Un El­do­ra­do pour les jeunes pousses

À Mu­rat, dans le Can­tal, Bé­ryl Fat­tac­cio­li et Bru­no Mes­sin ont trou­vé un en­vi­ron­ne­ment pro­pice à leur dé­sir d’en­tre­prendre et aux va­leurs col­la­bo­ra­tives qui les animent. À mille lieues de leur vie sur la Côte d’azur.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

En trois se­maines, Bru­no Mes­sin, an­cien of­fi­cier élec­tro­ni­cien sur des yachts, et Bé­ryl Fat­tac­cio­li, sa com­pagne, ex­ma­na­ger, ont fran­chi un cap dé­ci­sif à Mu­rat, au pied des mon­tagnes du Lio­ran, là où, en trois ans, à An­tibes, sur leur Côte d’azur na­tale, ils res­taient à quai.

« Nous avons dé­cou­vert un coin de cam­pagne ma­gni­fique, bran­ché à fond sur le nu­mé­rique »

Le 22 oc­tobre, le couple rem­porte le concours « Start’up Chef » (*). À la clef, des condi­tions op­ti­males dans une cam­pagne hy­per­connec­tée pour im­plan­ter leur jeune pousse (lire ci­des­sous). À com­men­cer par un lo­ge­ment pris en charge par la collectivité du­rant six mois.

Le 3 jan­vier, ils s’ins­tallent dans le Can­tal. Et laissent, der­rière eux, leur ap­par­te­ment de 40 m2, l’es­pace de co­wor­king et le Nav­lab (Fa­blab dé­dié à la ma­rine) qu’ils avaient fon­dés et di­ri­geaient sans aides de­puis 2014.

Deux mois plus tard, les deux tren­te­naires ne sont tou­jours pas re­des­cen­dus de leur pe­tit nuage, de cette se­maine cru­ciale où tout s’est en­chaî­né.

« Nous cher­chions à agran­dir notre es­pace de co­wor­king et avions en­tre­pris de pros­pec­ter en de­hors de la ré­gion car sur An­tibes, c’est to­ta­le­ment in­ac­ces­sible. Pour 300 m2 de bu­reaux là­bas, on peut de­ve­nir pro­prié­taire d’un châ­teau avec quinze hec­tares ici. » Après un pas­sage dans le Lot, ils dé­barquent donc à Mu­rat, à l’in­vi­ta­tion de la com­mu­nau­té de com­munes des Hautes Terres. Et là…

« Nous avons dé­cou­vert un coin de cam­pagne non seule­ment ma­gni­fique dans ses cou­leurs d’au­tomne mais bran­ché à fond sur le nu­mé­rique avec une longue ex­pé­rience du té­lé­tra­vail, un co­wor­king der­nier cri, un Fa­blab su­per­équi­pé. Et tout aus­si in­croyable : des élus à notre écoute, aux pe­tits soins alors que ja­mais, à An­tibes, nous n’avions pu dé­cro­cher le moindre ren­dez­vous avec le maire mal­gré notre in­sis­tance. »

En quelques jours, Bru­no et Bé­ryl ren­contrent un ter­ri­toire, ses ac­teurs éco­no­miques, ses ré­seaux, des in­ves­tis­seurs po­ten­tiels, noue de pos­sibles par­te­na­riats… Le jour et la nuit, in­sistent­ils, avec une Côte d’azur où ils se sen­taient comme « un pion sur un grand échi­quier, sans vi­si­bi­li­té ».

« À nos amis qui s’in­quiètent, nous di­sons : ve­nez­vous ins­tal­ler ici et vous ver­rez !, s’en­thou­siasme Bru­no. Quit­tez l’as­phyxie des grandes villes, où les ini­tia­tives sont noyées par la mul­ti­tude. Vos clients sont à l’autre bout du monde, il faut en pro­fi­ter. Les zones ru­rales ont pour vous des en­vies, de la bien­veillance ; les portes s’ouvrent plus fa­ci­le­ment. » Quelle pub !

En ré­ponse à un sou­tien au­quel ils ne s’at­ten­daient pas, le jeune couple veut très vite ap­por­ter sa pierre à l’édi­fice et ou­vrir un tiers­lieu dans une an­cienne scie­rie de Neus­sargues ré­ha­bi­li­tée en res­sour­ce­rie. L’ac­ti­vi­té ne se li­mi­te­rait pas à la col­lecte d’ob­jets pour les va­lo­ri­ser

mais ac­com­pa­gne­rait la po­pu­la­tion dans la ré­no­va­tion du vieux mobilier, la réuti­li­sa­tion du pa­pier et du car­ton, la ré­pa­ra­tion d’ap­pa­reils élec­tro­niques… Et of­fri­rait aux ar­ti­sans et ar­tistes lo­caux un es­pace de tra­vail par­ta­gé (ate­liers et bou­tique), une ma­tière pre­mière bon mar­ché et des ou­tils mo­dernes (bou­tique en ligne et com­merce aug­men­té, pro­duc­tion de tu­to­riels).

Le goût des sai­sons

« Nous vou­drions aus­si ap­por­ter de l’ani­ma­tion avec un ca­fé et des loi­sirs créa­tifs à des­ti­na­tion des ha­bi­tants, des néo­ru­raux et des nou­veaux ar­ri­vants pour fa­vo­ri­ser leur in­té­gra­tion », in­dique Bé­ryl.

« Même si, ajoute la jeune femme, notre vie so­ciale est dé­jà plus riche ici qu’à An­tibes. Sans les bou­chons et le stress, à pro­fi­ter du bon air et du si­lence quand on ouvre les fe­nêtres, on a au­to­ma­ti­que­ment en­vie de sor­tir, de dis­cu­ter avec l’épi­cier ou le bou­cher, d’al­ler à un concert, au ci­né, se faire un pe­tit res­to. » « On est aus­si moins bom­bar­dés d’in­fos, il est plus fa­cile de choi­sir », ajoute Bru­no.

Il pour­suit : « Aux gens qui nous as­sènent : “Vous êtes fous, à votre âge pour­quoi vous en­ter­rer ?” je ré­ponds : “On a re­trou­vé des va­leurs et du sens, le goût des sai­sons, du par­tage, de l’ac­tion col­lec­tive, loin des pal­miers et du bling­bling.” »

Le couple qui avait ex­clu la pos­si­bi­li­té d’un en­fant dans sa vie d’avant confie y son­ger main­te­nant…

(*) Le ju­ry a re­te­nu aus­si le pro­jet por­té par un autre couple (Char­lotte et Maël Cabe) de fa­bri­ca­tion de pain au le­vain bio.

HEU-REUX. « À nos amis qui s’in­quiètent, nous di­sons : ve­nez-vous ins­tal­ler ici et vous ver­rez ! »

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