Al­trad, un tru­blion qui prend du volume

Le pré­sident de Mont­pel­lier est de plus en plus pré­sent dans le rug­by fran­çais

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Sports - Va­lé­ry Le­fort

Mé­cène de Mont­pel­lier, l’homme d’af­faires oc­cupe une place chaque jour plus im­por­tante dans le pay­sage rug­bys­tique. Sa­laires dé­li­rants, sou­tien fi­nan­cier à la FFR, vo­lon­té de ra­chat en An­gle­terre : Al­trad est par­tout !

Dans le rug­by fran­çais, on l’a d’abord consi­dé­ré avec une pointe d’amu­se­ment. Sans for­cé­ment ima­gi­ner la suite… Après tout, Al­trad n’était pas le pre­mier à « mettre son po­gnon » dans un club de rug­by. Avant lui, d’autres ca­pi­taines d’in­dus­trie ­ Af­fle­lou, Ni­col­lin ­ avaient aus­si ten­té l’aven­ture avant de cal­mer le jeu.

Mais Al­trad n’est vi­si­ble­ment pas de pas­sage. Ce self­made­man au par­cours ex­cep­tion­nel qui force l’ad­mi­ra­tion (*) trans­forme jus­qu’ici tout ce qu’il touche en or. On lui sait des ap­ti­tudes ex­tra­or­di­naires pour son bu­si­ness, les­quelles ont dé­pas­sé les fron­tières, au point d’être élu en 2015 « meilleur en­tre­pre­neur mon­dial de l’an­née ». Avec, en point d’orgue, une ré­cep­tion par Ba­rak Oba­ma, alors pré­sident des États­unis.

Par­ti (vrai­ment) de rien, Al­trad est aus­si une plume, au­teur de livres à suc­cès. Hu­ma­niste, ou­vert au monde, il im­pres­sionne lé­ gi­ti­me­ment par cette des­ti­née sans pa­reil.

Mais dans le rug­by, c’est un peu plus com­pli­qué mal­gré un car­net de chèques sans li­mite et une for­tune que le ma­ga­zine Chal­lenges a fixé à près de deux mil­liards d’eu­ros. Ses dé­mê­lés avec Fa­bien Gal­thié, son an­cien pro­té­gé, l’ont mon­tré sous un jour plus cas­sant. Sa vo­lon­té de réus­sir vite pour dé­cro­cher le Bren­nus, a mis à mal la po­li­tique de for­ma­ tion d’un club qui fai­sait pour­tant l’ad­mi­ra­tion par­tout en France. Même à Cler­mont, c’est dire.

Dans le sillage de Jack White, il a plei­ne­ment en­té­ri­né l’op­tion « la fin jus­ti­fie les moyens », pour mon­nayer un style de jeu et une équipe plus que ja­mais hors­sol. Mont­pel­lier est (sou­vent) fort, mais Mont­pel­lier est (sou­vent) triste à pleu­rer dans le sillage de ses Sud­afs. Le qua­li­fi­ca­tif « d‘équipe du Lan­gue­bok » n’a rien de lau­da­trice…

Car­net de chèques

Sa stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment heurte aus­si un mi­lieu plu­tôt conser­va­teur. Le stade à son nom, sa vo­lon­té de ra­che­ter le club an­glais de Glou­ces­ter alors que le conflit d’in­té­rêts semble évident même si son dé­sir pre­mier ré­pond à une vo­lon­té lé­gi­time de dé­ve­lop­per son groupe outre­manche.

Mais que se pas­se­ra­t­il si Mont­pel­lier et Glou­ces­ter se croisent en Coupe d’eu­rope ? Il est à es­pé­rer que les ins­tances eu­ro­péennes sau­ront mettre le ho­la… Mais quelle que soit l’is­sue, il se­rait illu­soire d’ima­gi­ner qu’al­trad s’ar­rê­te­ra en che­min.

Il a dé­jà ex­plo­sé les codes en ma­tière de ré­mu­né­ra­tion, n’hé­si­tant pas à sur­payer cer­tains joueurs, as­su­mant une po­li­tique sa­la­riale qui met pour­tant l’équi­libre du rug­by tri­co­lore en dan­ger. Ain­si des 41.000 eu­ros par mois pour Du­mou­lin…

Cot­ter, qui rem­pla­ce­ra White à l’in­ter­sai­son, a aus­si tou­ché le gros lot et se­ra le coach le mieux payé du pays. Cru­den, le de­mi d’ou­ver­ture des Blacks, ne vien­dra pas pour les huîtres de l’étang de Thau…

Et voi­là main­te­nant que le na­ming « Al­trad » s’af­fiche de­puis hier sur le maillot des Bleus après un chèque de plu­sieurs mil­lions à l’ap­pui. Of­fi­ciel­le­ment, c’est pour « sou­te­nir la can­di­da­ture de la France à l’or­ga­ni­sa­tion de la coupe du monde 2023 ».

Dé­sin­té­res­sé Al­trad ? L’ave­nir le di­ra… Mais une chose est sûre, il n’a pas fi­ni de dé­frayer la chro­nique dans le ­ pe­tit ­ monde du rug­by.

(*) Al­trad est né dans le dé­sert en Sy­rie. Il est ar­ri­vé en­fant en France où il a bâ­ti son em­pire. Son groupe épo­nyme est spé­cia­li­sé dans le ma­té­riel pour le BTP, no­tam­ment les bé­ton­nières et les écha­fau­dages.

POIDS. Le rug­by fran­çais, à l’image du nou­veau pré­sident de la FFR, Ber­nard La­porte, s’ap­puie de plus en plus sur Mo­hed Al­trad et sa for­tune… De­puis hier et Ita­lie-france, le nom Al­trad ap­pa­raît même sur le maillot des Bleus. Une pre­mière dans l’his­toire.

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