Le gra­phisme à la por­tée de l’au­tisme

La de­si­gner cler­mon­toise Anne Per­riaux a conçu une si­gna­lé­tique qui épouse la pen­sée en images des au­tistes et amé­liore leur au­to­no­mie comme leur bien­être. Deux éta­blis­se­ments en sont dé­jà équi­pés.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Anne Per­riaux ap­par­tient à la gé­né­ra­tion du de­si­gn en­ga­gé, « pour tous », qui me­sure son ac­tion à son im­pact sur la so­cié­té. À 27 ans, la gra­phiste cler­mon­toise, pas­sée par Lyon et Pa­ris pour ses études, fa­vo­rise, par son coup de crayon, la com­mu­ni­ca­tion avec les au­tistes. Il est en ef­fet éta­bli que le re­cours à l’image – pic­to­grammes ou pho­tos – aide cette po­pu­la­tion de 650.000 per­sonnes en France à in­ter­agir avec l’ex­té­rieur.

L’idée d’éla­bo­rer une si­gna­lé­tique adap­tée est née en 2013 alors que la jeune femme pré­pa­rait son mé­moire de mas­ter. Le pro­jet, nom­mé « 6e sens », s’est construit au plus près des be­soins avec L’IME « Mai­son des Cou­leurs » de Saint­éloy­les­mines (*) pour se concré­ti­ser il y a bien­tôt deux ans.

« Le concept est trans­fé­rable à d’autres pa­tho­lo­gies comme la ma­la­die d’alz­hei­mer »

« Il est lo­gique qu’avec cette si­gna­lé­tique ima­gi­née pour eux, les en­fants se re­pèrent mieux qu’avec des pan­neaux stan­dards com­man­dés sur in­ter­net », re­lève le di­rec­teur de l’ins­ti­tut mé­di­co­édu­ca­tif, Thier­ry Le­fevre. « Avec Anne Per­riaux, nous avons me­né un tra­vail en con­ cer­ta­tion, de re­cherches, de re­mise en ques­tion qui a pro­duit une ré­ponse spé­ci­fique. La plus­va­lue est là : dans le sur­me­sure. Ce qui rend le concept trans­fé­rable à d’autres éta­blis­se­ments, à d’autres pa­tho­lo­gies comme la ma­la­die d’alz­hei­mer. »

Se bros­ser les dents, s’ha­biller, se dou­cher, mettre ses chaus­settes… Les sché­mas d’ac­tion sont par­ti­cu­liè­re­ment bien per­çus par les en­fants, note­til ; ils les ont en per­ma­nence sous les yeux, sur les murs des chambres, dans les sa­ni­taires. Anne Per­riaux a dé­com­po­sé les étapes comme dans une bande des­si­née : « Quand j’ap­prends par L’IME que l’un ou l’autre n’a plus be­soin de l’aide de l’édu­ca­teur pour se la­ver les mains, l’ou­til prend alors sa va­leur : utile, réelle. »

L’ac­tion vi­sua­li­sée, et in­té­grée, amé­liore l’au­to­no­mie mais aus­si le bie­nêtre qui en dé­coule. La di­mi­nu­tion des si­tua­tions de stress pro­fite à tous. Par exemple lorsque le rè­gle­ment in­té­rieur est mieux res­pec­té grâce à deux planches illus­trées : l’« in­ter­dit » – d’in­sul­ter, de ta­per, de crier, de cas­ser le ma­té­riel – et le « on peut » – se dé­tendre, de­man­der de l’aide, jouer, uti­li­ser sa ta­blette…

« Les images simples, di­ rectes, servent de mé­dia­teurs à ce qui pa­raît sans ce­la abs­trait et donc in­com­pré­hen­sible pour un en­fant au­tiste », té­moigne Thier­ry Le­fevre.

Réa­li­té sans dé­tails

Anne Per­riaux s’est en­tou­rée d’or­tho­pho­nistes, de psy­cho­logues, d’édu­ca­teurs, de pa­rents pour adap­ter son gra­phisme à ceux qui souffrent de ce han­di­cap en­core mal iden­ti­fié : « Les images doivent re­pré­sen­ter la réa­li­té mais en éli­mi­nant les dé­tails qui pour­raient per­tur­ber l’at­ten­tion. Les per­son­nages sont li­mi­tés au su­jet, la per­sonne au­tiste, à l’autre et à l’édu­ca­teur. »

Le ser­vice d’ac­cueil de jour (SAJ) Les Côtes Fleu­ries ac­cueille 14 adultes au­tistes à Cler­montFer­rand. L’éta­blis­se­ment a pro­fi­té de son ré­cent dé­mé­na­ge­ment pour re­voir sa com­mu­ni­ca­tion vi­suelle au­près de « 6e sens ». Pa­trick Ro­billon, le chef de ser­vice, met en avant la fa­cul­té des sup­ports – ai­man­tés et « qua­si in­des­truc­tibles » – à « s’adres­ser à l’en­semble des ré­si­dents pour le rè­gle­ment in­té­rieur et à cha­cun dans les ac­tions du quo­ti­dien et l’em­ploi du temps in­di­vi­duel. En outre, cette si­gna­lé­tique adap­tée a per­mis à mon équipe d’in­ves­tir les lieux en at­tri­buant une fonc­tion pré­cise à chaque es­pace. De quoi ren­for­cer un peu plus les re­pères des ré­si­dents. »

« Un tel pro­jet de­mande du temps, de la ré­flexion, de l’en­ga­ge­ment, re­con­naît Pa­trick Ro­billon, mais il est im­por­tant y com­pris pour les ai­dants. Les pré­co­ni­sa­tions de cette ex­pé­rience en cours se­ront d’ailleurs dif­fu­sées à l’équipe mo­bile que je di­rige : à Riom, à Cler­mont, à Is­soire et dans tous les lieux de vie qui ac­cueillent des adultes au­tistes. »

(*) L’éta­blis­se­ment, si­tué aux confins du Puy­de­dôme, de l’al­lier et de la Creuse, ac­cueille 30 en­fants et jeunes gens âgés de 5 à 20 ans pré­sen­tant une dé­fi­cience lé­gère, moyenne ou pro­fonde.

ANNE PER­RIAUX. « Les images doivent re­pré­sen­ter la réa­li­té mais en éli­mi­nant les dé­tails qui pour­raient per­tur­ber l’at­ten­tion ». PHO­TOS RÉ­MI DUGNE

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