La pre­mière était bap­ti­sée “la théière”

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - De­nis Chau­me­reuil

En 1977, lors du Grand Prix de Grande­bretagne, le pi­lote fran­çais Jean­pierre Ja­bouille a pris le vo­lant de la pre­mière Re­nault en­ga­gée en For­mule 1. Pour nous, il re­vient sur cette belle aven­ture, mais éga­le­ment sur l’im­por­tance de la pré­sence de Re­nault dans la ca­té­go­rie reine du sport au­to­mo­bile.

Jean­pierre Ja­bouille, d’ori­gine creu­soise, a pi­lo­té la pre­mière Re­nault F1, en 1977. Il a for­te­ment contri­bué à l’en­ga­ge­ment du construc­teur fran­çais en For­mule 1. Un construc­teur pour le­quel il a pi­lo­té jus­qu’en 1980. Il se­ra rem­pla­cé, la sai­son sui­vante, par un jeune es­poir, Alain Prost. En 1981, Jean­pierre Ja­bouille, qui a beau­coup tra­vaillé à l’évo­lu­tion des mo­no­places Re­nault, re­joint l’écu­rie Li­gier. Il ar­rê­te­ra sa car­rière en F1 à mi­sai­son, mal re­mis de son ter­rible ac­ci­dent au Grand Prix du Ca­na­da de 1980. Il brille­ra en­suite en en­du­rance, no­tam­ment avec Peu­geot aux cé­lèbres 24 h du Mans.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de ces dé­buts de Re­nault en For­mule 1 ? J’ai énor­mé­ment par­ti­ci­pé à la ve­nue de Re­nault dans ce cham­pion­nat. J’ai fait les pre­miers rou­lages de la RS01, les es­sais, ex­pli­quant ce qu’il fal­lait mo­di­fier au fur et à me­sure. Et je tra­vaillais sur chaque nou­veau mo­dèle qui sor­tait. Lors­qu’on a dé­ci­dé de se lan­cer, on a dit ok, on y va, mais avec de nou­velles tech­no­lo­gies. J’ai beau­coup tra­vaillé pour cette écu­rie. J’ai pas­sé du temps à tra­vailler sur de nou­velles so­lu­tions pour amé­lio­rer les per­for­mances de la voi­ture. C’est pour moi un en­ri­chis­se­ment et une fier­té.

Comment se sont dé­rou­lés ces dé­buts ? C’était au Grand Prix d’an­gle­terre à Sil­vers­tone. La voi­ture, la RS01, était très dif­fi­cile, no­tam­ment avec ses pneus ra­diaux. Je me sou­viens que Kent Ty­rell, pa­tron d’écu­rie, s’es­claf­fait et c’est lui qui avait sur­nom­mé notre voi­ture “la théière” parce qu’à chaque re­tour aux stands, elle avait une fâ­cheuse ten­dance à fu­mer. Plus tard, il a moins ri­go­lé, lorsque nous avons, en trois ans seule­ment, ap­por­té de nou­velles tech­no­lo­gies, dont le

mo­teur tur­bo et ga­gné des courses. C’était une voi­ture 100 % fran­çaise et 100 % Re­nault. Je comp­tais être cham­pion du monde de For­mule 1 avec Re­nault mais tout s’est ar­rê­té au Grand Prix du Ca­na­da, à Mon­tréal de 1980. Un grave ac­ci­dent m’a bri­sé les deux jambes.

Au­jourd’hui, la sé­cu­ri­té des voi­tures s’est très for­te­ment amé­lio­rée. À mon époque, deux pi­lotes se tuaient en course chaque sai­son. Si l’on ex­cepte Jules Bian­chi, dont le dé­cès est dû à des cir­cons­tances par­ti­cu­lières, le der­nier à avoir per­du la vie en course de F1 est Ayr­ton Sen­na. Au­jourd’hui, la For­mule 1 est la ca­té­go­rie où la tech­no­lo­gie est très en avance. À cô­té, l’avia­tion a du re­tard. La For­mule 1 a ac­cès aux toutes der­nières tech­no­lo­gies qui les rendent puis­santes, ra­pides et sûres. Mais la puis­sance ne fait pas tout. Les voi­tures ac­tuelles ont plus de charge aé­ro­dy­na­mique, no­tam­ment sur les frei­nages, ce qui leur per­met de frei­ner plus tard et de pas­ser plus vite en vi­rage. Je pense que toute ces évo­lu­tions vont dans le bon sens.

