DU TEMPS PRÉ­SENT «A

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - LA SE­MAINE PRO­CHAINE : Phi­lippe Meyer

ujourd’hui, rien ». Le 14 juillet 1789, Louis XVI grif­fon­nait cette phrase la­co­nique dans son jour­nal. Rien de ré­vo­lu­tion­naire. « On connaît dé­sor­mais le pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique ». J’ai en­ten­du ça en boucle le soir du 27 no­vembre. Fran­çois Fillon ve­nait de rem­por­ter la pri­maire de la droite. Sur les pla­teaux des chaînes d’in­fos, les ex­perts étaient tous d’ac­cord. Entre eux. L’éco­lo­giste Jean­vincent Pla­cé avait failli les faire dou­ter. En juin der­nier, il était for­mel : « Hol­lande et Sar­ko­zy rem­por­te­ront les pri­maires et s’af­fron­te­ront en 2017. » Jacques Chi­rac avait pour­tant ob­ser­vé : « Les pré­vi­sions sont dif­fi­ciles, sur­tout quand elles concernent l’ave­nir. » Fran­çois Hol­lande ne l’a pas écou­té. Le 15 oc­tobre der­nier, le Pré­sident fran­çais dé­cré­ta of­fi­ciel­le­ment : « Il y a des élec­tions qui vont se pro­duire aux États­unis, une pré­si­dente va être élue. » Bin­go ! Tu m’étonnes que Trump ne soit pas pres­sé de le re­ce­voir. C’est que la po­li­tique est une dis­ci­pline qui en manque. Pas une science exacte comme l’in­for­ma­tique, qui obéit à des lois pré­cises, bi­naires, et re­pro­duc­tibles. Et ça ri­gole pas : « Le pre­mier jan­vier à mi­nuit, les or­di­na­teurs vont plan­ter, les avions tom­be­ront du ciel, les as­cen­seurs res­te­ront coin­cés entre deux étages. » Bon, 17 ans plus tard, on at­tend tou­jours le bug de l’an 2000… Les in­for­ma­ti­ciens ont des ex­cuses : les pro­grès du nu­mé­rique sont d’une ra­pi­di­té et d’une am­pleur ja­mais connues dans au­cun autre do­maine. Les pre­miers or­di­na­teurs re­montent aux an­nées 1940. En 1949, le ma­ga­zine scien­ti­fique amé­ri­cain Po­pu­lar Me­cha­nics an­non­çait de pro­di­gieuses per­for­mances : « Dans le fu­tur, les or­di­na­teurs pour­raient de­ve­nir de plus en plus pe­tits, et ne pas pe­ser plus d’une tonne et de­mie ! » 27 Juin 2007, 135 grammes : Apple com­mer­cia­lise l’iphone, un té­lé­phone ré­vo­lu­tion­naire avec un écran tac­tile, un na­vi­ga­teur in­ter­net et des lo­gi­ciels in­té­grés. Le soir de la sor­tie, de­vi­nez ce qu’on fait les pontes du concur­rent Black­ber­ry ? Ils ont dé­bou­ché le cham­pagne. Pour se conso­ler ? Non. Pour fê­ter ça : « Un té­lé­phone sans touches, per­sonne n’en vou­dra ! » Pour in­fo, Apple est dé­sor­mais la pre­mière ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de la pla­nète avec une va­leur re­cord de plus de 697 mil­liards de dol­lars. Ima­gi­nez si les gens en avaient vou­lu… En 1980, les frères Bog­da­nov pré­sen­taient sur TF1 une émis­sion d’an­ti­ci­pa­tion, Temps X. Ils avaient consa­cré un dos­sier au té­lé­phone sans fil, qui n’exis­tait pas en­core. Ils ont re­çu les pro­tes­ta­tions du di­rec­teur du Centre Na­tio­nal d’etudes des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, l’au­to­ri­té com­pé­tente la plus éle­vée : « Vous don­nez à tort de faux espoirs aux gens. Le té­lé­phone por­table exis­te­ra cer­tai­ne­ment un jour, mais pas de notre vi­vant. » Comme quoi, même les plus ins­truits peuvent s’éta­ler comme des bouses. C’est­à­dire sûrs d’eux, gon­flés de leur sa­voir. Le la­bel Dec­ca a re­fu­sé les Beatles, avec un ar­gu­ment im­pa­rable : les gui­tares, c’est pas­sé de mode. Autre avis d’ex­pert : « Le ci­né­ma est une in­ven­tion sans ave­nir. » Si­gné Louis Lu­mière, l’in­ven­teur du ci­né­ma. Mais alors, si l’on n’est sûr de rien, quoi faire ? Rien ? Au contraire : tout ! Il y a 2.500 ans, Con­fu­cius pré­ve­nait les aven­tu­reux : « Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu au­ras contre toi tous ceux qui vou­laient faire la même chose, ceux qui vou­laient faire le contraire, et ceux qui ne vou­laient rien faire. » Exac­te­ment ce que je me suis dit en ré­di­geant cette chro­nique.

Pro­phé­ties de tout et de rien

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