« La po­li­tique, c’est de tous les âges »

En 1983, De­nis Lan­glois avait pu­blié La po­li­tique ex­pli­quée aux en­fants (et aux autres), illus­trée par Plan­tu. Fort de son suc­cès et de plu­sieurs ré­édi­tions, le livre re­vient ré­ac­tua­li­sé en 2017, an­née char­gée en élec­tions.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-luc Cha­baud jean-luc.cha­baud@cen­tre­france.com

La po­li­tique concerne tout le monde, « les en­fants comme les adultes », sou­ligne De­nis Lan­glois, qui pu­blie, aux édi­tions SCUP, une ver­sion ré­ac­tua­li­sée de son ou­vrage La po­li­tique ex­pli­quée aux en­fants (et aux autres), illus­tré par le des­si­na­teur Plan­tu. Fort de plu­sieurs ti­rages, de mil­liers d’exemplaires ven­dus, de tra­duc­tions en ita­lien, es­pa­gnol, co­réen… l’au­teur, outre le livre­pa­pier, pro­pose le texte gra­tui­te­ment sur le site la­po­li­tique­ex­pli­quee­aux­en­fants.fr

Pour­quoi avoir ré­édi­té La po­li­tique ex­pli­quée aux en­fants (et aux autres) ? La pé­riode élec­to­rale bien sûr. C’est le mo­ment où les en­fants en­tendent le plus par­ler de po­li­tique et posent le plus de ques­tions. Pour moi aus­si l’oc­ca­sion de faire le point, de me de­man­der ce qu’est la po­li­tique au­jourd’hui. Dans cette qua­trième édi­tion, j’ai été ame­né à ré­écrire des pas­sages en­tiers.

Qu’en­ten­dez-vous par « aux autres » ? Dès la pre­mière édi­tion, je me suis aper­çu que cer­tains adultes étaient in­té­res­sés par mon livre. J’ai vou­lu leur faire un clin d’oeil com­plice, car bien évi­dem­ment je suis com­pris dans « les autres ». Ce­lui qui veut ex­pli­quer doit s’ef­for­cer d’abord de com­prendre. C’est très for­ma­teur pour un écri­vain. Pour un des­si­na­teur aus­si, Plan­tu ne me dé­men­ti­ra pas. Que les hommes po­li­tiques puissent en prendre un peu de graine ne me dé­plaît pas non plus.

Il s’agit d’une ré­édi­tion ré­ac­tua­li­sée d’un livre pu­blié en 1983. Qu’est-ce qui change trente ans plus tard ? Il y a trente ans, les grandes idéo­lo­gies, les es­poirs de chan­ger le monde bat­taient dé­jà de l’aile, mais exis­taient en­core. La po­li­tique était plus en­thou­sias­mante. La crise éco­no­mique et les dé­cep­tions ap­por­tées par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs sont ve­nus ba­layer tout ce­la. Il est dif­fi­cile au­jourd’hui de pen­ser que notre so­cié­té pro­gresse au­tre­ment que tech­ni­que­ment et ma­té­riel­le­ment. Plus dif­fi­cile de faire rê­ver quel­qu’un, et d’abord un en­fant, avec la po­li­tique.

Nous avons tous été confron­tés à cette phrase : « la po­li­tique, ce n’est pas de ton âge ». Que ré­pon­dez-vous ? La po­li­tique, c’est de tous les âges. L’en­fant vient au monde et gran­dit dans un mi­lieu où la po­li­tique est om­ni­pré­sente : dans sa fa­mille, à la té­lé­vi­sion, dans les jour­naux, sur les ré­seaux so­ciaux d’in­ter­net, dans la rue, à l’école. Il en est im­pré­gné. Même s’il ne s’en rend pas for­cé­ment compte, il a très vite des opi­nions po­li­tiques, le plus sou­vent celles de ses pa­rents. En tant que ci­toyen en de­ve­nir, il est nor­mal qu’il pose des

ques­tions. Ne pas lui ap­por­ter de ré­ponses se­rait une la­cune dans son édu­ca­tion.

