Entre Cler­mont, Pa­ris et « l’af­gha »

Va­lé­rie Do­cher est Cler­mon­toise. Elle a quit­té une vie con­for­table pour em­bras­ser une car­rière dans l’hu­ma­ni­taire. Dans un pays tou­jours en proie aux at­ten­tats : l’af­gha­nis­tan. Elle est à la tête au­jourd’hui de MRCA.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ge­ne­viève Thi­vat

Va­lé­rie Do­cher garde tou­jours un oeil fié­vreux sur son té­lé­phone. En mode si­len­cieux, par cour­toi­sie. Et s’il y avait un at­ten­tat ? Un de plus… À Ka­boul ou tout près d’un centre de san­té dans une pro­vince af­ghane. Et s’il fai­sait des vic­times par­mi ses amis, ses col­lègues, le per­son­nel dont elle a la res­pon­sa­bi­li­té ? Un stress qu’elle n’ou­blie presque que lors­qu’elle éduque son jeune ber­ger aus­tra­lien. Une heure loin des tra­cas, « fo­ca­li­sée sur autre chose », au pied des vol­cans au­ver­gnats qui l’ont vu naître. Et pour­tant, à dé­faut de l’ad­mettre, c’est pal­pable : elle adore ça, être à la tête d’une or­ga­ni­sa­tion non­gou­ver­ne­men­tale : MRCA (pour Me­di­cal Re­fre­sher Courses for Af­ghans).

Par­cours exem­plaires

Les Ta­li­bans, le froid sans chauf­fage ou presque, la ca­ni­cule, la pous­sière, le dan­ger. Peu im­porte. Elle fait avec, et s’amuse des anec­dotes qui en ré­sultent. Echan­ger avec Va­lé­rie Do­cher, c’est un voyage, c’est ap­pro­cher un monde où des vio­lences aveugles qua­si quo­ti­diennes cô­toient des par­cours exem­plaires, comme ce­lui de cette jeune pro­vin­ciale qui, en­cou­ra­gée par son père, choi­sit de s’ins­truire et de de­ve­nir in­fir­mière… Quatre se­maines entre Cler­mont et Pa­ris, pen­ser à re­cru­ter…, puis l’af­gha, puis re­ve­nir en France et re­par­tir… Un choix, un chan­ge­ment de vie ra­di­cal à la tren­taine, loin du confort tran­quille de son pays.

Comment êtes-vous ar­ri­vée à tra­vailler dans l’hu­ma­ni­taire ? Et pour­quoi l’af­gha­nis­tan ? Après un BTS ob­te­nu à Cler­montFer­rand, j’ai d’abord eu un par­cours tout ce qu’il y a des plus clas­siques : res­pon­sable com­mer­ciale, en­suite res­pon­sable lo­gis­tique, et en­fin res­pon­sable de pro­duc­tion dans une so­cié­té d’im­pres­sion à Saint­étienne. Mais très tôt, il faut bien l’ad­mettre, j’ai res­sen­ti le be­soin d’évo­luer vers autre chose, là où se jouent da­van­tage des en­jeux hu­mains et so­ciaux. J’avais re­pris des études à l’école de ma­na­ge­ment de Lyon et j’ai eu la pos­si­bi­li­té d’ef­fec­tuer un mas­ter 2 lié à l’hu­ma­ni­taire à la fa­cul­té de mé­de­cine tro­pi­cale de Li­ver­pool. Tout vient de là. Ou presque… Mon mé­moire por­tait sur les be­soins en termes de san­té et de prise en charge des en­fants han­di­ca­pés men­taux au Mo­zam­bique. Une pre­mière mis­sion que je n’ou­blie­rais pas. J’ai eu en­suite la pos­si­bi­li­té de faire une mis­sion en In­do­né­sie, avec L’ONU, puis une mis­sion de six mois en Af­gha­nis­tan pour Han­di­cap in­ter­na­tio­nal. J’ai ado­ré ce pays ! Je ne peux pas l’ex­pli­quer. Cer­tains pré­fèrent l’afrique, moi c’est l’af­gha. J’ai noué à cette oc­ca­sion les pre­miers liens avec des membres de MRCA.

