Ex­po­si­tion

Ca­the­rine Join­dié­terle, l’une des deux com­mis­saires de Modes ! À la ville À la scène, dé­crypte pour nous la nou­velle ex­po­si­tion du Centre na­tio­nal du cos­tume de scène (CNCS), qui a ou­vert hier à Mou­lins.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ariane Bou­hours ariane.bou­hours@cen­tre­france.com

De la scène à la ville : trois siècles de mode dé­voi­lés à Mou­lins

Avec Modes ! À la ville À la scène, le Centre na­tio­nal du cos­tume de scène (CNCS), à Mou­lins, s’ouvre pour la pre­mière fois à la mode. Sur trois cents ans (1700­2015), cette nou­velle ex­po­si­tion dé­voile les re­la­tions croi­sées entre cos­tumes de scènes et te­nues de ville, dans une ap­proche chro­no­lo­gique. Le théâtre oc­cupe une place ma­jeure dans ce constant jeu de mi­roirs, qui lé­gi­time la pré­sence de cette ex­po­si­tion au CNCS. Ca­the­rine Join­dié­terle, l’une des deux com­mis­saires de Modes ! À la ville À la scène, dé­crypte les prin­ci­pales dé­cou­vertes de cette ex­po­si­tion his­to­rique pas­sion­nante. Elle est l’an­cienne di­rec­trice du Pa­lais Gal­lie­ra, le Mu­sée de la mode de la Ville de Pa­ris, qui a prê­té de nom­breux cos­tumes au CNCS pour l’évé­ne­ment.

« En pré­pa­rant cette ex­po­si­tion, j’ai fait des dé­cou­vertes ex­tra­or­di­naires. Chaque siècle m’a ap­pris quelque chose sur les in­fluences entre cos­tumes de scène et te­nues de ville. Tous les chan­ge­ments en la ma­tière ne viennent pas du théâtre, mais ce­la ar­rive. Les robes vo­lantes du XVIIIE siècle qu’on voit sur les ta­bleaux de Wat­teau n’ont pas été in­ven­tées par les ac­trices, mais celles­ci les ont po­pu­la­ri­sées en Es­ pagne, en An­gle­terre et en France. »

Autre mode du XVIIIE, les jeux au­tour des sta­tuts so­ciaux : « Toutes les classes so­ciales se font peindre en fer­miers de luxe. En fait, tous co­pient une ac­trice, Jus­tine Fa­vart. La peintre Éli­sa­beth Vi­gée­le­brun re­pré­sente des per­son­na­li­tés dra­pées à l’an­tique, ou en vi­gne­rons de luxe. On se dé­guise, on joue avec les rôles, comme sur scène. Ma­ri­vaux, Mo­zart, avec ses opé­ras, ont eu une in­fluence sur la mode ».

« On ana­lyse les contextes his­to­rique et so­cial de la mode »

Ces in­fluences entre cos­tumes de scène et te­nues de ville n’avaient en­core été ja­mais mon­trées, dé­chif­frées, dé­cor­ti­quées. « Dans les mu­sées pa­ri­siens de la mode, on es­saye de dé­rou­ler les dif­fé­rentes modes, mais on ne va pas cher­cher l’in­fluence du théâtre », af­firme Ca­the­rine Join­dié­terle. « On s’in­té­resse seule­ment aux évo­lu­tions des tex­tiles. Dans cette ex­po­si­tion, le tra­vail est plus riche. On ana­lyse les contextes his­to­rique et so­cial. »

À l’époque ro­man­tique, le théâtre joue un rôle pri­mor­dial. Sous l’in­fluence de drames à su­jet mé­dié­val ou Re­nais­sance, l’his­to­ri­cisme se ma­ni­feste sur les manches, bouf­fantes, gi­got… des te­nues fé­mi­nines.

Avec le dé­ve­lop­pe­ment des mai­sons de haute cou­ture, à par­tir de 1880, le pou­voir confé­ré aux ac­trices, comme Sa­rah Bern­hardt (voir ci­contre), en­traîne l’ap­pa­ri­tion de cer­tains vê­te­ments de ville. Une salle en­tière est consa­crée à l’ac­trice, qui po­pu­la­rise cer­tains vê­te­ments avoir les avoir re­vê­tus sur scène.

La presse de théâtre et de mode de­vient l’in­ter­mé­diaire entre la scène et la ville, à par­tir de la troi­sième Ré­pu­blique. « Les ac­trices jouent les agents pu­bli­ci­taires des mai­sons de cou­ture. » Les grands cou­tu­riers créent des te­nues de scène et de ville pour les ac­trices. Ils sont ai­dés par les pho­to­graphes qui im­mor­ta­lisent les jeunes femmes dans leur rôle. Les pla­cards pu­bli­ci­tai­ res des cé­lèbres griffes im­pri­més dans les pro­grammes de la Co­mé­die fran­çaise si­gnalent que four­nis­seurs et cou­tu­riers ha­billent, chaussent, coiffent les ac­trices.

« Chaque pé­riode, chaque siècle a un fonc­tion­ne­ment spé­ci­fique », pour­suit la com­mis­saire de l’ex­po­si­tion. « Un en­semble en soie et mous­se­line Mi­na­ret si­gné Paul Poi­ret en 1911 a ain­si été créé d’abord pour un bal cos­tu­mé. Puis pour la ville, au­tre­ment dit, la vie. Et en­fin pour la scène. Il y a sans ar­rêt des al­lers re­tours entre ces trois élé­ments. »

Autre illustration de ces jeux de mi­roir : dans les an­nées 1910, l’ha­bit de scène d’arlequin est re­pris par la mode dans des robes et man­teaux de femme Art Dé­co aux mo­tifs en forme de lo­sanges, noirs et do­rés. C’est une des dé­cou­vertes de cette ex­po­si­tion par­ti­cu­liè­re­ment dense.

DÉ­FI­LÉ. Les cos­tumes de la co­mé­dienne Isa­belle Hup­pert semblent dé­fi­ler, por­tés par une mu­sique et des jeux de lu­mière hyp­no­ti­sants. Au­tour de la scène, une par­tie de l’équipe du CNCS.

COM­MIS­SAIRE. Ca­the­rine Join-dié­terle de­vant les pa­ra­vents créés pour l’ex­po­si­tion. PHO­TO SÉ­VE­RINE TRÉMODEUX

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.