Ai­me­riez-vous pi­lo­ter une For­mule 1 ac­tuelle ? D’après ce que j’ai pu en en­tendre dire, ça me plai­rait . Pour les pi­lotes, elles semblent plus fa­ciles à maî­tri­ser que celles de mon époque.

En 1983, avec Re­nault, Alain Prost au­rait pu dé­cro­cher son pre­mier titre de cham­pion du monde. C’est vrai. Mais il y a eu l’en­tê­te­ment de cer­taines per­sonnes sur des choix, un pe­tit mo­teur élec­trique qui tom­bait sou­vent en panne et le fait que l’équipe n’ait pas vou­lu por­ter ré­cla­ma­tion contre l’écu­rie Brabham équi­pée d’un mo­teur BMW pour une sus­pi­cion d’es­sence non conforme.

Quel re­gard por­tez vous sur le re­tour de Re­nault en F1, en qua­li­té d’écu­rie ? Je sou­haite vrai­ment que l’écu­rie réus­sisse à se his­ser au rang des meilleures équipes mais je pense qu’elle n’a pas en­core les bonnes per­sonnes.

Ce­la qui im­plique d’im­por­tants moyens hu­mains et fi­nan­ciers ? Il faut faire les bons choix. À son époque, Toyo­ta avait le plus gros bud­get et une équipe d’un mil­lier de per­sonnes. L’écu­rie est res­tée dix ans en For­mule 1 sans ja­mais ga­gner un Grand Prix. La tech­no­lo­gie et les fi­nances sont une chose mais c’est l’être hu­main qui fait la dif­fé­rence, à tous les ni­veaux, du pa­tron de l’écu­rie aux pi­lotes en pas­sant par les in­gé­nieurs. Il faut avoir suf­fi­sam­ment, mais sur­tout des gens per­for­mants et ma­lins.

Pour­quoi est-ce in­dis­pen­sable qu’un construc­teur comme Re­nault soit en For­mule 1 ? C’est pri­mor­dial pour l’image vé­hi­cu­lée dans le monde en­tier, donc pour le bu­si­ness, pour les ventes de voi­tures, à l’image de Fer­ra­ri ou de Mer­cedes.

Fê­ter les 40 ans de Re­nault en For­mule 1 est im­por­tant ? Bien sûr. Re­nault a ap­por­té beau­coup à la For­mule 1 en par­ti­cu­lier, no­tam­ment sur le plan tech­nique et tech­no­lo­gique.

Lors de ces Clas­sic Days, vous re­pren­drez le vo­lant de la pre­mière Re­nault F1 de 1977, la RS01. Comment ap­pré­hen­dez-vous ce mo­ment ? Ce se­ra top et un vrai plai­sir. Je connais par­fai­te­ment cette voi­ture mais j’ai conscience qu’elle est an­cienne. Il fau­dra sur­veiller les pièces car il peut y avoir de la rouille ca­chée ici ou là. En terme de sé­cu­ri­té, ça n’a rien à voir avec les voi­tures d’au­jourd’hui. Si je per­cute un mur à 50 km/h, je peux à nou­veau me bri­ser les jambes. Alors, je se­rai très pru­dent. Mais ce se­ra bon de faire ru­gir à nou­veau cette F1, sur ce beau cir­cuit de Ma­gny­cours, pour moi et pour le pu­blic.

STANDS. La pho­to est lé­gen­dée ain­si : « Sur le cir­cuit Paul Ri­card, Mi­che­lin était éga­le­ment très concer­né par l’aven­ture du mo­teur Re­nault Turb

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