Com­ment, se­lon vous, faut-il par­ler de la po­li­tique aux en­fants ? Le plus na­tu­rel­le­ment pos­sible, avec des mots simples, mais pas sim­plistes. La po­li­tique n’est après tout que la fa­çon dont les êtres hu­mains s’or­ga­nisent pour vivre en­semble. Quelque chose de très quo­ti­dien. L’idéal se­rait que la de­mande d’éclair­cis­se­ment vienne de l’en­fant, qu’il pose des ques­tions après avoir vu une émis­sion ou lu un ar­ticle.

Dans votre livre, vous abor­dez le pou­voir, les par­tis, la presse, l’ordre, la jus­tice, les guerres, la pol­lu­tion, les in­éga­li­tés entre les êtres hu­mains… Pour­quoi ces choix ? Ce sont les pro­blèmes po­li­tiques les plus im­por­tants. Comme une sorte de mé­ca­ni­cien, j’ai vou­lu dé­mon­ter les dif­fé­rents rouages. S’in­té­res­ser à la po­li­tique et si pos­sible pe­ser sur la marche des évé­ne­ments, ce n’est pas sim­ple­ment vo­ter à in­ter­valles ré­gu­liers. On confond trop sou­vent élec­teur et ci­toyen. La po­li­tique est un do­maine beau­coup plus large que les élec­tions. On peut s’y in­té­res­ser et agir à tout mo­ment.

Avez-vous dé­jà eu l’oc­ca­sion de ren­con­trer des en­fants pour abor­der la po­li­tique avec eux. Qu’en avez­vous re­te­nu ? Au dé­but, quand on leur an­nonce qu’on va leur par­ler de po­li­tique, ce­la les fait rire. Comme les adultes, ils ont une piètre opi­nion des pro­fes­sion­nels de la po­li­tique. Pour eux les hommes (et les femmes) po­li­tiques sont sou­vent ri­di­cules, men­teurs, hy­po­crites. Ils citent leurs tra­vers, leurs fautes de lan­gage, les af­fron­te­ments aux­quels ils se livrent. Les en­fants ré­pondent gé­né­ra­le­ment qu’« ils ne font pas de po­li­tique », mais quand on leur ex­plique que ce qu’ils re­jettent, c’est la « po­li­tique po­li­ti­cienne » et qu’il existe des pro­blèmes po­li­tiques, ils se rendent compte qu’ils s’in­té­ressent à ces pro­blèmes : au­jourd’hui le ter­ro­risme et les guerres, mais aus­si la dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment, la lutte contre le ra­cisme, les in­jus­tices et les in­éga­li­tés.

Plus glo­ba­le­ment, vous, en tant que ci­toyen, écri­vain et an­cien avo­cat, quel re­gard por­tez-vous sur l’élec­tion pré­si­den­tielle 2017 ? Je ne trouve pas que ce soit très en­thou­sias­mant. Fi­nies, comme je le di­sais, les grandes idéo­lo­gies. De droite comme de gauche, ou du centre, les can­di­dats n’ont ja­mais été aus­si proches dans leurs pro­grammes. L’im­pres­sion que, quel que soit le ré­sul­tat, il n’y au­ra pas d’amé­lio­ra­tions im­por­tantes dans la vie de tous les jours, dans cette so­cié­té mar­chande et déshu­ma­ni­sée qui s’im­pose à tout le monde. L’es­poir n’est pas tel­le­ment au ren­dez­vous, mais heu­reu­se­ment un jour ce­la peut re­ve­nir.

« Il gran­dit dans un mi­lieu où la po­li­tique est om­ni­pré­sente » D. LAN­GLOIS Écri­vain

PARUTION. De­ve­nu in­trou­vable, le livre, illus­tré par Plan­tu, a été re­mis à jour par son au­teur, De­nis Lan­glois, avant sa ré­édi­tion chez SCUP. DES­SIN DE PLAN­TU

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