Do­sière ne comp­te­ra plus

La longue ba­taille du dé­pu­té Re­né Do­sière pour la trans­pa­rence

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 jours en pforlaitniqcu e& e monde - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Re­né Do­sière est le dé­pu­té qui compte la ga­be­gie. Ce croi­sé de la trans­pa­rence de la vie pu­blique va ti­rer sa ré­vé­rence et quit­ter le Par­le­ment.

Re­né Do­sière, dé­pu­té de l’aisne, ap­pa­ren­té so­cia­liste, « ro­car­dien » de tou­jours, est un croi­sé pour la trans­pa­rence de la vie pu­blique, pour la lutte contre les gas­pillages et aus­si contre les ten­ta­tions de cor­rup­tion. Il dresse un bi­lan de ses an­nées d’ac­tion dans un livre qu’il pu­blie au Seuil (*), pré­fa­cé par Jean­louis De­bré.

Fi­na­le­ment, ce bi­lan est as­sez po­si­tif car, dit Re­né Do­sière, « main­te­nant on a à peu près tous les ou­tils pour sa­voir et re­pé­rer. » Une longue marche com­men­cée sous le gou­ver­ne­ment de Mi­chel Ro­card, pour­sui­vie par l’ac­tion de Philippe Sé­guin lorsque ce­lui­ci pré­si­dait l’as­sem­blée na­tio­nale et ac­cé­lé­rée sous le quin­quen­nat Hol­lande, au len­de­main de l’af­faire Ca­hu­zac qui a été un nou­veau ré­vé­la­teur.

Le ca­bi­net noir ? Quel ca­bi­net noir ?

Et qu’on ne parle pas au dé­pu­té Do­sière de ca­bi­net noir. « Vous sa­vez le PNF (par­quet na­tio­nal fi­nan­cier), qui est une créa­tion de Fran­çois Hol­lande, agit en toute in­dé­pen­dance et il agit vite. Mais aus­si vite pour Bru­no Le Roux que pour Fran­çois Fillon. Et lors­qu’il agit, le garde des Sceaux n’en est in­for­mé que cinq mi­nutes avant que ce ne soit pu­blic ! »

Cette se­maine un point fort de la trans­pa­rence s’est illus­tré avec la pu­bli­ca­tion de la dé­cla­ra­tion de pa­tri­moine des can­di­dats à l’élec­tion présidentielle. Mais à cette au­to­dé­cla­ra­tion manque le contrôle de la bonne foi des can­di­dats. « Dans le pro­jet de loi ini­tial, pré­cise le dé­pu­té de l’aisne, cette no­tion de contrôle de la bonne foi exis­tait. Et c’est le Conseil consti­tu­tion­nel qui a sup­pri­mé ce point. Je ne vois tou­jours pas pour­quoi. »

Bien sûr au rang des grandes at­tentes, il y a l’idée « d’en fi­nir avec la car­rière po­li­tique », ce qui im­plique le non­cu­mul des man­dats et leur li­mi­ta­tion dans le temps. En­core faut­il don­ner un sta­tut à l’élu. « Si­non on n’au­ra que des fonc­tion­naires élus dé­pu­tés ou des hommes d’ap­pa­reils. Les fonc­tion­naires, s’ils sont bat­tus, re­trouvent leur em­ploi. Le gars dans le pri­vé, s’il est bat­tu, il pointe à Pôle em­ploi. » Donc c’est bien pour élar­gir l’en­ga­ge­ment des ci­toyens qu’il faut en­fin al­ler vers le sta­tut de l’élu.

Autre point de débat : la ré­serve par­le­men­taire, cette en­ve­loppe dis­tri­buée pour sou­te­nir à dis­cré­tion des actions dans les cir­cons­crip­tions. Elle peut de­ve­nir une en­ve­loppe pour s’ache­ter une clien­tèle. Même si dé­sor­mais la liste des actions fi­nan­cées est trans­pa­rente. « Je suis pour la fin de ce sys­tème de la ré­serve, dit Re­né Do­sière. Dans une pé­riode où l’ar­gent pu­blic est comp­té, il faut en fi­nir. Quitte à re­ver­ser la to­ta­li­té de l’en­ve­loppe au bud­get de la DDTR (Do­ta­tion dé­par­te­men­tale des ter­ri­toires ru­raux) et ain­si ac­com­pa­gner de vraies po­li­tiques pu­bliques. »

Un flam­beau à re­prendre

Évo­quant les af­faires Fillon, Re­né Do­sière, qui dis­tille un hu­mour à l’an­glo­saxonne à cette for­mule : « Il y a beau­coup d’ar­gent, je sup­pose que ça cor­res­pond à beau­coup de tra­vail, donc qu’il y a beau­coup de jus­ti­fi­ca­tifs… »

Le dé­pu­té de la trans­pa­rence, après vingt­cinq ans de vie par­le­men­taire, va ti­rer sa ré­vé­rence. Et quit­ter l’as­sem­blée na­tio­nale. Qui re­pren­dra le flam­beau ?

L’homme ex­pert en lignes de dé­penses, est aus­si un élu qui aime être en règle avec sa conscience. Rai­son pour la­quelle il a in­di­qué qu’il ne vo­te­ra pas Be­noît Hamon. « Je ne vais pas sou­te­nir quel­qu’un qui veut abro­ger toutes les lois que j’ai vo­tées du­rant le quin­quen­nat. »

Il part ayant un peu ac­com­pli cette règle de Pé­guy, qui était sa de­vise et qu’il cite : « La ré­vo­lu­tion so­ciale se­ra mo­rale ou elle ne se­ra pas. »

(*) En li­brai­rie. Ar­gent, mo­rale, po­li­tique, de Re­né Do­sière. Éd. du Seuil. 255 p. 20€.

RE­NÉ DO­SIÈRE. Il se­ra bien­tôt libre de sa pa­role, il ne se re­pré­sente pas à l’as­sem­blée na­tio­nale. PHOTO AFP

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