Franz­oli­vier Gies­bert tape là où ça fait mal

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Laurent Bo­nilla

« Rien n’est au­tant à craindre que la crainte elle­même ». Cette ci­ta­tion de Henry Da­vid Tho­reau mise en exergue de son der­nier ou­vrage, Le théâtre des in­ca­pables, par FranzO­li­vier Gies­bert, ré­sume par­fai­te­ment à elle seule le mal fran­çais dé­non­cé à lon­gueur de pages par l’un de nos plus brillants jour­na­listes. Re­cueil de courtes chro­niques s’éta­lant de mai 2012 à jan­vier 2017, ce « Théâtre » per­met à Gies­bert de s’en prendre – entre autre – à l’ir­res­pon­sa­bi­li­té des po­li­tiques (avec forces ar­gu­ments à l’ap­pui), à l’aile gauche du PS dont « l’idéo­lo­gie est un glou­bi­boul­ga d’in­cul­ture, d’uto­pie et de gei­gnar­dise », à un cer­tain syn­di­ca­lisme qui ne re­pré­sente plus que lui­même et pa­ra­lyse le pays, à ces in­tel­lec­tuels dans le dé­ni du dan­ger com­mu­nu­tau­riste et is­la­mique et confits dans leur « bien­pen­sance », à Nuit de­bout qui se re­ven­dique du so­cia­lisme de Cha­vez quand ce­lui­ci a to­ta­le­ment rui­né le Vé­né­zue­la. Mais Gies­bert, d’une plume brillante (on ap­pelle ça le ta­lent), ne fait pas que flin­guer : il loue On­fray, Mé­len­chon, trace un por­trait nuan­cé de Hol­lande, rend hom­mage au tra­vail des jour­naux L’hu­ma­ni­té et La Croix pour leurs articles sur les dé­rives du ré­gime turc (pen­dant que d’autres font preuve d’un stu­pé­fiant aveu­gle­ment sur le su­jet), prou­vant ain­si qu’il est tout sauf sec­taire. Bref, une lec­ture ré­jouis­sante.

Al­bin Mi­chel, 345 pages, 19,50 €.

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