« La di­gni­té, c’est le dé­bat »

Le pa­tron des dé­pu­tés UDI re­trouve Alain Jup­pé

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 Jours en politique - Éric Moine Twit­ter @emoine – le­cho

Ma­cron, c’est dé­fi­ni­ti­ve­ment non pour le pré­sident du groupe UDI à l’as­sem­blée, et Bay­rou « a quit­té la mai­son cen­triste » de­puis dix ans. Alors la porte est grande ou­verte pour Alain Jup­pé.

Alain Jup­pé a an­non­cé ven­dre­di qu’il ne se­ra pas can­di­dat s’il n’a pas le sou­tien de tout son par­ti Les Républicains. Mais il sait dé­jà qu’il ne pei­ne­ra pas à avoir ce­lui de L’UDI, qui doit se pro­non­cer of­fi­ciel­le­ment mar­di. Le res­pon­sable du groupe cen­triste à l’as­sem­blée na­tio­nale, le dé­pu­té d’eure­et­loir Phi­lippe Vigier, a re­noué le lien avec ce­lui qu’il avait dé­jà sou­te­nu à la pri­maire.

Le « J’irai jus­qu’au bout » de Fran­çois Fillon, « as­sas­si­nat po­li­tique », ou sui­cide col­lec­tif ? La ques­tion est plu­tôt : a­t­il en­core la ca­pa­ci­té po­li­tique à conduire ce com­bat ? Lui seul peut ap­pré­cier cette si­tua­tion po­li­tique qui se dé­lite. Ce qui m’im­pres­sionne, c’est que jeu­di Ma­cron pré­sente son pro­jet, et il n’y a au­cun dé­bat de fond, pro­jets contre pro­jets, alors qu’il s’agit de l’ave­nir de la France. L’UDI a sus­pen­du sa par­ti­ci­pa­tion dès mer­cre­di. J’ai par­lé avec Alain Jup­pé, et j’ai la convic­tion qu’il pren­dra ses res­pon­sa­bi­li­tés, qu’il se­ra à la hau­teur du dé­bat.

Et pour­quoi pas Ma­cron ? Beau­coup D’UDI ont été sé­duits avant d’em­bras­ser Jup­pé pour la pri­maire, et Ma­cron, comme vous, veut mo­ra­li­ser la vie po­li­tique…. J’ai été le pre­mier, en 2015, à faire cer­ti­fier nos comptes du groupe par­le­men­taire. J’ai pro­po­sé aus­si, bien avant Ma­cron, la sup­pres­sion du ré­gime spé­cial de retraite des par­le­men­taires. Et qu’on ait un ca­sier ju­di­ciaire vierge pour se pré­sen­ter. On n’a pas été en­ten­dus. Mais je conti­nue­rai à pro­po­ser ces me­sures, car il est im­pé­ra­tif que l’on ré­ta­blisse la confiance entre les ci­toyens et les élus. Je pro­po­se­rai même, aux lé­gis­la­tives, de créer un co­mi­té ci­toyen com­po­sé d’ha­bi­tants de la cir­cons­crip­tion, ti­rés au sort, et je leur re­met­trai toutes les pièces pour s’as­su­rer de ma to­tale trans­pa­rence.

Ma­cron, c’est dé­fi­ni­ti­ve­ment

J’ai beau­coup tra­vaillé avec lui à l’as­sem­blée sur sa loi qui avait plus de 220 ar­ticles. L’UDI avait fait preuve de bonne vo­lon­té en s’abs­te­nant sur le dis­cours de po­li­tique gé­né­rale de Valls. Mais au bout, ils n’ont pris qu’une de nos me­sures, les prêts in­ter­ban­caires. En plus, je ne me vois pas me re­trou­ver, s’il était élu, entre les mains d’un ag­glo­mé­rat avec Cohn­ben­dit, Royal et des res­ca­pés du hol­lan­disme. Où se­ra l’ef­fi­ca­ci­té po­li­tique ? Il dit qu’il veut har­mo­ni­ser les re­traites, mais sans chan­ger les dates de dé­parts. Non : si on har­mo­nise, on har­mo­nise tout, l’âge, la date et les modes de cal­cul. Il dit que l’état s’oc­cu­pe­ra de l’as­su­rance chô­ mage. Non là en­core, car ce­la vou­drait dire qu’on éjecte les par­te­naires so­ciaux. Son pro­gramme n’est pas un pro­gramme de ré­formes puis­sant. Ce­lui de Jup­pé, lui, l’est. Et juste, c’est­à­dire ac­cep­table par les Fran­çais.

Qu’est-ce que la droite avait in­té­gré de vos pro­po­si­tions pour jus­ti­fier votre sou­tien au can­di­dat LR ? D’abord, la concer­ta­tion. Fillon a com­plè­te­ment ré­écrit son pro­jet sur la santé. Sur l’ac­cès aux soins et la dé­ser­ti­fi­ca­tion mé­di­cale, sur la pré­ven­tion, ou en­core, pour l’hô­pi­tal, la né­ces­si­té de faire tra­vailler en­semble pu­blic et pri­vé. Sur l’école, ou sur l’environnement, avec la tran­si­tion éner­gique à crois­sance po­si­tive, c’est le pro­jet UDI qui a été re­te­nu. Sur l’eu­rope, la né­ces­si­té de grands pro­jets in­dus­triels ou au ni­veau des in­fra­struc­tures, c’est en­core L’UDI. Sur la par­ti­ci­pa­tion dont doivent bé­né­fi­cier les sa­la­riés des en­tre­prises, Sar­ko­zy l’avait re­je­té, Fillon l’a ra­me­né.

Fran­çois Bay­rou est-il cen­triste ? Nous avons une grande his­toire com­mune. Mais il nous a quit­tés en 2007 quand il a dit qu’il ne vo­te­rait pas pour Sar­ko­zy. Nos che­mins se sont sé­pa­rés, et ils ne se sont pas re­trou­vés en 2012 quand il a ap­pe­lé à vo­ter Ho­lande. Main­te­nant, il sou­tient « le can­di­dat des forces de l’ar­gent ». C’est son choix, ce n’est pas le mien. At­ten­tion, ce n’est pas la guerre ci­vile, nous de­vons res­ter dans la di­gni­té et la plus grande di­gni­té en po­li­tique, c’est le dé­bat.

CHOIX. « Où se­ra l’ef­fi­ca­ci­té po­li­tique avec Ma­cron ? ». non, alors ?

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