« J’ai vu ce qu’était l’en­fer hit­lé­rien »

Tout le vil­lage de Mon­tai­gut a ren­du hom­mage à l’hé­roïne Ch­ris­tiane Mé­té­nier­-schmer­ber, hier

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-dôme actualité - IN­TER­VIEW Axel Chou­vel riom@cen­tre­france.com

Mon­tai­gut-en-com­braille a inau­gu­ré un es­pace dé­dié à Ch­ris­tiane Mé­té­nier-schmer­ber (95 ans), hé­roïne de la ré­sis­tance. Pré­sente pour l’oc­ca­sion, l’au­ver­gnate a re­tra­cé son par­cours sous l’oc­cu­pa­tion.

Sous l’oc­cu­pa­tion, Ch­ris­tiane Mé­té­nier-Schmer­ber oc­cupe le poste de se­cré­taire de mai­rie à Mon­tai­gut. La jeune femme pro­fite de sa si­tua­tion pour dé­li­vrer de faux pa­piers d’iden­ti­té aux ma­qui­sards du sec­teur, avec l’aide du maire de l’époque, An­dré Mi­chel.

Tout un vil­lage est ve­nu vous rendre hom­mage. Quel est votre sen­ti­ment ?

Je suis sur­prise et en­chan­tée (Elle sou­rit).

Qu’est-ce qui vous a dé­ci­dé à éta­blir de faux pa­piers aux ma­qui­sards ?

Un couvre­feu nous était im­po­sé. On ne pou­vait plus al­ler au théâtre, ni se ba­la­der. J’ai dé­ci­dé de dé­fendre mon pays plu­tôt que de ne rien faire. Je vou­lais aus­si per­mettre aux jeunes d’évi­ter le STO (*). Il y en avait beau­coup trop.

Le 17 mars 1944, vous avez été ar­rê­tée sur dé­non­cia­tion…

C’est le no­taire de mes pa­rents qui l’a fait ! Deux SS sont ve­nus chez moi ar­més de mi­traillettes. J’ai été tor­tu­rée par la Ges­ta­po à Cha­ma­lières et au 92e RI. Ils m’ont tout fait : la tête trem­pée dans une bai­gnoire, la pen­dai­son par les pieds. De vrais fa­na­tiques !

Com­ment avez-vous ré­sis­té à vos bour­reaux ?

Mon men­tal l’a em­por­té. Je me di­sais : « Il faut que tu t’en sortes, tu ne dois dé­non­cer per­sonne, tu pour­ras peut­être t’échap­per ».

Vous êtes en­suite en­voyée dans le camp de concen­tra­tion pour femmes de Ra­vens­brück. Que res­sen­tez­vous sur le mo­ment ?

Dans le convoi, on avait froid et faim. On sa­vait qu’on al­ lait en Al­le­magne, c’est tout ! On igno­rait al­ler dans un camp de concen­tra­tion. On n’en avait ja­mais en­ten­du par­ler. À l’ar­ri­vée, on a été re­çus à grands coups de “schlagues”. Je me suis alors dit : « voi­là l’en­fer hit­lé­rien ! ».

Quelles étaient les condi­tions de vie dans le camp ?

On avait des lits su­per­po­sés. Je dor­mais sur ceux d’en haut, mais les pri­son­ nières cou­chées en bas re­ce­vaient des coups au ré­veil. Les plus faibles mou­raient très vite. Par­fois au bout d’une seule se­maine ! Les Al­le­mands nous nour­ris­saient très peu. Leur but était la mort lente. Contents d’as­sis­ter à notre dé­chéance. Un gar­dien m’a même cas­sé deux dents.

Quelle a été votre ré­ac­tion lorsque le comte Ber­na­dotte, vice-pré­sident de la Croix-rouge sué­doise vous a fait li­bé­rer en avril 1945 ?

« J’ai été tor­tu­rée par la Ges­ta­po à Cha­ma­lières »

J’avais le ty­phus, j’étais tel­le­ment ma­lade que je n’ai eu au­cune ré­ac­tion. J’ai été soi­gnée au Lu­té­cia à Pa­ris, après un long pé­riple. Mais j’étais aga­cée de voir les in­fir­mières et les mé­de­cins au­tour de moi. Je pen­sais en­core à toutes celles qui ont tant souf­fert dans le camp…

Com­ment re­prendre une vie nor­male après au­tant d’hor­reurs ?

C’était dur de re­ve­nir à la vie cou­rante. Je ne par­lais pas de tout ça au­tour de moi. J’ai com­men­cé à le faire en té­moi­gnant dans les écoles.

En quoi est-ce es­sen­tiel pour vous de par­ler de cette pé­riode aux jeunes ?

C’est mon de­voir de trans­mettre ce que j’ai vé­cu. Pour qu’ils n’aient ja­mais à re­vivre de telles hor­reurs ! ■

(*) Ser­vice du tra­vail obli­ga­toire.

FA­MILLE. La ré­sis­tante au­ver­gnate, Ch­ris­tiane Mé­té­nier-schmer­ber, ac­com­pa­gnée de ses deux frères Serge (à gauche) et Jean, a été ho­no­rée par tout le vil­lage de Mon­tai­gut-en-com­braille, hier.

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