Le Pen veut pa­raître moins iso­lée

Elle a pro­mis Ma­ti­gnon à Ni­co­las Du­pont­ai­gnan si elle gagne la présidentielle

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités -

Avec le ral­lie­ment du sou­ve­rai­niste Ni­co­las Du­pont-ai­gnan, pré­sident de De­bout La France, qu’elle compte nom­mer Pre­mier mi­nistre si elle rem­porte l’élec­tion présidentielle, Ma­rine Le Pen tente de ré­pondre aux ac­cu­sa­tions de ses dé­trac­teurs sur son iso­le­ment.

De­puis son ac­ces­sion à la tête du FN dé­but 2011, la di­ri­geante du par­ti d’extrême droite avait ral­lié quelques per­son­na­li­tés in­di­vi­duelles, comme Gil­bert Col­lard, Robert Mé­nard, des élus de se­cond rang de la droite tra­di­tion­nelle ou quelques ex­che­vè­ne­men­tistes, mais au­cun par­ti, ex­cep­té le Siel, pe­tite for­ma­tion créée pour l’oc­ca­sion qui a ré­cem­ment re­pris sa liberté.

Le Ras­sem­ble­ment bleu ma­rine, lan­cé en 2012 pour grou­per ces sou­tiens, n’a guère eu de réa­li­té concrète et les Co­mi­tés bleu ma­rine évo­qués fin 2015 n’ont connu au­cune pos­té­ri­té.

« Comme un ma­riage »

Dans un sa­lon hup­pé dans l’ouest de Pa­ris, la can­di­date « Au nom du peuple », se­lon son slo­gan, et l’ex­can­di­dat de De­bout la France ont ri­va­li­sé hier ma­tin de su­per­la­tifs au mo­ment de scel­ler le re­vi­re­ment de ce­lui qui ex­cluait jusque­là toute al­liance. « His­to­rique », ont­ils mar­te­lé.

« C’est comme un ma­riage, y a la fa­mille du marié d’un cô­té… » a plai­san­té Ma­rion Ma­ré­chal­le Pen, la nièce de Ma­rine Le Pen. En ca­deau d’al­liance, le député­maire de Yerres (Es­ sonne) s’est vu pro­mettre Ma­ti­gnon en cas de vic­toire fron­tiste au se­cond tour de la présidentielle.

Pour les deux di­ri­geants po­li­tiques, cette al­liance est un pari. Ma­rine Le Pen a concé­dé à Ni­co­las Du­pont­ai­gnan « six en­ga­ge­ments pré­cis », avec l’ob­jec­tif de s’ou­vrir les portes de l’ély­sée en ré­cu­pé­rant une par­tie de l’élec­to­rat de droite.

Prin­ci­pal si­gnal vi­sant les re­trai­tés, qui ont for­te­ment vo­té François Fillon et qui sont hos­tiles à une sor­tie de l’eu­ro, l’ac­cord ne pré­sente plus comme une ur­gence la trans­for­ma­tion de la mon­naie unique en mon­naie com­mune, avec re­tour pa­ral­lèle au franc.

« La tran­si­tion de la mon­naie unique à la mon­naie com­mune eu­ro­péenne n’est pas un préa­lable à toute po­li­tique économique, le ca­len­drier se­ra adap­té aux prio­ri­tés et dé­fis im­mé­diats que le gou­ver­ne­ment de la France de­vra re­le­ver », est­il écrit dans l’ac­cord dif­fu­sé hier.

Ma­rion Ma­ré­chal­le Pen a d’ailleurs in­di­qué hier que la né­go­cia­tion sur L’UE et l’eu­ro dé­bu­te­rait « en 2018 » pour du­rer « plu­sieurs mois », voire « an­nées », alors que la can­di­date FN pro­met­tait jus­qu’à pré­sent de dé­bu­ter si­tôt élue cette né­go­cia­tion, pour une du­rée de six mois.

Ab­sents en re­vanche de l’ac­cord, donc main­te­nus dans le pro­gramme FN, la « prio­ri­té na­tio­nale » ou l’abro­ga­tion de la loi Tau­bi­ra. Ma­rine Le Pen, qui bé­né­fi­cie dé­jà du sou­tien im­pli­cite de Phi­lippe de Villiers, veut créer une ma­jo­ri­té présidentielle de « pa­triotes », contre les « mon­dia­listes » qui se­raient « coa­li­sés » au­tour d’emmanuel Macron.

« Il s’est flin­gué »

Ni­co­las Du­pont­ai­gnan, qui a fait cam­pagne ces der­nières an­nées en re­je­tant « l’ar­riè­re­bou­tique » fron­tiste « ex­tré­miste », a ré­cu­pé­ré au sein de sa for­ma­tion cer­tains dé­çus du FN. Il a aussi flir­té avec la thèse du « grand rem­pla­ce­ment » (se­lon la­quelle les Afri­cains et Magh­ré­bins mu­sul­mans pren­draient la place des Blancs chré­tiens dans l’hexa­gone) en vogue au sein de l’extrême droite et chez des di­ri­geants FN, mais re­je­tée par Ma­rine Le Pen.

L’al­liance avec le FN ré­sul­te­rait­elle d’un en­jeu fi­nan­cier pour ce­lui qui ne se­ra rem­bour­sé que pour la moi­tié de ses 1,5 mil­lion d’eu­ros de frais de cam­pagne élec­to­rale, faute d’avoir ob­te­nu 5 % des voix au pre­mier tour, comme évo­qué par Emmanuel Macron ou par le cen­triste Jean­ch­ris­tophe Lagarde ?

Ni­co­las Du­pont­ai­gnan a dé­men­ti hier tout « ac­cord fi­nan­cier ». Mais, se­lon un ex­col­la­bo­ra­teur, il « s’est flin­gué » pour « deux mil­lions d’eu­ros », alors que les en­quêtes d’opi­nion n’an­noncent pas une vic­toire fron­tiste.

« Cette aven­ture per­son­nelle et op­por­tu­niste le mène sur le che­min le plus sombre »

BER­NARD AC­COYER. Se­cré­taire gé­né­ral LR à pro­pos de Ni­co­las Du­pont-ai­gnan

DU­PONT-AI­GNAN/LE PEN. Pour les deux di­ri­geants po­li­tiques, cette al­liance est un pari. PHO­TO AFP

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