Poé­sie : De sang et de lu­mière

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Mu­riel Min­gau

Laurent Gaudé trans­forme son art et son suc­cès en dé­marche ad­mi­rable d’hu­ma­nisme et d’hu­mi­li­té. Il sillonne la pla­nète pour al­ler à la ren­contre de ceux qui ne comptent pour rien, qui vivent et meurent dans la pire mi­sère et l’in­dif­fé­rence. Il leur donne ce qu’il a : sa voix, ses mots, pour les ra­me­ner aux yeux du monde. De ses sé­jours en Irak au­près de ré­fu­giés sy­riens, dans les ab­jectes « jungles » du nord de la France, à Haï­ti, en Afrique, an­cienne terre de traite né­grière, ré­sulte De Sang et de Lu­mière. Dans le pre­mier re­cueil de poèmes de Laurent Gaudé, les textes se donnent avec l’élé­gance de la sim­pli­ci­té, ce qui par­ti­cipe de leur force. Elle frappe di­rect au ventre. Dans les vers, qui roulent et se dé­roulent, fluides, pour dire un monde sans rime ni rai­son, son en­ga­ge­ment va loin. Pour au­tant, son re­gard reste juste, res­pec­tueux, re­flé­tant le réel dans sa com­plexi­té. Dans la sale et san­glante His­toire du monde ac­tuel, il n’ou­blie pas l’eu­rope où l’in­di­vi­du de­vient « cible molle » de nou­velles bar­ba­ries. Il dé­signe aus­si la vieille Eu­rope fri­leuse, égoïste, sur le point d’im­plo­ser. De ma­nière très in­time, très belle, il s’en dit l’un des fils et en ap­pelle à ses lu­mières. Et puis, n’est­il pas in­té­res­sant qu’un au­teur de cette im­por­tance ose la poé­sie, genre ma­jeur jusque dans les an­nées 1950­1960 de­ve­nu par trop confi­den­tiel ?

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