Les temples d’ang­kor vic­times d’un suc­cès am­pli­fié par le ci­né­ma

Mo­dèle de sau­ve­garde du pa­tri­moine, les temples de l’an­cien em­pire khmer d’ang­kor (Cam­bodge) sont vic­times d’un suc­cès am­pli­fié par le ci­né­ma qui a trou­vé là un ter­rain exo­tique d’ex­cep­tion.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Quelle que soit l’heure de la jour­née, il faut s’ar­mer de pa­tience pour ap­pro­cher les longues ra­cines de l’arbre fro­ma­ger qui étouffent à la ma­nière du py­thon les ruines du temple de Ta Prohm, sur le site d’ang­kor au Cam­bodge.

Construit vers 1186, le « mo­nas­tère du roi » fut un temple boud­dhiste qui abri­ta aux temps de sa splen­deur 260 di­vi­ni­tés. Mais au­jourd’hui, c’est une nou­velle di­vi­ni­té qui at­tire les tou­ristes, tout par­ti­cu­liè­re­ment sud­co­réens, ja­po­nais, chi­nois et viet­na­miens qui pra­tiquent ici la dé­vo­tion du sel­fie.

Cette di­vi­ni­té est un sex­sym­bol hol­ly­woo­dien. An­ge­li­na Jo­lie a don­né une nou­velle po­pu­la­ri­té au site en jouant dans les ruines du temple et entre ses fa­meuses ra­cines le rôle de l’hé­roïne du jeu vi­déo La­ra Croft (2001), l’ar­chéo­logue aven­tu­rière de Tomb Rai­der.

Ce qui n’était pas écrit dans le scé­na­rio, c’est que le coeur de la star se­rait tou­ché par le Cam­bodge et les Cam­bod­giens. En 2002, An­ge­li­na a adop­té seule un jeune cam­bod­gien Mad­dox, dans un or­phe­li­nat de la pro­vince de Bat­tam­bang, l’un de ses six en­fants.

Son at­ten­tion pour ce pays ne s’est pas ar­rê­tée là. De­ve­nue « am­bas­sa­drice de bonne vo­lon­té » du Haut­ com­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés (HCR), son en­ga­ge­ment hu­ma­ni­taire lui a va­lu la na­tio­na­li­té cam­bod­gienne en 2005.

Le mois der­nier An­ge­li­na Jo­lie est re­ve­nue à Ank­gor avec tous ses en­fants pour pro­je­ter au mi­lieu des temples sa nou­velle réa­li­sa­tion, D’abord ils ont tué mon père. Le film, qui sor­ti­ra en sep­tembre sur le site de strea­ming Net­flix, est consa­cré aux crimes per­pé­trés par les Kh­mers rouges au Cam­bodge entre 1975 et 1979. Réa­li­sé avec le cé­lèbre ci­néaste cam­bod­gien Ri­thy Panh, le film a été adap­té du livre de la mi­li­tante des droits de l’homme Loung Ung (voir ci­contre).

Jean-jacques An­naud

Sans re­mon­ter à Lord Jim (Ri­chard Brooks, 1965, avec Pe­ter O’toole), qui fut tour­né en par­tie à Ang­kor, un autre ci­néaste a ma­gni­fié dans une fic­tion les ruines cam­bod­giennes.

Entre 2000 et 2003 JeanJacques An­naud a tour­né de nom­breuses scènes des Deux frères dans les temples, les vil­lages et la jungle du Cam­bodge.

Ses stars à lui sont deux tigres que l’on voit gran­dir dans la jungle. Le réa­li­sa­teur fran­çais les fait naître dans « l’arbre pieuvre » du temple de Ta Prohm. Mais nous sommes ici dans les an­nées 20, bien avant Tomb Rai­der. À Ta Prohm JeanJacques An­naud a dû ra­jou­ ter des sta­tues, des ra­cines et 20.000 plantes pour re­cons­ti­tuer le site tel que le dé­cou­vrirent les tou­ristes em­me­nés par les pre­mières agences de voyage au dé­but des an­nées 1920.

Des scènes de « l’antre des tigres » ont aus­si été tour­nées dans un autre temple d’ang­kor, Beng Mea­la, un peu moins dé­ga­gé de la jungle que Ta Prohm et qui a conser­vé plus de mys­tère. Une large pas­se­relle de bois per­met d’ac­cé­der au centre de l’édi­fice. Elle a été construite par l’équipe de JeanJacques Ar­naud et est au­jourd’hui uti­li­sée par les tou­ristes.

Ap­puyé par un gros bud­get de 60 mil­lions d’eu­ros, le réa­li­sa­teur n’a pas hé­si­té à hé­li­por­ter une par­tie de son équipe près de la fron­tière thaï­lan­daise pour trois scènes de nuit dans le temple de Ban­teay Chh­mar. Il faut re­con­naître que le bas­re­lief du bod­hi­satt­va Ava­lo­ ki­te­sh­va­ra aux 32 bras, qui a échap­pé aux pillages, vaut le voyage. Il est du plus bel ef­fet sous la flamme de la torche de An­naud.

À deux heures de route en tuk­tuk au nord­est d’ang­kor et après une de­mi­heure de marche, la « ri­vière aux mille lin­gams » de Kbal Spean vaut aus­si le dé­tour. Jean­jacques An­naud y a conduit ses hé­ros en hé­li­co­ptère pour les scènes fa­mi­liales des deux jeunes tigres alors avec père et mère. Les lin­gams (symboles du dieu Shi­va) et les di­vi­ni­tés hin­doues sculp­tés dans le lit de la ri­vière ap­puient la quié­tude de ces sé­quences.

Les premiers tou­ristes ont été at­ti­rés à Ang­kor par les des­sins exo­ti­sés des ex­plo­ra­teurs pion­niers. Le res­sort tou­ris­tique est tou­jours le même. Seul le conte­nu et le mode de dif­fu­sion de ces images qui nous font rê­ver et nous donnent le goût d’ailleurs ont chan­gé.

TA PROHM. Ses temples ont ac­cueilli le tour­nage des Trois frères de Jean-jacques An­naud, mais c’est sur­tout ce­lui de La­ra Croft-tomb Rai­der qui a pro­pul­sé sa cé­lé­bri­té.

ANG­KOR VAT. L’une des réus­sites les plus mar­quantes de la Conven­tion du pa­tri­moine mon­dial, vic­time au­jourd’hui de son suc­cès.

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