Ma­nuel à l’usage des femmes de mé­nage

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Blan­dine Hu­tin-mer­cier

C’est un pe­tit bi­jou qui a failli res­ter mé­con­nu des ama­teurs de nou­velles et de lit­té­ra­ture en gé­né­ral. Née en 1936, Lu­cia Ber­lin, une Amé­ri­caine au destin far­fe­lu, a écrit de­ci de­là dans les an­nées 1950, 60 et 70. Elle meurt en 2004, et son der­nier re­cueil n’est pu­blié que dix ans plus tard. Aus­si­tôt sa­lué par la cri­tique, qui la si­tue dans la li­gnée de Ray­mond Car­ver et Alice Mun­ro. De fait, il y a bien de ces deux no­vel­listes de ré­fé­rence dans les 43 textes qui com­posent ce Ma­nuel à l’usage des femmes de mé­nage (Gras­set). Dans la ma­nière de s’ins­pi­rer du réel, de trans­for­mer le quo­ti­dien en épopée. Dans les por­traits que Lu­cia Ber­lin des­sine avec pré­ci­sion et hu­mour. Dans l’en­ga­ge­ment dont elle fait preuve lors­qu’elle dé­peint la vie des pe­tites gens, la lutte de ses hé­ros or­di­naires contre des maux qui les dé­passent. Dans leurs vies, comme dans la sienne si l’on s’y plonge à notre tour, il est ques­tion de dé­ra­ci­ne­ment, de so­li­tude, d’ad­dic­tion, d’amour et de perte. Et de tous ces pe­tits bon­heurs fur­tifs qui donnent du sel à l’exis­tence. Le tout dis­til­lé dans une langue simple et pleine d’hu­ma­ni­té, noire et cruelle, sans conces­sion mais non sans drô­le­rie. Que ces nou­velles soient lar­ge­ment ins­pi­rées de la vie de leur au­teur ren­force en­core le plai­sir de les lire, en toute vé­ri­té.

Ma­nuel à l’usage des femmes de mé­nage, de Lu­cia Ber­lin (Gras­set) ; tra­duit de l’an­glais (États­unis) par Va­lé­rie Mal­foy. 560 pages, 22 €.

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