Après vingt ans de grande dis­tri­bu­tion, puis dix ans à te­nir une mai­son d’hôtes du cô­té de Blesle en Haute-loire, ils veulent fa­vo­ri­ser le lo­ca­vo­risme

Après vingt ans de grande dis­tri­bu­tion dans la ré­gion de Lille, puis dix ans à te­nir une mai­son d’hôtes du cô­té de Blesle, en Haute­loire, Jacques Du­ca­tillon et son épouse, Ca­the­rine, veulent fa­vo­ri­ser le lo­ca­vo­risme.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com Plus d’in­fos. Email : pro­jet@ta­lents-di­ci.com Site en construc­tion : ta­lents-di­ci.com

Deuxième chan­ge­ment de vie en dix ans. En août 2005, leurs quatre en­fants vo­lant de leurs propres ailes, Jacques et Ca­the­rine Du­ca­tillon quittent en un été la ban­lieue de Lille pour l’au­vergne. Ils laissent der­rière eux vingt ans de grande dis­tri­bu­tion pour lui, un mi­temps dans un la­bo­ra­toire d’agroa­li­men­taire vé­cu comme une cor­vée pour elle. En juin 2006, le couple ouvre une mai­son d’hôtes à Blesle, en Hau­teLoire, plus beau vil­lage de France en li­sière du Can­tal et du Puy­de­dôme.

« Les bons pro­duc­teurs sont là, tout au­tour, mais pas fa­ciles à trou­ver, pas as­sez va­lo­ri­sés »

Ils re­trouvent du sens – « ma vie pro­fes­sion­nelle son­nait faux », in­dique Jacques –, dé­couvrent le plai­sir de tra­vailler en­semble, d’une vie à la cam­pagne, libres comme l’air. Mais à force d’em­pi­ler les cas­quettes d’au­ber­giste, de femme de chambre, de cui­si­nier…, d’or­ga­ni­ser des concerts, des confé­rences, des stages et des sé­jours à thème pour van­ter leur coin de pa­ra­dis, ils ter­minent chaque jour un peu plus sur les ro­tules.

« Notre mai­son avait ac­quis une belle ré­pu­ta­tion mais nous n’avions plus le temps de créer. Nous cou­rions le risque de tom­ber dans une rou­tine, que, jus­te­ment, nous avions fuie », ré­sume Jacques. Le couple rend son ta­blier et vend son af­faire. « Du­rant ces dix ans à mettre tous les jours les pe­tits plats dans les grands pour nos hôtes, trou­ver des pro­duits lo­caux de qua­li­té et en quan­ti­té suf­fi­sante fut un casse­tête chi­nois, té­moignent les Du­ca­tillon. C’est un pa­ra­doxe car les bons pro­duc­teurs sont là, tout au­tour, mais pas fa­ciles à trou­ver, pas suf­fi­sam­ment va­lo­ri­sés. Sau­ter d’un mar­ché le mar­di à Mas­siac à une vente di­recte dans la se­maine et à un drive le ven­dre­di à Saint­flour pour rem­plir un pa­nier, ce n’était pas sa­tis­fai­sant et nous fai­sait perdre un temps pré­cieux. »

Ain­si est née l’idée de réu­nir les cir­cuits courts sous un même toit dans un lieu connec­té, ou­vert au nu­mé­rique. Un lieu de vie (« Ta­lents d’ici ») où l’on peut faire ses em­plettes – uni­que­ment des pro­duits du coin, fro­mages, fruits, lé­gumes, viandes, sa­lai­sons, mais aus­si de la bière lo­cale ou des sa­vons au lait de chèvre, des pa­niers pour le pique­nique… – et se lais­ser ten­ter par un bol en cé­ra­mique fa­bri­qué par le po­tier voi­sin ap­pre­nant au pas­sage qu’il est un grand spé­cia­liste des terres si­gil­lées d’au­vergne. Le vil­la­geois comme le tou­riste pour­ra pro­fi­ter sur place de la wi­fi, de la pho­to­co­pieuse ou du lave­linge à dis­po­si­ tion, s’at­tar­der sur l’ex­po­si­tion d’un ar­tiste lo­cal, ren­con­trer un pro­duc­teur et dé­gus­ter ses pro­duits, dé­cou­vrir un ar­ti­san d’art, par­ti­ci­per à un ate­lier de cui­sine, de cou­ture, voire à un troc aux plantes…

Paie­ment en ligne et ser­vice drive

« Nous vou­drions allier une bou­tique d’au­tre­fois, avec un ac­cueil cha­leu­reux, tra­di­tion­nel et une com­mu­ni­ca­tion mo­derne per­met­tant les com­mandes et le paie­ment en ligne, un ser­vice drive, des in­for­ma­tions en temps réel sur la vie du pays. »

« Ce n’est pas le pro­jet Du­ca­tillon. Il n’est ques­tion d’au­cun en­ri­chis­se­ment per­son­nel, in­siste Jacques. Au contraire, il ne peut exis­ter que dans la gou­ver­nance col­lec­tive. »

D’où la so­cié­té co­opé­ra­tive d’in­té­rêt col­lec­tif (SCIC), à but non lu­cra­tif, dont il aus­culte tous les res­sorts pour ser­vir de sup­port au pro­jet. « Nous sommes en pré­in­cu­ba­tion sous l’aile de l’union ré­gio­nale des So­cié­tés co­opé­ra­tives et par­ti­ci­pa­tives, in­dique­t­il. C’est un ac­com­pa­gne­ment sur­me­sure, un coa­ching per­son­na­li­sé avec une aide tech­nique, des liens et des re­tours qui nous aident à avan­cer, à nous struc­tu­rer, à y voir clair et mieux nous pro­je­ter. »

Une di­zaine de pro­duc­teurs et d’ar­ti­sans trans­for­ma­teurs, trois ar­ti­sans d’art, quatre à cinq clients se disent prêts à s’as­so­cier, ajoute­t­il. Il reste deux ques­tions à ré­gler. D’abord la col­lec­ti­vi­té pu­blique re­join­dra­t­elle la SCIC ? En­suite, le lieu.

« Nous re­cher­chons une sur­face de 200 m2 avec par­king. Si pos­sible à Mas­siac, dans le Can­tal, si­tue le couple. C’est un bourg­centre de 2.000 ha­bi­tants, dont la zone de cha­lan­dise s’étend à 20.000 foyers, un vil­lage étape le long de l’a75, très tou­ris­tique avec la proxi­mi­té du Lio­ran. Il n’y a plus d’épi­ce­rie et notre gamme se­ra étu­diée pour ne pas concur­ren­cer in­uti­le­ment les com­merces exis­tants. »

PRO­JET. Ca­the­rine et Jacques Du­ca­tillon sur le mar­ché de Mas­siac, vil­lage du Can­tal où ils re­cherchent un lieu pour va­lo­ri­ser les pro­duc­tions lo­cales.

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