L’école Nor­male et la Grande Guerre

Suite de l’his­toire de l’éta­blis­se­ment dé­dié à la for­ma­tion des ins­ti­tu­trices à Cler­mont­ferrand

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont - Pierre Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr A lire. Ren­dez-vous di­manche pro­chain pour la suite de l’his­toire l’école Nor­male d’ins­ti­tu­trice du Puy-de-dôme.

Entre août 1914 et jan­vier 1918, l’école Nor­male d’ins­ti­tu­trice du Puy-de-dôme est en­tiè­re­ment oc­cu­pée par les ser­vices de « l’hô­pi­tal tem­po­raire n°10 » qui compte jus­qu’à 280 lits.

Comme de nom­breux hô­tels des sta­tions thermales, des ly­cées et des col­lèges du dé­par­te­ment, l’école Nor­male de l’ave­nue du Puy­de­dôme est ré­qui­si­tion­née pour ac­cueillir des bles­sés. Entre août et dé­cembre 1914, on dé­nombre 800.000 bles­sés et 300.000 ma­lades dans les rangs de l’ar­mée fran­çaise.

Cette ré­qui­si­tion pose de nom­breux obs­tacles à la poursuite de l’en­sei­gne­ment. Dans l’im­pos­si­bi­li­té de trou­ver des lo­caux dans les­quelles ac­cueillir les 91 pen­sion­naires qui com­posent alors l’ef­fec­tif des quatre an­nées d’études, il faut bien se ré­si­gner à les lo­ger en ville. Les unes vivent chez des pa­rents qui ha­bitent Cler­mont, un cer­tain nombre trouve place à l’in­ter­nat de l’école pri­maire su­pé­rieure (place de Jaude), les autres, dans des mai­sons par­ti­ cu­lières. Les cours et les études ont lieu dans les lo­caux de la Fa­cul­té des Lettres, si­tuées alors rue Pas­cal.

En­fin, les deux classes de l’école­an­nexe re­çoivent l’hos­pi­ta­li­té de Ray­mond Ber­gou­gnan dont les usines sont toutes proches. L’in­dus­triel met à leur dis­po­si­tion, d’abord sa grande salle de réunions mu­si­cales et plus tard, une par­tie de son usine qui longe la rue Font­giève. En oc­tobre 1915, l’in­ter­nat est rou­vert à l’école de la Ma­ter­ni­té (au bas de l’ave­nue Ver­cin­gé­to­rix).

Il re­çoit 73 pen­sion­naires. Les cours se donnent au Pa­lais de l’uni­ver­si­té (ac­tuel Rec­to­rat), si­tué à proxi­mi­té de l’in­ter­nat. Seule, l’école an­nexe est main­te­nue dans le quar­tier Font­giève prin­ci­pa­le­ment pour conser­ver son re­cru­te­ment.

Une op­por­tu­ni­té de for­ma­tion

La contri­bu­tion de l’école (per­son­nel et élèves) aux oeuvres de so­li­da­ri­té nées des cir­cons­tances, se pour­suit jus­qu’à la fin des hos­ti­li­tés.

Aux oeuvres des « Pri­son­niers de guerre », des « Filleuls de guerre », des « Pu­pilles de l’école Pu­blique », cha­cune donne une large part de son temps. Pen­dant les pé­riodes de va­cances, plu­sieurs élèves ap­prennent l’écri­ture Braille et s’offrent à par­ti­ci­per aux tra­vaux de l’im­pri­me­rie fon­dée par his­to­rien, ro­man­cier et poète Georges Des­de­vises du Dé­zert.

Mais c’est sur­tout vers celles qui pos­sèdent le di­plôme d’in­fir­mière que les re­gards se tournent. Elles se sont mises à la dis­po­si­tion du Ser­vice de San­té, pas­sant la plus grande par­tie de leur temps libre au che­vet des bles­sés. L’en­semble des per­son­nels de l’école Nor­male d’ins­ti­tu­trices du Puy­de­dôme rem­ plit, au cours de ces an­nées dou­lou­reuses, tout son de­voir ci­vique, en même temps qu’il y trouve, pour ses élèves une op­por­tu­ni­té de for­ma­tion. L’une de ces in­fir­mières bé­né­voles té­moigne : « J’étais jeune alors, mais cette dé­pense et ce don de moi­même, ce contact avec tant de mi­sères, avec les bles­sés de toutes condi­tions, a fait plus que toutes les le­çons de mo­rale pour me faire connaître et es­ti­mer la na­ture hu­maine… » (*).

L’en­ga­ge­ment to­tal des pro­fes­seurs et mai­tresses­élèves

Une nou­velle gé­né­ra­tion fait sa ren­trée en 1918

En juillet 1917, le Ser­vice de San­té de l’ar­mée dé­cide, en­fin, de rendre les bâ­ti­ments à leur des­ti­na­tion ini­tiale. Les mois de va­cances et le der­nier tri­mestre de l’an­née ci­vile per­mettent les ré­pa­ra­tions ur­gentes et l’ap­port de ma­té­riel. Le 6 jan­vier 1918, les mai­tresses­élèves d’une nou­velle gé­né­ra­tion (les études sont de quatre ans) ef­fec­tuent leur en­trée dans l’éta­blis­se­ment de l’ave­nue du Puy­de­dôme ren­du à sa vo­ca­tion.

(*) Ex­trait de la bro­chure du 50e an­ni­ver­saire de l’école Nor­male pu­bliée en 1938.

OU­BLIÉE. Voi­ci une vue de la cour in­té­rieure de l’école Nor­male d’ins­ti­tu­trices avant 1914. C’est au­jourd’hui un es­pace pu­blic et une aire de jeux. PHO­TO DR

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