Le jar­din qui s’af­fran­chit des règles

Le temps sus­pen­du de La­mar­tine sied à mer­veille à la poé­sie des Jar­dins de Mar­queys­sac, qui, de­puis leur pi­ton ro­cheux, em­brassent la val­lée de la Dor­dogne. Ici, le buis, à nul autre pa­reil, règne en maître.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com Plus d’in­fos. Les Jar­dins sus­pen­dus de Mar­queys­sac (Dor­dogne), à Vé­zac, à 9 km au sud de Sar­lat, 10h/19h, 9€/4,50€, Tél. 05.53.31.36.36, www.mar­queys­sac.com

L’oeil ex­pert d’alain Ba­ra­ton, jar­di­nier en chef de Ver­sailles, s’at­tarde sur le mo­tif, sur les vo­lutes des par­terres ma­te­las­sés. « Mar­queys­sac n’a pas d’équi­valent en France. C’est un style, iden­ti­fiable en un coup d’oeil. Au jar­din, on co­pie ou on s’ins­pire comme à Ver­sailles avec Vaux­le­vi­comte. Mar­queys­sac n’obéit à au­cune règle, au­cun ma­nuel. »

Ici, les buis ont ava­lé les ron­deurs de la Dor­dogne qui ser­pente à 130 mètres en contre­bas dans la val­lée hé­ris­sée de châ­teaux féo­daux. Klé­ber Ros­sillon, le pro­prié­taire des lieux, à l’ori­gine de la re­nais­sance, in­siste sur la puis­sance avec la­quelle la nature, il y a vingt ans, s’est re­le­vée après un long som­meil, pous­sée par « un sys­tème ra­ci­naire ex­tra­or­di­naire ». Sous les coups des ci­sailles, l’ar­ron­di mou­ton­nant a re­pris sa place au bal­con, sur le bas­tion à flanc de fa­laise.

Fan­tai­sie ro­man­tique

Le jar­din d’agré­ment ima­gi­né par Ju­lien de Cer­val avait fait de Mar­queys­sac une fo­lie to­piaire à la fin du XIXE siècle, « une fan­tai­sie ro­man­tique pleine de mou­ve­ment ». Les buis, par cen­taines – ré­cu­pé­rés dans la nature par les vil­la­geois pour trois francs six sous – avaient en­va­hi les ter­rasses tra­cées au cor­deau au XVIIE puis ont ga­gné les al­lées si­nueuses jus­qu’à dé­bor­der

sur le pi­ton ro­cheux et ses 22 hec­tares de terres cal­caires. « L’homme a ac­com­pa­gné la nature, il lui a prié de lui faire plai­sir, re­prend Alain Ba­ra­ton, un brin ly­rique. La taille de la plante, ici, est sen­suelle, équi­li­brée, ja­mais dou­teuse. »

Faux la­by­rinthe

Une en­vie de se ba­la­der comme de se perdre ? « Dans le la­by­rinthe clas­sique, on cherche à s’éga­rer, si­tue le jar­di­nier. À Mar­queys­sac, on s’écarte sans le cher­cher. Mais sur un pi­ton ro­cheux, les repères ne sont pas long­temps per­dus ; ce­la ne dure pas. »

Les trois pro­me­nades of­fertes à la flâ­ne­rie té­moignent de ce dé­dale en trompe­l’oeil avec des al­lées trans­ver­sales per­met­tant à tout mo­ment de pas­ser de l’une à l’autre. La pre­mière bap­ti­sée des Fa­laises et la se­conde dite des Hau­teurs s’étendent, au sud, de­puis le bas­tion jus­qu’au bel­vé­dère, pro­gres­sant vers une nature aux al­lures mé­di­ter­ra­néennes : chênes verts, chênes pu­bes­cents, érables de Mont­pel­lier, ar­bou­siers et chant des ci­gales, l’été.

Au nord, une vé­gé­ta­tion plus hu­mide de charmes, d’érables cham­pêtres, de chênes et de hêtres borde la Grande Al­lée de 500 mètres. Elle abou­tit à l’asile du poète, une ca­bane en pierre sèche mar­quant la li­mite du do­maine.

SI­GNA­TURE. « Un jar­din clas­sique de buis mais mo­derne dans sa taille : c’est le style Mar­queys­sac, re­con­nais­sable au pre­mier coup d’oeil », dit Alain Ba­ra­ton, jar­di­nier en chef de Ver­sailles.

PÉTALES. Trois échas­sières qui an­noncent les beaux jours.

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