ÉCHANGES ENTRE L’AM­BAS­SA­DEUR D’AL­LE­MAGNE ET PIERRE LA­VAL - 17 AOÛT 1944

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Pan d'histoire -

13 HEURES - OTTO ABETZ À PIERRE LA­VAL

« Mon­sieur le pré­sident. Étant don­né que Pa­ris et Vi­chy peuvent être tou­chés d’un mo­ment à l’autre par des évé­ne­ments in­té­rieurs ou ex­té­rieurs dus à la Guerre, le gou­ver­ne­ment al­le­mand me prie de vous faire sa­voir que, pour la sau­ve­garde de l’ordre dans les ré­gions de France non at­teintes par les opé­ra­tions, il es­time né­ces­saire que le gou­ver­ne­ment fran­çais trans­fère son siège de Vi­chy à Bel­fort. […] ».

16 HEURES - LA­VAL À ABETZ

« Mon­sieur l’am­bas­sa­deur. Je vous ac­cuse ré­cep­tion de votre lettre dont j’ai don­né con­nais­sance au Conseil des mi­nistres. Le gou­ver­ne­ment fran­çais n’ac­cepte pas de trans­fé­rer son siège de Vi­chy à Bel­fort, quelles que soient les rai­sons que vous in­vo­quez. Dans ces condi­tions, et après en avoir confé­ré avec eux, l’es­time, avec tous les mi­nistres pré­sents, qu’ils ne peuvent ré­pondre à l’in­vi­ta­tion que vous leur adres­sez. »

21 HEURES - ABETZ À LA­VAL

« La com­mu­ni­ca­tion que j’ai eu l’hon­neur de vous faire cet après­mi­di et concerne le trans­fert des membres du gou­ver­ne­ment fran­çais à Bel­fort re­pré­sente une dé­ci­sion ir­ré­vo­cable du gou­ver­ne­ment du Reich. J’ai donc le re­gret de de­voir ré­pondre à la pro­tes­ta­tion du gou­ver­ne­ment fran­çais com­mu­ni­qué ce soir qu’en cas de

re­fus l’ap­pli­ca­tion de moyens de contrainte de­vient in­évi­table (sic). Trés ho­no­ré Mon­sieur le pré­sident, vous-même et les membres de votre gou­ver­ne­ment ne ver­ront pas seule­ment dans cette dé­ci­sion al­le­mande l’ex­pres­sion du sou­ci du main­tien de la tran­quilli­té et de l’ordre des ar­rières de l’ar­mée al­le­mande, mais aus­si le sou­ci lé­gi­time d’as­su­rer la sé­cu­ri­té per­son­nelle du gou­ver­ne­ment fran­çais. ».

22 HEURES - LA­VAL À ABETZ

« En ré­ponse à votre lettre, j’ai le re­gret de consta­ter que le gou­ver­ne­ment al­le­mand n’hé­si­te­rait pas à re­cou­rir à des me­sures de contrainte pour as­su­rer le trans­fert du gou­ver­ne­ment fran­çais à Bel­fort. Vous vou­lez bien me faire part de votre sou­ci d’as­su­rer la sé­cu­ri­té per­son­nelle du gou­ver­ne­ment fran­çais, mais lais­sez-moi vous dire que mon sou­ci était plus haut ; je vou­lais ac­com­plir jus­qu’au bout et quels qu’en soient les risques mon de­voir de chef du gou­ver­ne­ment. Je dois donc m’in­cli­ner. Mais vous com­pren­drez que dans ces condi­tions, je cesse d’exer­cer mes fonc­tions. ».

