Por­trait d’une jeu­nesse désen­chan­tée

Trois se­maines de ré­si­dence pour les onze étu­diants co­mé­diens du Conser­va­toire de Cler­mont­fer­rand en­ga­gés dans le pro­jet Les au­teurs sont bien vi­vants­ca­pi­tal risque. Trois re­pré­sen­ta­tions en fin de se­maine.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Les onze co­mé­diens ne quittent à au­cun mo­ment la scène du­rant une heure qua­rante­cinq. « Nous sommes por­tés par la dy­na­mique du groupe, com­mente Adèle. De­puis l’écri­ture nous avons tra­vaillé en­semble pour construire cette histoire. Sur le pla­teau nous sommes toujours les uns sur les autres. »

Le texte, que sont en train de ré­pé­ter ces étu­diants du Conser­va­toire Emmanuel­cha­brier à la Cour des Trois Co­quins à Cler­mont­fer­rand, a été ini­tié par un ate­lier d’écri­ture. Une se­maine en septembre pour éla­bo­rer et coucher des per­son­nages sur pa­pier en com­pa­gnie de l’au­teur fran­co­por­tu­gais Ma­nuel Pe­rei­ra.

École de com­merce

« Ces per­son­nages au­raient pu être nous, com­mente Adèle. Ils ont nos âges et comme nous am­bi­tionnent de réus­sir leur vie. »

Professeur d’art dra­ma­tique au Conser­va­toire, Bruno Marchand di­rige les mou­ve­ments des élèves. Sur le pla­teau nu, ceux­ci ins­tallent, dé­placent, en­lèvent trois ca­na­pés, une es­trade, des chaises à rou­lettes, une table de bar, un or­di­na­teur… Tout le monde est at­ten­tif à tout le monde. On a l’im­pres­sion que tous peuvent in­ter­ve­nir à tout mo­ment.

« Le pro­jet est de bros­ser le por­trait d’une gé­né­ra­tion, ex­plique le fon­da­teur du Cy­clique Théâtre. Celle qui a 20­25 ans au­jourd’hui dans une ville moyenne comme Cler­mont­fer­rand. En s’in­ter­ro­geant sur son en­ga­ge­ment po­li­tique. »

Les filles portent tailleur, jupe et veste, les gar­çons, che­mise blanche. « Ce sont des étu­diants D’HEC, pré­cise Jé­rôme. Ils ne sont pas tout à fait nous, ils ont choi­si une autre voie, mais en même temps ils nous ressemblent je me re­con­nais sou­vent dans l’al­te­re­go que j’in­ter­prète. »

Au conser­va­toire comme en école de com­merce, ils sont à l’âge où tout est pos­sible. La pièce les pro­jette quelques an­nées plus tard. Ils sont de­ve­nus tra­der ou chef de gare à Pé­ri­gnat­lès­sar­liève. Qu’on­tils fait de leur vie ? Qu’est­ ce que la vie a fait d’eux ? Di­ri­ger sa vie, la su­bir… Toutes ces ques­tions tra­versent la pièce. « Ce qu’il reste de nous­mêmes au coeur de nos ac­ti­vi­tés, de nos re­la­tions, de nos dé­si­rs, de nos amours », ré­sume Ma­nuel Pe­rei­ra.

« Le per­son­nage que je joue est en co­lère contre tout, pour­suit Adèle. Elle est très dif­fé­rente de moi. Très proche aussi. Et elle res­semble ter­ri­ble­ment à deux co­pines de L’ESC. Et à mon ex­co­pain ! »

Ma­nuel Pe­rei­ra a in­té­gré des pas­sages écrits par Adèle dans le texte qu’il a li­vré le 15 jan­vier. Avant Cler­mont­fer­rand, l’écri­vain avait en­ga­gé le même type de ré­flexion avec la gé­né­ra­tion des 20 ans à Ber­lin. « Ber­lin se­quenz » est de­ve­nu un texte sur le dé­sir (édi­té chez Es­paces Trente Quatre). Dé­sir des autres, dé­sir d’un autre monde.

Le troi­sième vo­let de ce por­trait d’une gé­né­ra­tion se pour­sui­vra à Por­to, ville na­tale de Ma­nuel Pe­rei­ra, avec un groupe de jeunes ar­chi­tectes.

Qu’ont­ils en com­mun ? « Le désen­chan­te­ment » tranche Bruno Marchand. « Ma­nuel Pe­rei­ra nous a in­ter­ro­gés sur notre rap­port à la po­li­tique, re­lève Jé­rôme. Notre gé­né­ra­tion est celle des ex­trêmes. C’est vrai aussi dans notre groupe de co­mé­diens. Il y a ceux qui s’en­gagent et ceux qui ne s’im­pliquent pas du tout. Moi, je suis du cô­té de ceux qui agissent ! »

Le texte de Ma­nuel Pe­rei­ra fait al­ter­ner le lan­gage par­lé et des pas­sages très écrits. « C’est un théâtre de texte au phra­sé exigeant. L’écri­ture du pla­teau est gé­né­rée par l’écri­ture du texte », sou­ligne le met­teur en scène.

Les co­mé­diens jouent beau­coup avec leur corps. « Nos corps sont po­li­tiques : il n’y a pas de fron­tière entre les en­jeux po­li­tiques et nos dé­si­rs les plus in­times », a écrit Ma­nuel Pe­rei­ra.

Pra­tique. Les au­teurs sont bien vi­vants-ca­pi­tal risque, jeu­di 4, ven­dre­di 5 et samedi 6 mai à 20h30 à la Cour des Trois Co­quins à Cler­mont-fer­rand (en­trée gra­tuite). Ren­contre dé­bat avec Ma­nuel Pe­rei­ra, Bruno Marchand et les élèves co­mé­diens samedi 6 mai à 15 heures à la Mé­dia­thèque de Jaude (Tél. 04.73.42.68.88.)

RÉ­PÉ­TI­TIONS. Onze jeunes co­mé­diens en­ga­gés avec Bruno Marchand dans un pro­jet. JEAN-LOUIS GORCE

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