Irène, gar­dienne des pe­tits bon­heurs

Par­tie d’au­ge­rolles (Puy­de­dôme) pour quelques pe­tits mois, en 1984, Irène Duarte s’af­faire tou­jours, tren­te­trois ans après, entre le Viet­nam et le Cam­bodge. Sa mis­sion ? Re­don­ner de l’es­poir. « C’est ça le ga­soil ».

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - So­phie Le­clan­ché so­phie.le­clanche@cen­tre­france.com

Drôle d’en­droit pour une ren­contre, qu’un or­phe­li­nat. Gui­dée par une mis­sion de cour­toi­sie, j’y suis en­trée en tou­riste, d’un pas lé­ger. Et j’en suis res­sor­tie avec le poids d’une en­clume cô­té coeur ; l’as­su­rance bê­te­ment hon­teuse de comp­ter par­mi les su­per­nan­tis et l’an­ti­dé­pres­seur uni­ver­sel que se­ra dé­sor­mais le sou­ve­nir d’irène.

C’était à Ho Chi Minh Ville, il y a quelques se­maines. Dans l’un des plus im­por­tants or­phe­li­nats de l’exSai­gon, ce­lui de Phu My, dans le quar­tier 17, le énième nu­mé­ro 153 du lon­guis­sime bou­le­vard Xo Viet Nhe Thin.

C’est là, dans un bu­reau mi­nia­ture dont « il faut dé­pla­cer la pho­to­co­pieuse quand il pleut », que j’ai ren­con­tré Irène Duarte, par­tie d’au­ge­rolles (Puy­ de­dôme) il y a tren­te­trois ans. En 2008, La Mon­tagne avait conté l’aty­pique par­cours de vie de cette femme sin­gu­lière, fille d’im­mi­grés por­tu­gais, ar­ri­vée dans le Li­vra­dois en 1967. En 1984, ayant pour ce faire « ven­du sa caisse », elle était par­tie re­joindre l’as­so­cia­tion En­fants du Mé­kong dans les camps de ré­fu­giés en Thaï­lande. « On cher­chait quel­qu’un qui avait des no­tions de cou­ture, c’était mon cas, j’y suis res­tée un an pour ai­der les femmes puis je suis re­ve­nue en France pour trois mois… et je suis repartie fis­sa ! ». Irène n’est plus ja­mais ren­trée en France que pour Noël ou des évé­ne­ments fa­mi­liaux dans sa fra­trie au­ver­gnate.

La double ren­contre, avec l’asie et avec la fon­da­tion aus­tra­lienne Friends for all chil­dren a, là­bas, scel­lé son des­tin.

De 1989 à 2010, Irène a été « la par­te­naire pri­vi­lé­giée de l’or­phe­li­nat » de Phu My. Celle qui a eu la dé­li­cate tâche de rap­por­ter de quoi faire tour­ner la mai­son. Le nerf de la guerre contre le mal­heur. Soit de quoi en­tre­te­nir un éta­blis­se­ment ini­tia­le­ment bâ­ti sur 10 hec­tares d’an­ciens ma­ré­cages et y ac­cueillir di­gne­ment des di­zaines d’en­fants et jeunes gens, de moins de un an à trente ans.

Ils sont au­jourd’hui 270, nés dans des fa­milles par­mi les plus dé­mu­nies dans les cam­pagnes re­cu­lées et dans les com­mu­nau­tés mi­no­ri­taires du pays. Tous han­di­ca­pés. De toutes sortes de han­di­caps. Des plus lé­gers aux plus lourds. Des plus au­to­nomes à ceux qui, comme les bé­bés hy­dro­cé­phales, re­quièrent des soins et des at­ten­tions constants.

Cor­rup­tion et hy­po­cri­sie

Long­temps, on a ac­cu­sé l’agent orange d’être à l’ori­gine de tous les maux. Avec trois dé­cen­nies d’ex­pé­rience, Irène ful­mine au­jourd’hui (et aus­si) contre « le manque d’in­for­ma­tion qui pré­vaut dans les zones rurales […] Où l’on ad­mi­nistre aux femmes, pour qu’elles conti­nuent à tra­vailler dur, des mé­di­ca­ments contre­in­di­qués avec les gros­sesses, connues ou pas, mais tel­le­ment no­cifs pour les foe­tus… ».

Jus­qu’en 2005, Phu My a été ad­mi­nis­tré par les soeurs de Saint­paul­deC­hartres, de la congré­ga­tion des mis­sion­naires ve­nues en In­do­chine dans les an­nées 1860. Des « cadres du par­ti » ont pro­gres­si­ve­ment in­té­gré l’éta­blis­se­ment et, en 2010, en lieu et place des re­li­gieuses, un di­rec­teur viet­na­mien a été nom­mé. Oc­ca­sion­nant une ré­duc­tion pro­gres­sive et constante des moyens at­tri­bués à la struc­ture. Et pro­gres­si­ve­ment, pous­sant Irène vers la sor­tie.

La dame n’a pas lâ­ché l’af­faire pour au­tant. Parce qu’« il n’est pas ques­tion que les gens d’ici, qui ont dé­jà as­sez payé, paient en­core pour la cor­rup­tion et l’hy­po­cri­sie des po­li­tiques ». Parce « re­don­ner de l’es­poir, c’est ça le ga­soil » de sa vie. Et parce qu’elle ne « se fe­ra ja­mais à l’in­jus­tice ». À un saut de puce de Sai­gon, du cô­té de Bat­tam­bang, Irène, grâce à La banque de l’es­poir, a dé­ga­gé l’ho­ri­zon de femmes cam­bod­giennes, por­teuses de pe­tits pro­jets. Les réus­sites sont dé­jà là. Ajou­tant « à la suc­ces­sion de pe­tits bon­heurs » qu’est le quo­ti­dien d’irène.

« Ici, les gens, les en­fants ont dé­jà as­sez payé... » IRÈNE DUARTE Vo­lon­taire dans l’hu­ma­ni­taire

PU­GNACE. Bien qu’in­ter­dite de ré­si­dence, Irène Duarte, à la grande joie des en­fants, est tou­jours pré­sente à l’or­phe­li­nat. PHOTOS LU­CIEN LÊ VAN

PHU MY. L’or­phe­li­nat ac­cueille 270 en­fants et jeunes gens.

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