Des­sin ins­tan­ta­né

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Ex­pé­ri­men­ta­teur

À chaque gé­né­ra­tion, le pu­blic et les ar­tistes ont vu Ro­din d’une ma­nière nou­velle. Les sculp­teurs se sont po­si­tion­nés par rap­port à lui, quel­que­fois pour en prendre le contre­pied, sou­vent pour cher­cher une ré­ponse à leurs in­ter­ro­ga­tions ou ren­ché­rir sur une in­ven­tion, un as­pect, une forme.

« Ro­din a re­vi­si­té toutes les fa­cettes de l’art de la sculp­ture, et bien au­de­là : ain­si l’in­ven­tion de l’as­sem­blage, de la fi­gure par­tielle ou du col­lage pré­cède la pra­tique de Hen­ri Ma­tisse et de Pa­blo Pi­cas­so, son usage du des­sin de­vance les grands ex­pres­sion­nistes ger­ma­niques, son rap­port à la pho­to­gra­phie an­nonce ce­lui de Bran­cu­si ou de Moore », ana­lysent les deux com­mis­saires de l’ex­po­si­tion.

Au Grand Pa­lais les évo­lu­tions de Ro­din sont dé­cou­pées en trois cha­pitres : Ro­din ex­pres­sion­niste, Ro­din ex­pé­ri­men­ta­teur et les ef­fets de l’onde de choc des ses ex­pé­ri­men­ta­tions après 1945. Cha­cune pré­sente l’uni­vers créa­tif de l’ar­tiste dont la car­rière fut ponc­tuée de si­dé­ra­tions et de scan­dales, puis, sa ré­cep­tion par le pu­blic de ses ex­po­si­tions et les col­lec­tion­neurs qu’il at­ti­ra, en­fin, les ap­pro­pria­tions que son oeuvre n’a ces­sé de sus­ci­ter de la part de ceux aux­quels il dé­diait sa do­na­tion à l’état fran­çais : les ar­tistes.

Au fil de son par­cours, l’ex­po­si­tion met en exergue les des­sins de l’ex­po­si­tion de Prague.

En 1902, Ro­din est in­vi­té à Prague où il pré­sente quatre­vingt­huit sculptures et soixante­quinze des­sins. L’ac­cueil est triom­phal. Les des­sins montrent un tra­vail de sim­pli­fi­ca­tion de la forme ren­for­cé quel­que­fois par un lé­ger la­vis d’aqua­relle.

Après 1900, Ro­din aborde le des­sin d’une ma­nière pro­fon­dé­ment mo­derne qui marque du­ra­ble­ment l’art du XXE siècle.

« À l’hô­tel de Bi­ron (où il vit et tra­vaille à par­tir de 1908), écri­vit l’un de ses proches en 1911, Ro­din passe presque tout son temps à des­si­ner. Dans cette re­traite mo­nas­tique, il se plaît à s’iso­ler de­vant la nu­di­té de belles jeunes femmes et à consi­gner en d’in­nom­brables es­quisses au crayon les souples at­ti­tudes qu’elles prennent de­vant lui. »

Dans le beau livre Ro­din ­ Son mu­sée se­cret qui sort chez Albin­mi­chel, Na­dine Leh­ni ana­lyse 121 des­sins et aqua­relles « ca­chés par Ro­din » qui ex­plorent « l’au­to­éro­tisme » et l’ho­mo­sexua­li­té fé­mi­nine.

Contre le des­sin aca­dé­ mique ul­tra­co­di­fié, Ro­din va in­ven­ter un « nouveau des­sin » com­mente la conser­va­teur en chef du mu­sée Ro­din, qui lui per­met « de sai­sir et de res­ti­tuer de la fa­çon la plus ins­tan­ta­née pos­sible, les mou­ve­ments et donc la vie des nus qu’il ob­serve. »

« Ro­din ne choi­sit pas d’ex­plo­rer le des­sin éro­tique pour pro­vo­quer, mais pour sai­sir ce qu’il cherche de­puis tou­jours, la vie, le flux vi­tal », com­mente Ca­the­rine Che­vil­lot, di­rec­trice du mu­sée Ro­din dans la pré­face du Mu­sée se­cret.

Il en va du des­sin comme de la sculp­ture et de la pho­to­gra­phie avec ses ti­rages re­tou­chés, Ro­din en ex­plore tous les as­pects avec gé­nie. C’est­ce que nous montre l’ex­po­si­tion du cen­te­naire dans le pro­lon­ge­ment de la nou­velle dis­po­si­tion des col­lec­tions dans l’hô­tel Bi­ron ré­ou­vert en 2015.

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