23 HEURES - LA­VAL À M. BOUFFET, PRÉ­FET DE LA SEINE, ET M. BUSSIÈRE, PRÉ­FET DE PO­LICE

« J’avais mar­qué à maintes re­prises ma vo­lon­té de res­ter au mi­lieu de la po­pu­la­tion pa­ri­sienne, quoi qu’il ad­vienne. Le gou­ver­ne­ment est contraint par les au­to­ri­tés

d’oc­cu­pa­tion de quit­ter Pa­ris et les pro­tes­ta­tions très vives que j’ai adres­sées à l’am­bas­sade d’al­le­magne sont res­tées sans ef­fet. Je charge le pré­fet de la Seine et le pré­fet de po­lice, cha­cun en ce qui les concerne, de prendre toutes dis­po­si­tions utiles pour as­su­rer l’ordre pu­blic, le ra­vi­taille­ment, les trans­ports, et, d’une fa­çon gé­né­rale pour ré­gler toutes les ques­tions qui in­té­ressent la vie ma­té­rielle et mo­rale de la po­pu­la­tion pa­ri­sienne à la­quelle je de­meure si at­ta­ché. […] ».

23 HEURES - LA­VAL À MM. TAIT­TIN­GER, PRÉ­SIDENT DU CONSEIL MU­NI­CI­PAL DE PA­RIS ; ET CONS­TANT, PRÉ­SIDENT DU CONSEIL DÉ­PAR­TE­MEN­TAL DE LA SEINE

« J’ai été contraint par le gou­ver­ne­ment al­le­mand de quit­ter Pa­ris et je veux, avant de ré­si­lier mes fonc­tions, ac­com­plir un der­nier acte. Il y a quelques jours, je vous ex­pri­mais le ré­con­fort que j’éprou­vais, en ces heures graves, à me trou­ver à Pa­ris. […] Je ne sau­rais ou­blier que j’ai été dé­pu­té, puis sé­na­teur de la Seine. Je suis en­core maire d’au­ber­vil­liers, pré­sident de l’union des maires de ce dé­par­te­ment. J’ai donc une dette de re­con­nais­sance par­ti­cu­lière l’égard (sic) de ceux qui, après avoir mis leurs mains dans les miennes, ne les ont ja­mais re­ti­rées. À ceux qui si long­temps m’ont fait confiance, dites bien, que dans le re­cul de l’his­toire, on com­pren­dra

mieux mon rôle et l’amour que je porte à la France. […] Un jour vien­dra où la France ne connaî­tra plus les ju­ge­ments som­maires et les haines in­justes. ».

20 AOÛT 1944 - DÉ­CLA­RA­TION DE PHI­LIPPE PÉTAIN À « MON­SIEUR LE CHEF DE L’ÉTAT GRAND AL­LE­MAND » (SIC)

« En concluant l’ar­mis­tice de 1940 avec l’al­le­magne, j’ai ma­ni­fes­té ma dé­ci­sion ir­ré­vo­cable de lier mon sort à ce­lui de ma pa­trie et de n’en ja­mais quit­ter le ter­ri­toire. J’ai pu ain­si, dans le res­pect loyal des conven­tions, dé­fendre les in­té­rêts de la France. Le 16 juillet der­nier, de­vant les ru­meurs per­sis­tantes concer­nant cer­taines in­ten­tions al­le­mandes à l’égard du gou­ver­ne­ment fran­çais et de moi­même, j’ai été ame­né à confir­mer ma po­si­tion au corps di­plo­ma­tique, en la per­sonne de son doyen, son ex­cel­lence le nonce apos­to­lique pré­ci­sant que je m’op­po­se­rais par tous les moyens en mon pou­voir à un dé­part for­cé vers l’est. Vos re­pré­sen­tants m’ont four­ni des ar­gu­ments contraires à la vé­ri­té pour me dé­ci­der à quit­ter Vi­chy. Au­jourd’hui, ils veulent me contraindre par la vio­lence et au mé­pris de tous les en­ga­ge­ments, à par­tir pour une des­ti­na­tion in­con­nue. J’élève une pro­tes­ta­tion so­len­nelle contre cet acte de force qui me place dans l’im­pos­si­bi­li­té d’exer­cer mes pré­ro­ga­tives de chef de l’état fran­çais. ».

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