8.000 ki­lo­mètres à vé­lo et en fa­mille

Ca­ro­line, Cé­dric et leurs deux en­fants ont fait le tour de France sur deux roues pen­dant huit mois

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Périple - Si­mon An­to­ny si­mon.an­to­ny@cen­tre­france.com Ca­fé Vé­lo. Ca­ro­line et Cé­dric échan­ge­ront au­tour de leur aven­ture, au ca­fé des Au­gustes, lun­di 20 mars. Site : www.grai­nes­de­ba­rou­deurs.com

Plus qu’un voyage, qua­si­ment un rite ini­tia­tique pour Ma­non, 5 ans, et Hu­go, 2 ans. Et l’ap­pren­tis­sage de l’ou­ver­ture aux autres et de la cu­rio­si­té du monde.

Le 1er juillet, les cy­clistes du Tour de France s’élan­ce­ront pour 3.516 km. Pe­tits joueurs !

Ca­ro­line Se­go­ni, Cé­dric Heintz et leurs deux en­fants ont par­cou­ru 8.000 km, eux. Et sans do­page. Certes, leurs étapes fai­saient ra­re­ment plus de 40 km, et ils au­ront pris huit mois pour leur grande boucle. Mais quelle aven­ture.

En avril der­nier, la fa­mille quit­tait sa mai­son de Lempdes. Ca­ro­line sur son vé­lo avec six sa­coches pleines à ras bord. Cé­dric sur un tan­dem avec Ma­non, 5 ans, der­rière. Et Hu­go, 2 ans, dans sa re­morque.

Pour le couple, rien d’anormal. De­puis vingt ans qu’ils sont en­sembles, Ca­ro­line et Cé­dric marchent. Beau­coup. Énor­mé­ment. Et puis, quand Ma­non est ar­ri­vée, ils se sont mis à pé­da­ler. Plus pra­tique. Coup de foudre ins­tan­ta­né. À 6 ans, Ma­non est en train d’user sa sixième mon­ture. Ce tour de France, le couple avait tou­jours su qu’il le fe­rait. Où, quand, comment ? Ils ne sa­vaient pas.

Et puis, les 6 ans de Ma­non ar­ri­vant à grands pas et avec eux, l’école obli­ga­toire, le couple se dé­cide. Le cour­rier est trans­fé­ré chez les grands­pa­rents, avec le car­net de chèques. La mai­son est louée. Ca­ro­line a re­ven­du son agence de com­mu­ni­ca­tion (« Je sa­vais que cette aven­ture me chan­ge­rait et que je ne pour­rai pas re­ve­nir de toute fa­çon. »). Et sur­tout, Cé­dric, tech­ni­cien fri­go­riste de for­ma­tion et père au foyer, a pla­ni­fié en dé­tail le par­cours. 171 étapes. Et 6.500 km.

Un ins­tant, 6.500 ou 8.000 km ? Ca­ro­line sou­rit. « On avait tout pré­vu pour la sé­cu­ri­té des en­fants. Ce qu’on n’avait pas pré­vu c’est que même les jours de re­pos, on fe­rait du vé­lo pour se pro­me­ner ou ren­con­trer des gens. On a fait 1.500 km de rab. »

« Pas de contrainte. » Tel était le leit­mo­tiv du couple. Pour ne pas dé­goû­ter les en­fants. « On avait un pacte : si l’un des en­fants ne se plai­sait pas, on ren­trait. » Ils ne se sont ja­mais plaints. « Pas une seule fois, s’étonne en­core la ma­man. Les en­fants ont une in­croyable ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion. Plan­ter la tente, de nuit, au mi­lieu d’un bois pour­rait leur faire peur, mais non. » Les deux pa­rents posent un re­gard ad­mi­ra­tif sur leur pro­gé­ni­ture. Ils se se­ront mon­trés cu­rieux, ou­verts et gé­né­reux (ils ont of­fert leurs jouets aux en­fants ren­con­trés).

Ce voyage, c’était pour eux aus­si. « Pour leur don­ner le goût des autres. De la bonne cu­rio­si­té. Pas du voyeu­risme. » Cette ou­ver­ture à l’autre, Ma­non et Hu­go au­ront eu l’oc­ca­sion de l’ali­men­ter. Ca­ro­line, au­jourd’hui en­core, n’en re­vient pas. « Sur huit mois, une seule per­sonne a re­fu­sé de nous rem­plir nos gourdes d’eau. Sur les mar­chés, les gens ve­naient nous par­ler et nous in­vi­taient à plan­ter la tente chez eux, à se dou­cher, à faire une ma­chine. » Des anec­dotes de so­li­da­ri­té, Ca­ro­line en a plein sa be­sace. De la gé­né­ro­si­té spon­ta­née.

