Une ré­flexion qui du­ra un de­mi-siècle

Re­tour sur les ori­gines de l’ecole nor­male d’ins­ti­tu­trices de Cler­mont­fer­rand

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont Vivre Sa Ville - Pierre Ga­briel Gon­za­lez pgg@wa­na­doo.fr

C’est vers 1880 qu’on com­mence à s’in­té­res­ser vrai­ment dans le Puy-dedôme à la for­ma­tion des ins­ti­tu­trices, cin­quante ans après la créa­tion d’une Ecole nor­male d’ins­ti­tu­teurs en 1831…

«Autres temps, autres moeurs » dit l’adage. Au mi­lieu du XIXE siècle, nous sommes exac­te­ment dans cette confi­gu­ra­tion. L’ins­truc­tion est alors pra­ti­que­ment ré­ser­vée à l’homme, au citoyen, à ce­lui « qui tient un rôle ac­tif dans la cité ». Quant à la femme, se­lon l’es­prit de ce temps, « il lui suf­fit pour bien rem­plir sa vie d’être une mé­na­gère ha­bile, une épouse et une mère dé­vouée »…

Ne fai­sons pas d’ana­chro­nisme, il existe à cette époque un consen­sus sur ce su­jet dans toutes les classes de la so­cié­té et pour beau­coup les ordres re­li­gieux voués à l’en­sei­gne­ment des jeunes filles sont consi­dé­rés comme les plus qua­li­fiés. En 1850, les en­fants fré­quen­tant l’école élé­men­taire dans le Puyde­dôme sont au nombre de 14.925 pour les écoles pu­bliques (13.500 gar­çons et 1.425 filles) et de 13.260 pour les écoles pri­vées (333 gar­çons et 12.927 filles). Un ins­pec­teur d’aca­dé­mie ré­sume alors par ces mots la si­tua­tion : « On pré­fère l’école pu­blique pour les gar­çons, l’école libre pour les filles ». tu­trices étant moins éle­vé que ce­lui des ins­ti­tu­teurs. Hé­las, cette ex­pé­rience tourne court et prend fin en 1863.

La suite a lieu à l’école SaintCé­cile, rue Si­doine­apol­li­naire à Cler­mont­fer­rand, alors di­ri­gée par les soeurs Mo­nanges (**), avec l’ar­rê­té pré­fec­to­ral du 26 mai 1865 qui or­ga­nise un « cours nor­mal ». Il sti­pule : « A l’ave­nir les bourses dans l’ins­ti­tu­tion des de­moi­selles Mo­nanges pour­ront être don­nées à des filles ou femmes d’ins­ti­tu­teurs exer­çant dans le Puy­de­dôme ain­si qu’à de jeunes per­sonnes ayant dé­jà ren­du des ser­vices dans l’en­sei­gne­ment pu­blic, ou, à dé­faut, dans l’en­sei­gne­ment pri­vé ». Le même ar­rê­té éta­blit éga­le­ment un concours d’en­trée au cours du­quel chaque pos­tu­lante doit mon­trer qu’elle « lit et écrit cou­ram­ment, pos­sède la pra­tique des quatre opé­ra­tions » et qu’elle peut « ré­pondre aux ques­tions po­sées sur le ca­té­chisme et l’his­toire sainte ».

En 1877, les su­jets du con­ cours sont ex­pli­cites : une dic­tée ex­traite du Gé­nie du chris­tia­nisme de Cha­teau­briand, un su­jet de ré­flexion sur « l’obéis­sance » à par­tir du Sa­cri­fice d’abra­ham, une composition d’arith­mé­tique sur les me­sures simples de lon­gueur et une page d’écri­ture cur­sive dans les trois gros­seurs. Vers 1880, ce « cours nor­mal » rend de vé­ri­tables ser­vices et pro­cure chaque an­née à l’ad­mi­nis­tra­tion deux ou trois maî­tresses bre­ve­tées, c’est­à­dire suf­fi­sam­ment pour ré­pondre aux be­soins de cette époque !

Comme nous le ver­rons di­manche pro­chain, les condi­tions n’étaient pas en­core to­ta­le­ment réunies pour la nais­sance d’une vé­ri­table École nor­male d’ins­ti­tu­trices.

(*) Dans « Ecole nor­male », il faut com­prendre « nor­male » dans le sens de « qui sert de mo­dèle » d’après le sens du la­tin nor­ma, « ligne de conduite », « pres­crip­tion ».

(**) En 1904, à la de­mande des Soeurs de la Mi­sé­ri­corde, Léon­tine Mo­nanges pren­dra la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment sco­laire qui porte tou­jours son nom dans le quar­tier de la Gare.

MAJESTUEUSE. La fa­çade prin­ci­pale de l’ecole nor­male d’ins­ti­tu­trice de Cler­mont, se­lon l’aqua­relle de F. Clé­men­sat. DE L’ÉTA­BLIS­SE­MENT (1938) IMAGE EX­TRAITE DE LA BRO­CHURE DU CIN­QUAN­TE­NAIRE

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