3 ans, 8 mois et 20 jours dans l’en­fer gé­no­ci­daire

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Le film d’an­ge­li­na Jo­lie et Ri­thy Panh, qui se­ra dif­fu­sé sur Net­flix en sep­tembre, D’abord ils ont tué mon père, adap­té du ré­cit au­to­bio­gra­phique de Loung Ung, pa­ru en jan­vier 2002 chez Plon, ra­conte l’épi­sode le plus sombre de l’his­toire ré­cente du Cam­bodge.

Née dans une fa­mille bour­geoise cam­bod­gienne, Loung Ung avait 5 ans le 17 avril 1975 quand l’armée de Pol Pot en­va­hit Ph­nomPenh et vi­da la ca­pi­tale de ses ha­bi­tants pour consti­tuer une so­cié­té agraire éga­li­taire en éli­mi­nant tous ceux qui contra­riaient son pro­jet. Comme beau­coup d’autres, la fa­mille de Loung Ung fuit la ca­pi­tale, erre de vil­lage en vil­lage en se fai­sant pas­ser pour des pay­sans anal­pha­bètes.

Afin d’avoir les meilleures chances de sur­vie, Loung et les siens se sé­parent et la fillette est en­rô­lée comme « en­fant­sol­dat ». Les pa­rents de Loung Ung et deux de ses soeurs dis­pa­raî­tront dans la tour­mente gé­no­ci­daire qui fe­ra près de 2 mil­lions de morts. Après l’in­va­sion du Cam­bodge par le Viet­nam en 1979, qui met fin au ré­gime khmer rouge, Loung Ung se ré­fu­gie aux États­unis où elle vit tou­jours.

Mé­moire du gé­no­cide

Quelques­unes des pages les plus sombres des « 3 ans, 8 mois et 20 jours » de cet en­fer qu’évoquent fa­ci­le­ment tous les Cam­bod­giens de plus de 40 ans, sont pré­sen­tées à Ph­nomPenh à tra­vers la vi­site du mu­sée Tuol Sleng qu’ou­vrirent les Viet­na­miens dès 1980. Un an­cien ly­cée qui de­vint à par­tir de 1975 le plus grand centre de dé­ten­tion et de tor­ture du pays, le S­21. 15.000 per­sonnes y furent em­pri­son­nées et tor­tu­rées. Une poi­gnée d’entre elles sur­vé­curent. Les forces viet­na­miennes qui li­bé­rèrent le camp en 1979 n’y trou­vèrent que 7 sur­vi­vants.

Ré­amé­na­gé en 2011 avec l’aide de l’unes­co, le mu­sée conserve la mé­moire du gé­no­cide. Ses archives contiennent les pho­to­gra­phies de plus de 5.000 pri­son­niers pas­sés par le camp ain­si que leurs « aveux » ar­ra­chés sous la tor­ture.

Un en­semble d’archives très do­cu­men­té qui a été uti­li­sé lors des quelques pro­cès de di­ri­geants kh­mers rouges, no­tam­ment ce­lui de Kaing Guek Eav, alias Douch, qui di­ri­geait le S­21, condam­né à la pri­son à vie en fé­vrier 2012.

À 77 ans, Bou Meng, l’un des tout der­niers sur­vi­vants du camp, té­moigne en­core chaque jour de­vant les vi­si­teurs du mu­sée des atro­ci­tés per­pé­trées au nom de la ré­vo­lu­tion com­mu­niste du Cam­bodge.

TUOL SLENG. 15.000 per­sonnes furent em­pri­son­nées et tor­tu­rées dans le centre S-21.

AN­GE­LI­NA JO­LIE. Sur le site d’ang­kor Vat le 18 fé­vrier, la star a pré­sen­té son nouveau film sur l’en­fer khmer rouge au roi No­ro­dom Si­ha­mo­ni et à la reine Mo­nique. PHOTO AFP

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