Trop ou pas as­sez

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Ce di­manche ré­serve l’une des der­nières sor­ties of­fi­cielles du pré­sident Fran­çois Hol­lande. Il doit as­sis­ter dans l’aisne au cen­te­naire de la ba­taille du Che­min des Dames, tragédie de la Grande Guerre de 14­18. La presse a rap­pe­lé l’of­fen­sive fran­çaise dé­clen­chée le 16 avril 1917 par le gé­né­ral Ni­velle, qui vou­lait per­cer le front al­le­mand. En vain : 200.000 sol­dats fran­çais ont pé­ri. Quelques ra­dios et té­lés ont révélé une par­tie de l’ori­gine du nom de ce fa­meux che­min. Entre 1776 et 1789, les filles du roi Louis XV, Adé­laïde et Vic­toire, se ren­daient fré­quem­ment au châ­teau de la Bôve, pro­prié­té d’une an­cienne maî­tresse de… Louis XV. On mur­mure que le roi or­don­na de pa­ver la route pour le confort de ses filles, sur­nom­mées « les dames de France », d’où cette ap­pel­la­tion de Che­min des Dames. C’est aus­si beau qu’in­com­plet. Dans l’ar­got des li­ber­tins de l’an­cien Ré­gime, puis de la Belle Époque, le che­min des dames est la bande de poils que les hommes ar­borent sur le bas du ventre, fine toi­son qui des­cend du nom­bril jus­qu’à… euh, vous m’avez com­pris. Par ana­lo­gie, une route, sou­vent ga­lante, flan­quée de feuillages touf­fus, l’évoque par­fai­te­ment. D’un Fran­çois l’autre. Alors que j’écris ces lignes, j’en­tends dire que le nou­veau pape est « une vé­ri­table rock­star ». Vrai­ment ? Des filles en fu­rie l’at­tendent en bas de son hô­tel ? Quid de sa chambre ? Tel les fu­rieux de Led Zep­pe­lin, il a tout sac­ca­gé ? Il a exi­gé un aqua­rium géant en dé­co et il y a pris un bain ? Vé­ri­ta­ble­ment : non. Le pape est une star – c’est dé­jà pas mal –, mais il n’a rien d’une rock­star. Ni les ca­prices, ni les suc­cès fé­mi­nins. Ce­pen­dant, les ga­zettes fonc­tionnent ain­si. Elles en font trop, ou trop peu. Comme à la su­pé­rette, quand t’as seule­ment le choix entre light ou trop­gras­trop­sa­lé­trop­su­cré. Rien d’équi­li­bré. Autre dés­illu­sion : le conte­nu ne cor­res­pond pas à l’em­bal­lage. Pre­nez cette ma­nie des ca­len­driers nus. Douze mois, mais zé­ro vê­te­ment. On en trouve de tous les corps de mé­tier. A l’ex­cep­tion des papes et des strip­tea­sers. Les pom­piers nus, les bou­lan­gères nues, etc. Vous les avez dé­jà vus ? Moi non. Sur les pho­tos, ils et elles ont tou­jours quelque chose qui leur cache le sexe : leur main ou leur casque (riche idée, le casque de pom­pier quand on est pom­pier !). Or, l’ad­jec­tif « nu » si­gni­fie jus­te­ment qu’ils sont à nu, « à poil » au sens éty­mo­lo­gique du terme : qu’on voit les poils. Si­non, le terme exact est « dé­nu­dé ». Mais il fait moins vendre de pa­pier. L’été ap­proche. Ce n’est pas le bul­le­tin mé­téo qui nous l’ap­prend, mais les ma­ga­zines fé­mi­nins, qui dé­gainent leurs su­jets sexo. (Dans leur lexique in­terne, le terme sexe est trop hard, et sexua­li­té trop mé­di­cal. Donc sexo.) Le mar­ron­nier ul­time : « Ce qui rend fous les hommes ! ». Titre dé­jà vu cent fois. Riche de pro­messes. Mais quand les dames et les de­moi­selles lisent l’ar­ticle, elles sont dé­çues. Parce qu’elles n’ont rien ap­pris. Com­ment en est­on ar­ri­vé là ? Fla­sh­back en confé­rence de ré­dac­tion. Quand la jour­na­liste char­gée de l’en­quête énu­mère les ré­sul­tats de son tra­vail (et elle a bien bos­sé), la (ou le) ré­dac’chef lui as­sène : « Ah mais ça, ché­rie, on ne peut pas pu­blier, ça va cho­quer la lec­trice ! ». Va­riante : « Ça va re­bu­ter les an­non­ceurs, au­cun ne vou­dra ache­ter une pu­bli­ci­té en page de droite ». Voi­là pour­quoi de­puis des an­nées on pré­tend aux in­no­centes que ce qui rend fou un mon­sieur, c’est de lui faire la sur­prise de l’at­tendre en guê­pière sur le lit, avec des bou­gies par­tout au­tour, et deux coupes de cham­pagne sur la table de nuit. Pour le même mo­tif, dans le même ar­ticle, quand on de­mande aux hommes ce qu’ils trouvent de plus sexy chez une femme, la ré­ponse os­cille entre « la nuque » et « le galbe de l’épaule », sans ou­blier ce cli­ché d’os­téo­pathe : « des at­taches fines ». T’as qu’à croire ! Au­cun mec ne ré­pond ja­mais : quand elle em­prunte le che­min des dames…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.