En lien per­ma­nent avec l’école

Tout ça, sans ou­blier l’édu­ca­tion des en­fants. « Avant de par­tir, la di­rec­trice de Ma­non nous a dit que c’était la plus grande salle de classe du monde. Et c’est vrai. » Le long du ca­nal, les en­fants dé­cou­ vrent les châ­teaux de la Loire. Les pay­sages, les champs et les fo­rêts fran­çaises n’ont plus de se­cret pour eux. « Et puis, il faut les oc­cu­per sur le vé­lo, alors on parle, on chante. » En ren­trant, Ma­non a fait un test avec sa maî­tresse. Pas de re­tard. Au contraire. Donc, pas de sou­ci pour re­nouer avec ses ca­ma­rades à la ren­trée de jan­vier. Sur­tout qu’ils n’ont pas per­du contact.

La fa­mille a pré­sen­té son pro­jet à l’école avant le dé­part. Dans la salle de classe, sur une carte de France, les élèves avancent chaque jour une pu­naise pour suivre le par­cours de Ma­non. La fa­mille en­voie pho­tos et vi­déos de leur aven­ture. En re­tour, chaque mois, l’ins­ti­tu­trice fait par­ve­nir une boîte avec les ob­jec­tifs pé­da­go­giques, des exer­cices et un cahier rem­plis de des­sins des pe­tits co­pains et co­pines de Ma­non.

Quand Ca­ro­line parle de son aven­ture, ce­la res­semble à un Pa­ra­dis. Il de­vait bien y avoir des mo­ments durs pour­tant. « Oui, avoue­t­elle. On n’avait pas per­çu que ce se­rait aus­si dur d’être 24h/24 avec les en­fants. Jour et nuit, sans la tente. L’in­ti­mi­té du couple nous a man­qué. » C’est tout ? Non. Un autre fon­da­men­tal manque. « Quand on dor­mait chez des gens, au pe­tit­dé­jeu­ner, on de­man­dait tou­jours des tar­tines de beurre. Ah, le beurre. Ça nous a man­qué ça. »

Au­jourd’hui, ce qui leur manque c’est leurs vé­los. « Les en­fants ont re­pris le rythme en deux jours. Cé­dric a eu be­soin de deux se­maines. Moi, je m’en re­mets à peine. L’es­pace me manque. Et puis, de se le­ver chaque jour sans sa­voir ce qu’on va voir ou qui on va ren­con­trer. »

« On a fait 1.500 ki­lo­mètres de rab » « Au­jourd’hui, l’es­pace me manque »

De toute fa­çon, la fa­mille ne vit plus pa­reil. « Quand j’ai com­men­cé à sor­tir trois cas­se­roles pour cui­si­ner, alors que j’avais une ga­melle pour tout faire pen­dant huit mois, j’ai dé­ci­dé de vendre. » Ran­ge­ment par le vide à Lempdes. On ne vit pas avec quatre te­nues pen­dant huit mois sans en ti­rer des conclu­sions. « Quelle li­ber­té de ne pas se de­man­der comment on s’ha­bille le ma­tin. On se crée de faux pro­blèmes. »

Et puis, la fa­mille fonc­tionne au troc et à la so­li­da­ri­té. « Il existe des so­lu­tions, mais on n’en a pas conscience. Chez nous, c’est portes ou­vertes. Les gens se servent. On fait pa­reil en re­tour. »

Ca­ro­line se consacre à son as­so­cia­tion de pro­mo­tion du vé­lo. Cé­dric va re­prendre son tra­vail. En rê­vant d’un nou­veau voyage. En Eu­rope du Nord cette fois­ci. « Ils sont en avance sur le vé­lo. On veut ra­me­ner des so­lu­tions en France. »

Et cette fois­ci, Ca­ro­line em­por­te­ra une li­seuse. « Parce que les livres m’ont trop man­qué. Et lire sur son por­table, c’est pas ter­rible. »

SOU­VE­NIRS. Les mil­liers de pho­tos ra­me­nées de­vraient don­ner nais­sance à un livre.

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