Dis­moi ce que tu tweetes...

Une pla­te­forme prend au mot les can­di­dats à la pré­si­den­tielle

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 Jours en politique - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Il est prof de linguistique à Cer­gy-pon­toise et s’in­té­resse de­puis long­temps aux dis­cours po­li­tiques. Ju­lien Lon­ghi a dé­ci­dé de pro­po­ser à un large pu­blic un ou­til pour faire par­ler les tweets des can­di­dats.

Il en a pas­sé du temps à dé­cor­ti­quer, d’abord « ma­nuel­le­ment », puis avec le ren­fort d’in­for­ma­ti­ciens, ces mots qui re­viennent sou­vent dans la bouche des po­li­tiques. Mais l’ana­lyse se fai­sait « après coup » pour un pu­blic d’aver­tis. Aus­si Ju­lien Lon­ghi, pro­fes­seur de linguistique à l’uni­ver­si­té de Cer­gy­pon­toise, était­il « frus­tré » que toute cette « éner­gie dé­ployée » n’ait que des « re­tom­bées uni­ver­si­taires, mais pas ci­toyennes ». Voi­là pour­quoi il a dé­ci­dé de créer une pla­te­forme d’ana­lyse des tweets de cette cam­pagne pré­si­den­tielle, bap­ti­sée #Idéo2017. Pour, tout en gar­dant des ou­tils pros, « mettre à la por­tée du grand pu­blic une in­ter­face in­tui­tive » et sans cesse mise à jour, en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle.

Le tweet, un genre mi­neur dans le dis­cours po­li­tique ? Je di­rais da­van­tage qu’il s’agit d’une di­men­sion spé­ci­fique. Le fil Twit­ter des comptes of­fi­ciels est un jour­nal en conti­nu de toutes les prises de pa­role pu­bliques d’un can­di­dat. Tout s’y cris­tal­lise. Les tweets per­mettent de ré­cu­pé­rer la sub­stance tex­tuelle et dis­cur­sive d’un can­di­dat.

C’est ra­re­ment le can­di­dat qui écrit… Pas un sou­ci pour l’ana­lyse ? Non, ce n’est pas gê­nant car ce sont beau­coup de dis­cours rap­por­tés, voire ac­com­pa­gnés de vi­déos pour les live­tweets qui per­mettent de vé­ri­fier l’au­then­ti­ci­té. Après, si on part là­des­sus, on peut aus­si dire qu’il y a des plumes der­rière les dis­cours des mee­tings et des com­mu­ni­cants par­tout. Ce­la reste leur iden­ti­té nu­mé­rique.

Que peut-on ve­nir cher­cher sur la pla­te­forme #Idéo2017 ? Nous pro­po­sons deux portes d’en­trée. La pre­mière per­met de com­pa­rer entre les dif­fé­rents can­di­dats l’uti­li­sa­tion de cer­tains mots. Sont­ils sous­em­ployés, sur­em­ployés ? On peut aus­si voir, grâce au nuage lexi­cal, les termes qui gra­vitent au­tour d’un mot, les as­so­cia­tions, le choix de cer­tains dé­ri­vés : « tra­vailleurs » plu­tôt que « tra­vail » chez Na­tha­lie Ar­thaud, « is­la­mistes » plu­tôt que « is­lam » chez Ma­rine Le Pen. Une se­conde en­trée per­met de voir les thé­ma­tiques abor­dées. Chez Fillon, par exemple, le re­dres­se­ment des dé­penses pu­bliques, l’eu­rope et l’au­to­ri­té de l’état do­minent. Ce­la per­met d’avoir une ap­pré­hen­sion ob­jec­tive, sta­tis­tique, des dis­cours, sans le filtre du com­men­taire jour­na­lis­tique, sans l’in­ter­pré­ta­tion. Les gens peuvent ain­si faire leur ex­pé­rience.

Cer­tains can­di­dats ont-ils une iden­ti­té nu­mé­rique très mar­quée ? Deux se dé­marquent avec des élé­ments de pro­gramme qui res­sortent et servent de pi­vot : la « France » et les « Fran­çais » pour Ma­rine Le Pen et la « France » et l’« Eu­rope » pour Ma­cron. Chez eux, tous les autres mots s’or­ga­nisent au­tour de ces bi­nômes. Chez les autres can­di­dats, le lexique est plus hé­té­ro­gène.

Et Mé­len­chon dans tout ça, le cham­pion des ré­seaux so­ciaux ? C’est l’un des rares qui a une vraie stra­té­gie di­gi­tale, avec du tea­sing d’évé­ne­ments. Il ne se contente pas de rap­por­ter des ex­traits de dis­cours. Il est vrai­ment dans l’es­prit Twit­ter et You­tube, dans l’in­ter­ac­tion.

Les can­di­dats s’ex­pri­men­tils bien ? On est tou­jours dans la langue de bois, dans le lan­gage ro­bo­ti­sé. Comme dans tous les dis­cours po­li­tiques, des em­brayages au­to­ma­tiques se mettent en place. Il est des mots dont on ne ques­tionne plus le sens comme la dé­mo­cra­tie… Cette rou­tine lan­ga­gière de­vient peu à peu une rou­tine de pen­sée.

Pour voir de plus près. La pla­te­forme d’ana­lyse des tweets des can­di­dats est ac­ces­sible de­puis le 29 mars à l’adresse : http ://ideo2017. en­sea.fr/pla­te­forme/

JU­LIEN LON­GHI. Le pi­lote de la pla­te­forme sou­haite pour­suivre son tra­vail lors des lé­gis­la­tives et l’en­ri­chir. PHO­TO LA MON­TAGNE

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