Dites-nous en un peu plus sur MRCA. C’est une ONG as­sez peu connue en France ? MRCA in­ter­vient uni­que­ment en Af­gha­nis­tan, et seule­ment dans le do­maine de la san­té. Elle est im­plan­tée dans ce pays de­puis 1985 et em­ploie es­sen­tiel­le­ment du per­son­nel af­ghan. Nous ne pre­nons au­cune po­si­tion po­li­tique. Notre neu­tra­li­té est pri­mor­diale pour la sé­cu­ri­té de tous ! Même si L’ONG est peu connue, la po­pu­la­tion af­ghane, elle, nous connaît bien !

Quel est votre rôle au sein

de cette ONG ? Je suis se­cré­taire gé­né­rale. Je gère 800 per­sonnes dont seule­ment trois hu­ma­ni­taires in­ter­na­tio­naux comme moi, une école de sa­ges­femmes et une école d’in­fir­mières. MRCA a au­jourd’hui contri­bué à la for­ma­tion de plu­sieurs cen­taines de tra­vailleurs de san­té en cycle ini­tial ou en for­ma­tion conti­nue pour des doc­teurs, chi­rur­giens de re­cons­truc­tion, phar­ma­ciens, in­fir­miers, etc. Et puis, il y a la construc­tion, la ré­no­va­tion et la ges­tion de 43 centres de san­té et 320 postes de san­té, dans la pro­vince de Pak­tya. MRCA tra­vaille sur l’amé­lio­ra­tion, la ré­ha­bi­li­ta­tion, et la construc­tion de 20 uni­tés mère/en­fant en Ka­pi­sa, pour des femmes en­ceintes, jeunes mères et nou­veaux­nés. Des soins sont four­nis 24 h/24 dans les hô­pi­taux pro­vin­ciaux gé­rés par MRCA. Mais au fi­nal, je fais le même mé­tier qu’avant : je gère des per­sonnes, des bud­gets avec un sou­ci de ren­ta­bi­li­té et d’ef­fi­ca­ci­té. Mais avec un but as­sez dif­fé­rent (sou­rire). Ai­der la po­pu­la­tion af­ghane et ten­ter de sau­ver des vies !

Dans ce pays, quelles sont les priorités en ma­tière de san­té ? Il y en a beau­coup ! Et puis il y a les at­ten­tats, même si l’on n’en parle plus en France, et des vio­lences quo­ti­diennes… Mais di­sons, dé­jà l’hy­giène, l’as­sai­nis­se­ment, le sto­ckage de l’eau… Ce qui pour nous est ba­nal peut être une pe­tite ré­vo­lu­tion là­bas. Concer­nant les per­son­nels de san­té dans les cam­pagnes, nous for­mons des bi­nômes – homme, femme –, même illet­trés, à des gestes d’hy­giène et de soins ba­siques, au plan­ning fa­mi­lial, à la re­con­nais­sance de symp­tômes, etc. Dans les villes, il y a des hommes et des femmes suf­fi­sam­ment édu­qués pour suivre des études dans des uni­ver­si­tés que nous pou­vons re­cru­ter pour les hô­pi­taux. Nous nous adap­tons au­tant que pos­sible aux men­ta­li­tés : les femmes soignent les femmes et les en­fants. Il n’y pas de gy­né­co­logue mas­cu­lin mais une cé­sa­rienne peut être pra­ti­quée par un chi­rur­gien. Et les hommes peuvent soi­gner des femmes ha­billées et ac­com­pa­gnées.

MIS­SION. « Je fais le même mé­tier qu’avant : je gère des per­sonnes, des bud­gets avec un sou­ci de ren­ta­bi­li­té et d’ef­fi­ca­ci­té. Mais avec un but as­sez dif­fé­rent : ai­der la po­pu­la­tion af­ghane ».

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