Un voyage sans but ni rai­son

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ré­mi Bon­net

Pour son pre­mier ro­man, Lu­cie De­sau­bliaux n’a pas choi­si la fa­ci­li­té.

Dans La nuit se­ra belle, pa­ru chez Actes Sud, l’au­teur dé­crit le quo­ti­dien de trois jeunes gens en dé­ca­lage to­tal avec la so­cié­té am­biante, son prag­ma­tisme et son pro­duc­ti­visme. Ils se pré­parent mol­le­ment pour un voyage, sans but pré­cis.

Alors ils at­tendent, comme Be­ckett at­ten­dait Go­dot, bien à l’abri dans leur ap­par­te­ment­re­fuge. Cet éton­nant trio pro­fite de la vie, boit des bières, écoute le si­lence et fuit par­des­sus tout ce qu’on ap­pelle com­mu­né­ment la vie « nor­male ».

Sont­ils re­pré­sen­ta­tifs d’une gé­né­ra­tion éle­vée dans la pers­pec­tive pas bien ré­jouis­sante du chô­ mage et de la pré­ca­ri­té ? On n’en sait rien, et ce n’est pas l’en­jeu. Il n’y a ici au­cune cri­tique franche de la so­cié­té d’au­jourd’hui. Sim­ple­ment une vo­lon­té de se pla­cer hors d’elle.

On l’au­ra com­pris, avec une in­trigue aus­si éva­nes­cente, on peut très vite tom­ber dans l’en­nui le plus pro­fond. L’écri­ture de Lu­cie De­sau­bliaux trace une ligne fine entre mé­di­ ta­tion et im­mo­bi­li­té. Et fran­chit par­fois cette fron­tière très té­nue, lors d’in­évi­tables mo­ments de creux, où il ne se passe tout sim­ple­ment rien du tout.

Mais tout de même, en re­fu­sant les pro­cé­dés tra­di­tion­nels d’écri­ture (in­trigues, re­bon­dis­se­ments, « mes­sage »), l’écri­vain creuse un sillon per­son­nel, pas en­core tout à fait abou­ti, mais qui pour­rait, pour­quoi pas, éclore sur son pro­chain livre. On at­tend la suite…

La fine fron­tière entre mé­di­ta­tion et im­mo­bi­li­té

AU­TEUR. Lu­cie De­sau­bliaux vient de sor­tir un pre­mier ro­man pro­met­teur. PHO­TO DR

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