« Je­ter l’éponge »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz

J’ai beau­coup en­ten­du dans les médias ces der­niers temps l’ex­pres­sion « Je­ter l’éponge » à propos de nom­breux can­di­dats à l’élec­tion pré­si­den­tielle qui pré­fé­raient se ral­lier à d’autres ou car­ré­ment aban­don­ner le pro­jet de se pré­sen­ter. « Je­ter l’éponge », c’est pré­ci­sé­ment le sy­no­nyme de lâ­cher l’af­faire, sa­voir éper­du­ment qu’on ne pour­ra al­ler au bout du com­bat. Il faut avoir du pa­nache pour re­con­naître sa dé­faite avant l’heure, et une cer­taine forme de cou­rage. Plu­tôt que de s’achar­ner, on ab­dique. D’où vient cette forme par­ti­cu­lière de re­non­ce­ment ?

Pro­chain round

Il faut creu­ser du cô­té de l’uni­vers du sport et plus pré­ci­sé­ment de la boxe pour trou­ver un sens à cette éponge je­tée. Entre chaque round, sur le ring, l’en­traî­neur éponge le vi­sage de son pou­lain, il es­saie de le protéger, de lui re­don­ner une forme et d’en­le­ver un peu de sang bien sou­vent. L’en­traî­neur jauge la force de son élève entre chaque épreuve. Seul lui ou presque peut de­vi­ner s’il a les moyens de conti­nuer après l’avoir épon­gé. S’il sent que le boxeur a en­core suf­fi­sam­ment l’en­vie ou la vi­ta­li­té, l’en­traî­neur range son éponge pour le round sui­vant. Par contre, si le spor­tif est en bout de course, si après l’avoir soi­gneu­se­ment épon­gé, le hé­ros du ring est dé­chu, alors ce­lui­ci jette l’éponge au sol, signe que son élève n’ira pas plus loin, et in­dique par ce geste à l’ar­bitre qu’il aban­donne. L’ex­pres­sion, ar­ri­vée dans le lan­gage fran­çais avec ce sport an­glais au XIXE siècle, per­dure en­core au­jourd’hui plus que ja­mais.

Ga­vin’s Cle­mente Ruiz. Il est l’au­teur de J’y suis, j’y reste, une pe­tite an­tho­lo­gie des ex­pres­sions de notre his­toire (Al­bin Mi­chel), Les coups de foudre qui ont fait l’his­toire (La li­brai­rie Vui­bert) et Le Fin Mot des ex­pres­sions po­pu­laires (Édi­tions Ci­ty). Son pre­mier ro­man Comment pa­pa est de­ve­nu dan­seuse étoile est pa­ru chez Ma­za­rine.

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