de la grand-mère du doc­teur Po­chet-la­gaye.

Adeux pas de la vil­la de l’ave­nue de Royat où la Ges­ta­po tor­tu­rait à mort et sur le même trot­toir que le siège du Mo­ni­teur, jour­nal col­la­bo de Pierre La­val, une fa­mille juive a vé­cu pen­dant les quatre an­nées de l’oc­cu­pa­tion, re­cluse sous les combles d’une mai­son bour­geoise, au 63 de la rue Bla­tin, en plein centre de Clermont­fer­rand.

Quatre an­nées de qui­vive à s’an­gois­ser aux moindres bruits et mou­ve­ments de la rue avant la dé­li­vrance, dé­but sep­tembre 1944, avec l’en­trée des ré­sis­tants dans Clermont.

Ol­ga et Syl­vain Ri­ve­line, ain­si que leur fils Robert, 13 ans, ont été sau­vés par Marthe La­porte, veuve Fal­goux, em­ployée Mi­che­lin, belle­soeur du maire Paul Po­chet­la­gaye, et grand­mère du doc­teur Pa­trick Po­chetLa­gaye, le pré­sident du cercle Men­dès­france. Elle avait trou­vé une com­pli­ci­té ac­tive en la per­sonne de sa soeur Thé­rèse La­porte, veuve Su­chère, « dé­mar­cheuse en co­li­fi­chets » (sic). « Ma grand­mère avait ré­pon­du au maire de Clermont qui avait af­fi­ché en mai­rie un ap­pel aux ha­bi­tants pour qu’ils hé­bergent les ré­fu­giés quels qu’ils soient. Elle consi­dé­rait que c’était son de­voir. »

D’où ses an­nées de si­lence ou plu­tôt de pu­dique né­gli­gence avant de se confier à son pe­tit­fils qui n’en re­vient tou­jours pas : « Elle m’en a par­lé de fa­çon se­reine, elle n’avait pas la no­tion du risque ».

En 1943, Clermont ac­cueillait, se­lon le dé­compte pré­fec­to­ral, 670 juifs fran­çais et 250 juifs étran­gers. Sur les 2.000 is­raé­lites ré­si­dant dans le Puy­de­dôme, 400 au­raient pris les trains de la mort.

« Les Ri­ve­line étaient des com­mer­çants pa­ri­siens qui s’ima­gi­naient en 1940 que ja­mais les Al­le­mands n’ar­ri­ve­raient jus­qu’au centre de la France », ob­serve le doc­teur Po­chet­la­gaye. Une illu­sion vite dis­si­pée par le re­cen­se­ment au­quel les ont contraints les au­to­ri­tés de Vi­chy, ce qui les a ren­dus d’au­tant plus vul­né­rables. « Un quart des juifs ré­fu­giés à Clermont a été dé­por­té », es­time Ju­lien Bou­chet, his­to­rien à l’uni­ver­si­té Clermont­auvergne, au­teur d’une étude sur les Justes d’auvergne.

La trop dis­crète Marthe La­porte n’a pas re­çu le titre de « Juste par­mi les na­tions », mais ce ne de­vrait être que par­tie re­mise (voir ci­des­sous).

FRATERNELLES. Marthe et sa soeur Thé­rèse en 1960. DOCUMENT PA­TRICK PO­CHET-LA­GAYE

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