Quand l’école nor­male était rue Beau­re­gard

His­toire des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment cler­mon­tois avec, cette se­maine, la pre­mière école

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Pierre Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr A lire di­manche pro­chain. La nais­sance en 1889 de l’école Nor­male, celle de l’ave­nue du Puy de Dôme qui va abri­ter des gé­né­ra­tions d’ins­ti­tu­trices pen­dant plus d’un siècle

A la fin des an­nées 1870, le Conseil gé­né­ral s’in­té­resse, en­fin, à la créa­tion d’un éta­blis­se­ment laïc des­ti­né à for­mer les fu­tures « maî­tresses d’écoles ».

En 1878, dans son rap­port au Pré­fet, l’ins­pec­teur d’aca­dé­mie écrit : « Dans trois ans, nous au­rons plus de 50 écoles nou­velles. Si des me­sures spé­ciales ne sont pas prises au plus tôt, on ne pour­ra pour­voir à leur ins­tal­la­tion et 110 com­munes du Puyde­dôme man­que­ront en­core d’écoles de filles ».

Au sein du Conseil gé­né­ral, cer­taines voix pro­gres­sistes dé­noncent « le ca­rac­tère mé­diocre et sou­vent sté­rile de l’en­sei­gne­ment don­né dans les écoles ru­rales par les soeurs des congré­ga­tions ». En ef­fet, tan­dis que 90 % en­vi­ron des ins­ti­tu­trices laïques pos­sèdent le bre­vet, les congré­ga­nistes bre­ve­tées ne dé­passent pas 15 %. À la ses­sion dé­par­te­men­tale d’août 1879, une com­mis­sion ap­porte le ré­sul­tat de ses re­cherches. Elle a trou­vé « une ins­tal­la­tion si­tuée au som­met de la ville dans la rue (de) Beau­re­gard ou Bor­gard (sic)…».

Une rue en ville mais des lo­caux mal adap­tés

Tout près de la com­mer­çante rue du Port, cette voie trans­ver­sale, étroite et en­cais­sée entre de hautes fa­çades d’im­meubles des­cend vers le gla­cis (ter­rain dé­cou­vert) de la Po­terne d’où l’on dé­couvre le co­teau de Chan­turgue. Dans la ruelle qui se dé­tache à droite (au­jourd’hui, rue Ab­bé­la­coste), une mai­son abrite la nou­velle École nor­male qui pour­ra ac­cueillir jus­qu’à trois pro­mo­tions de dix « élèves­maî­tresses » comme on les nomme alors.

En at­ten­dant son fonc­tion­ne­ment nor­mal, qui ne se­ra mis en oeuvre qu’en oc­tobre 1881, l’école compte quinze bour­sières : deux pour la 3e an­née, trois pour la 2e an­née (les an­ciennes élèves du Cours Nor­mal des soeurs Mo­nanges), et dix pour la 1re an­née qui sont re­cru­tées au concours. À cet éta­blis­se­ment, on an­nexe une école pra­tique, « une école pé­da­go­gique en chair et en os ».

Des dé­buts dif­fi­ciles

Las, les lo­caux choi­sis se montrent vite mal adap­tés et in­sa­lubres. L’air et la lu­mière y pé­nètrent peu. Le rez­de­chaus­sée est hu­mide et froid. En ef­fet, en des­sous, comme c’est sou­vent le cas sur le pla­teau central, des étages de caves, d’égouts et de sou­ter­rains s’em­pilent. Une lé­gende te­nace veut qu’ils com­mu­niquent avec la tour de Mon­tro­gnon, piste « ro­man­tique » qui peut han­ter, cer­tains soirs, l’ima­gi­na­tion ro­ma­nesque des jeunes­femmes.

Quand au dor­toir, au plafond très bas, il montre des di­men­sions ré­duites. L’école manque aus­si d’une salle de dessin, d’une in­fir­me­rie, de ves­tiaires, de la­va­bos. Elle est de plus pri­vée de cour, une étroite ter­rasse en tient lieu ! Dans cette dif­fi­cile pé­riode d’or­ga­ni­sa­tion, les étu­ des ne sont guère cou­ron­nées de suc­cès. En 1881, sur les trois élèves de 3e an­née, deux ob­tiennent le bre­vet élé­men­taire, une seule réus­sit au bre­vet su­pé­rieur. Quant aux neuf élèves de 2e an­née, cinq seule­ment sont re­çues aux épreuves du bre­vet du pre­mier de­gré. Mais, di­plô­mées ou non, les sor­tantes sont vi­ve­ment re­cher­chées par les com­munes et leur seul titre de « nor­ma­liennes » leur per­met d’en­sei­gner sans dé­lai.

« Des jeunes femmes sé­rieuses »

L’an­née 1887 voit la créa­tion de deux chaires d’en­sei­gne­ment (Lettres et Sciences) dont les pre­mières ti­tu­laires, pour­vues du cer­ti­fi­cat d’ap­ti­tude au pro­fes­so­rat, ouvrent de nou­veaux ho­ri­zons aux élèves. Les suc­cès de­viennent alors plus nom­breux et plus ré­gu­liers. La pre­mière di­rec­trice de l’éta­blis­se­ment ap­pré­cie en ces termes le zèle de ses jeunes col­la­bo­ra­trices : « (des) jeunes femmes sé­rieuses, qui, ve­nues de dé­par­te­ments éloi­gnés, étran­gères à toutes dis­trac­tions du de­hors, se donnent sans par­tage au pro­grès de leurs élèves et à leur tra­vail per­son­nel ».

Pen­dant une di­zaine d’an­nées, la si­tua­tion ma­té­rielle reste in­chan­gée, les bud­gets de l’éta­blis­se­ment té­moignent à la fois de la mo­di­ci­té des cré­dits dé­par­te­men­taux et de l’es­prit de stricte éco­no­mie qui pré­side à l’ad­mi­nis­tra­tion de l’éta­blis­se­ment.

DISCRÈTE. A gauche, la pre­mière Ecole nor­male d’ins­ti­tu­trices, rue Beau­re­gard, près de la place de la Po­terne (© dessin de S. Cour­tois) et ici l’angle de la rue Beau­re­gard et rue Ab­bé-la­coste de nos jours (© PGG).

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