Comme un ar­ra­cheur de dents !

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz Ga­vin’s Cle­mente Ruiz. Au­teur de J’y suis, j’y reste, une pe­tite an­tho­lo­gie des ex­pres­sions de notre his­toire (Al­bin Mi­chel), Les coups de foudre qui ont fait l’his­toire (La li­brai­rie Vui­bert) et Le Fin Mot des ex­pres­sions po­pu­laire

Si vous avez ren­dez­vous pro­chai­ne­ment chez le den­tiste, si vous avez une dent qui vous fait mal, si même la vue d’une rou­lette ou d’un siège de den­tiste vous ef­fraie, alors pas­sez votre che­min, car au­jourd’hui, ça va sai­gner ! Mais non, n’ayez crainte, c’est pas vrai, je ne vais pas vous faire mal, je vais être dé­li­cat et faire at­ten­tion à ce que je dis. Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Eh bien voi­là, vous al­lez en­core dire que je « mens comme un ar­ra­cheur de dents » !

Et… vous n’avez pas tout à fait tort… En ef­fet, cette ex­pres­sion pour le moins ima­gée, rap­pelle à quel point on peut men­tir ef­fron­té­ment, sans se dé­faus­ser, avec un aplomb ex­tra­or­di­naire. Mais pour­quoi donc im­pli­quer notre den­tiste pré­fé­ré (le mien est ado­rable, je le sa­lue par là­même...) ? L’ori­gine de l’ex­pres­sion re­monte à l’époque où les den­tistes exer­çaient leur ta­lent et leur art sur les places de mar­ché, dans les foires et autres fêtes po­pu­laires. On était loin, très loin des condi­tions de sé­cu­ri­té et des exi­gences sa­ni­taires qui en­tourent au­jourd’hui leurs actes. Pour exer­cer, le den­tiste fai­sait as­seoir son pa­tient du jour sur un siège, re­gar­dait la dent à trai­ter, et… l’ar­ra­chait tout bon­ne­ment sans autre égard.

On ou­blie l’anes­thé­sie, bien en­ten­du, qui n’exis­tait pas au XVIE siècle. Pour mo­ti­ver son acte (et son pa­tient sur­tout !), le den­tiste n’hé­si­tait pas à dire n’im­porte quoi, et même pré­ten­dait qu’il ne fe­rait pas mal du tout. Mon oeil, oui ! Il men­tait sans ver­gogne. On com­men­ça à croire que le men­songe était son fort. Et l’ex­pres­sion « men­tir comme un ar­ra­cheur de dents » pros­pé­ra à par­tir du XVIIE siècle. Puis vint l’anes­thé­sie. Et le den­tiste ou­blia tous ses men­songes.

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