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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

est di­rec­te­ment à vous que je m’adresse, oui, vous qui me li­sez au­jourd’hui. Je vous de­vine. « Vous êtes so­ciable, même s’il vous ar­rive de res­ter un peu en re­trait. Vous trou­vez im­pru­dent de vous mon­trer trop sin­cère avec des in­con­nus. Es­prit in­dé­pen­dant, vous pré­fé­rez vous for­ger votre propre opi­nion plu­tôt que suivre le trou­peau. Vous ap­pré­ciez le chan­ge­ment, et les res­tric­tions vous en­travent. Vous dis­po­sez de qua­li­tés ca­chées dont vous n’avez pas en­core to­ta­le­ment ti­ré pro­fit. Vous avez ten­dance à être critique en­vers vous­même. » Nor­mal. Je l’ai ti­rée d’un ma­nuel de mar­ke­ting. Vous ve­nez d’être vic­time de « l’ef­fet Bar­num ». Ex­pli­ca­tion : la plu­part des phrases sont vraies pour la ma­jo­ri­té d’entre nous. Celles qui sont fausses se­ront igno­rées, alors que celles qui coïn­cident se­ront sur­es­ti­mées. L’ef­fet bar­num ? faire un cirque de pas grand chose. C’est en par­tie sur ce prin­cipe que fonc­tionnent les ho­ro­scopes, les thèmes as­traux, ou les ru­briques de nu­mé­ro­lo­gie. On nous livre des dé­tails que nous pre­nons pour notre cas par­ti­cu­lier – tel­le­ment pas­sion­nant ! –, mais qui ne sont en fait que des lieux com­muns. Ce­la va plus loin. Des études ont mon­tré que quand on leur fait lire un horoscope dé­taillé, les gens trouvent que leur signe zo­dia­cal leur cor­res­pond par­fai­te­ment. Mais si on leur cache leur signe, ils sont in­ca­pables de le re­trou­ver au mi­lieu des 11 autres. Faites le test.

La publicité a in­ven­té l’« in­sight », la for­mu­la­tion d’une ex­pé­rience vé­cue par l’acheteur, sans l’avoir for­cé­ment ver­ba­li­sée. Comme Mon­sieur Jour­dain fai­sait de la prose sans sa­voir. Exemple : « ve­nez comme vous êtes », le slo­gan de Mcdo­nald’s. Ben oui, ba­nane, j’étais en jean’s­t­shirt, je vais pas en­fi­ler un kilt pour des nug­gets et une grande frite ! Ha­bi­tuel­le­ment, les gens se changent pour al­ler au sport ou à un ma­riage, pas au MacDo. Alors pour­quoi ce slo­gan dé­bi­li­tant ? Pour que le consom­ma­teur se dise : c’est exac­te­ment moi… Après avoir in­ter­ro­gé près de 1.600 per­sonnes, deux psy­cho­logues de l’uni­ver­si­té du Texas, Cin­dy Mes­ton et Da­vid Buss, ont re­cen­sé qu’il exis­tait 237 rai­sons d’avoir un rap­port sexuel. 237, pas plus. Mais pas moins. sir, la cu­rio­si­té, ou sim­ple­ment mieux dor­mir. Un but in­di­rect à at­teindre : im­pres­sion­ner ses amis, se ven­ger d’une in­fi­dé­li­té, se faire re­mar­quer de son/sa par­te­naire. Les sen­ti­ments ne sont pas ab­sents : l’ac­cou­ple­ment peut ex­pri­mer l’amour, l’en­ga­ge­ment, ou por­ter un mes­sage (« tu m’as man­qué » ou « je te de­mande par­don »).

Des per­sonnes ont avoué avoir cou­ché parce qu’elles s’en­nuyaient, pour ob­te­nir une pro­mo­tion, cé­lé­brer une oc­ca­sion spé­ciale, chas­ser une mi­graine, ou même se sen­tir plus près de Dieu. Le dé­sir de pro­créer n’ar­rive qu’en 55 po­si­tion des mo­ti­va­tions ci­tées pour avoir des re­la­tions sexuelles. Par­don pour ce vi­lain terme tech­nique.

Mais Jean­claude Car­rière va nous ai­der. Dans son éru­dit re­cueil Les mots et la chose (Plon), il a re­cen­sé les ex­pres­sions po­pu­laires re­la­tives à l’acte de chair. Toutes ces mer­veilles qui per­mettent de si­gni­fier l’in­con­ve­nant sans tou­te­fois l’être, de­puis Ra­be­lais qui a osé « faire la bête à deux dos ». En dou­ceur : « al­ler voir la feuille à l’en­vers ». Vé­hé­ment : « (se faire) bu­ri­ner la trappe ». Lu­dique : « jouer au golf mi­nia­ture ». Gé­né­reux : « don­ner l’au­baine ». La plus spec­ta­cu­laire : « em­me­ner le pe­tit au cirque ».

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