Si nous comp­tions nos fon­taines Wal­lace

A la re­dé­cou­verte de l’ar­chi­tec­ture et des mo­nu­ments cler­mon­tois

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr Té­moi­gnage. Si vous avez des in­for­ma­tions sur les fon­taines Wal­lace de Cler­mont et Cha­ma­lières, con­tac­tez-nous sur pgg@orange.fr

Connais­sez-vous Sir Ri­chard Wal­lace ? De Pa­ris à Cler­mont, voi­ci son his­toire. Reste à connaître celle des deux fon­taines de l’ag­glo­mé­ra­tion. À vous la pa­role !

Au dé­but de la IIIE Ré­pu­blique, la mode est à la bien­fai­sance. Les bour­geois for­tu­nés fi­nancent de nom­breuses « bonnes oeuvres ». Par­mi les phi­lan­thropes no­toires à Pa­ris, on trouve un An­glais : Sir Ri­chard Wal­lace (1818­1890), col­lec­tion­neur et membre du Par­le­ment bri­tan­nique. Ayant hé­ri­té une grande for­tune de son père, ce bri­tan­nique amou­reux de la « Ville Lu­mière » sou­haite en faire pro­fi­ter les Pa­ri­siens, ce qui lui vaut une grande po­pu­la­ri­té.

Pen­dant le siège de Pa­ris et la Com­mune, son dé­voue­ment l’avait dé­jà pous­sé à res­ter dans la ville as­sié­gée plu­tôt que de se ré­fu­gier dans une de ses luxueuses pro­prié­tés an­glaises. Son nom reste at­ta­ché aux fon­taines à eau qu’il fi­nan­ça en grande par­tie. À la fin de 1871, plu­ sieurs des aque­ducs qui ali­mentent nor­ma­le­ment la ville en eau po­table sont hors ser­vice et le prix du pré­cieux li­quide, dé­jà éle­vé, aug­mente ra­pi­de­ment. De nom­breux dé­mu­nis se trouvent dans l’im­pos­si­bi­li­té de s’en pro­cu­rer. Wal­lace dé­cide alors de mettre à leur dis­po­si­tion cette eau po­table gra­tuite qui manque si cruel­le­ment dans la ca­pi­tale à l’époque.

Un filtre mis au point par Louis Pas­teur

Sou­hai­tant que son pro­jet se concré­tise le plus ra­pi­de­ment pos­sible, il des­sine l’es­quisse d’une fon­taine et confie au sculp­teur Charles Lebourg la tâche d’en faire une vé­ri­table oeuvre d’art bien dans le goût de son époque. Le ré­sul­tat est plu­tôt réus­si : d’une fac­ture clas­sique, sur une so­lide as­sise, quatre ca­ria­tides sup­portent un dôme ins­pi­ré par la mode orien­ta­liste. L’eau est dis­tri­buée en un mince fi­let. Elle des­cend de­puis le centre du dôme, puis tombe dans une vasque. La dis­tri­bu­tion est, à l’ori­gine, fa­ci­li­tée par deux go­be­lets en fer éta­mé re­te­nus par des chaî­nettes. La pre­mière fon­taine « Wal­lace » est ins­tal­lée et mise en eau en août 1872 sur le bou­le­vard de la Vil­lette. Les chro­ni­queurs de l’époque rap­portent que de nom­breux Pa­ri­siens sont alors pré­sents et tentent de s’en ap­pro­cher dans une joyeuse bous­cu­lade.

L’eau qui ali­mente ces fon­taines (il en existe tou­jours 120 à Pa­ris) est soi­gneu­se­ment fil­trée par un sys­tème mis au point par Louis Pas­teur afin de pro­té­ger les po­pu­la­tions des ra­vages du ty­phus. Cer­tains écrits évoquent aus­si le sou­ci de mettre les po­pu­la­tions à l’abri de l’al­coo­lisme, car faute d’eau les plus pauvres au­raient été ten­tés de boire du vin. Une des ca­ria­tides sym­bo­lise même la so­brié­té !

Des go­be­lets en fer éta­mé pour étan­cher la soif des plus dé­mu­nis

Deux fon­taines Wal­lace à Cler­mont

Main­te­nant, fai­sons le re­cen­se­ment de « nos » fon­taines Wal­lace à Cler­mont. Il est vite bou­clé : deux ré­pondent à l’ap­pel. La pre­mière est si­tuée place de Jaude, près du kiosque à jour­naux, cô­té rue du 11­No­vembre et l’autre à Cha­ma­lières, der­rière la Mai­son des as­so­cia­tions. Connais­sez­vous leurs par­cours et leur pé­riode d’ar­ri­vée en Au­vergne ? Les éru­dits lo­caux sont muets sur le su­jet. En existe­t­il d’autres ? À vous de nous le dire…

SYMBOLISME. Les quatre ca­ria­tides re­pré­sentent la bon­té, la sim­pli­ci­té, la cha­ri­té, la so­brié­té. Cha­cune est dif­fé­rente, soit par la po­si­tion d’un ge­nou, d’un pied, soit par le dra­pé de son cor­sage. Le nom du fon­deur, Charles Lebourg, et l’an­née – 1872 – ap­pa­raissent sur le sou­bas­se­ment. PHO­TO PGG

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