Té­moi­gnages de l’époque Pétain

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Pan d'histoire - Matthieu Per­ri­naud matthieu.per­ri­naud@cen­tre­france.com

En met­tant de l’ordre dans ses sou­ve­nirs de fa­mille, Jac­que­line Dieu­le­veut est tom­bée sur d’an­ciens pa­piers de sa mère. Stan­dar­diste lors des der­niers jours du ré­gime de Pétain, celle-ci a pris en note un échange es­sen­tiel entre Al­le­mands et col­la­bo­ra­teurs. Et a aus­si ai­dé à ca­cher des juifs.

Une fa­mille, comme tant d’autres. Le dé­cès des pa­rents, les en­fants qui mettent de l’ordre dans les af­faires fa­mi­liales. Et puis, au mi­lieu des sou­ve­nirs frois­sés, un pe­tit coffre mé­tal­lique. « Pour pro­té­ger du feu ». La Vi­chys­soise Jac­que­line Dieu­le­veut l’a conser­vé sans l’ou­vrir, « dans un coin ». Pas en­core l’heure.

Puis l’ou­bli. La pe­tite boîte s’éva­nouit dans les limbes du quo­ti­dien. Jus­qu’au jour où, on ne sait pour­quoi, le re­gard se pose à nou­veau sur ce cof­fret, qu’il ne voyait plus. Le temps a pas­sé, Jac­que­line Dieu­le­veut l’ouvre, cette fois.

À l’in­té­rieur, des pa­piers dé­fraî­chis. Té­moi­gnage d’une autre époque, fra­gi­li­sés par la pa­tine du temps. Pas si an­ciens que ça, pour­tant. La date : 1944. À Vi­chy. Alors ca­pi­tale pé­tai­niste de l’état Fran­çais col­la­bo­ra­tion­niste. Sur les cartes, les pa­piers, un nom, et une pho­to. Sa mère. Ma­rieLau­rence Gouyet.

Em­ployée à la ra­dio­dif­fu­sion na­tio­nale, dé­but 44. Puis, à par­tir du 20 juin, stan­dar­diste au ser­vice cen­tral des oeuvres so­ciales de l’air, au se­cré­ta­riat gé­né­ral à la Dé­fense aé­rienne. À la base de Va­rennes­sur­allier.

Carte d’iden­ti­té, de tra­vail, per­mis de sé­jour, lais­sez­pas­ser… tout y est. Mais aus­si une poi­gnée de feuilles dac­ty­lo­gra­phiées. Des doubles pré­cieux d’échanges entre Pierre La­val, alors chef du gou­ver­ne­ment fran­çais, et Otto Abetz, am­bas­sa­deur d’al­le­magne en France (lire ci­des­sous).

C’est elle, Ma­rie­lau­rence Gouyet, qui a pris la dic­tée de ce dia­logue épis­to­laire ten­du entre deux hommes qui sentent dé­jà, sur leur nuque, souf­fler le vent de la dé­faite.

Alors âgée de 32 ans, la jeune femme a tout conser­vé. « À la mai­son, on n’en a ja­mais par­lé », sou­rit Jac­que­line Dieu­le­veut, qui sou­haite dé­sor­mais, mais sans trop sa­voir par où com­men­cer, trans­for­mer ses do­cu­ments fa­mi­liaux en té­moi­gnage his­to­rique.

D’au­tant que sa mère n’a ja­mais épou­sé l’ombre. Jac­que­line Dieu­le­veut se sou­vient d’un mo­ment par­ti­cu­lier. Anec­dote dé­ri­soire, sur le mo­ment, mais qui fait tel­le­ment sens, au­jourd’hui.

« Un jour, on est al­lé ache­ter une salle à man­ger dans un ma­ga­sin ré­pu­té, en haut de la rue de Pa­ris. Il était te­nu par un mon­sieur Drey­fus, qui a fait une grosse ré­duc­tion à ma mère, pour la re­mer­cier d’avoir ca­ché quel­qu’un de sa fa­mille pen­dant la guerre… »

Carte d’iden­ti­té, per­mis de sé­jour, lais­sez­pas­ser… tout y est Re­mer­ciée pour avoir ca­ché un membre d’une fa­mille juive

JAC­QUE­LINE DIEU­LE­VEUT. Elle a re­trou­vé un té­moi­gnage his­to­rique in­édit dans les sou­ve­nirs de fa­mille. PHO­TO VIC­TO­RIA PULIDO

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