« Ce n’est pas une dé­faite »

Le point de vue du po­li­to­logue Jean­yves Ca­mus

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 joursfrea n np ce & ol itiqmuoende actualités - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Le Front national es­pé­rait faire mieux au pre­mier tour de la présidentielle, mais s’est heur­té à quelques ré­ti­cences dou­blées d’er­reurs stra­té­giques. Le di­rec­teur de l’ob­ser­va­toire des ra­di­ca­li­tés po­li­tiques, Jean-yves Ca­mus, juge en­core so­lide le cor­don sa­ni­taire face au FN.

Àune se­maine du se­cond tour de la présidentielle, le di­rec­teur de l’ob­ser­va­toire des ra­di­ca­li­tés po­li­tiques JeanYves Ca­mus liste les obstacles aux­quels fait face Ma­rine Le Pen et re­vient sur le faible émoi po­pu­laire sus­ci­té par son ac­ces­sion au se­cond tour.

Le FN au­rait pu mieux faire. Par où ce­la a-t-il pé­ché ? Par plu­sieurs as­pects, il me semble. D’abord, la ques­tion de l’eu­rope. C’est le point faible de son pro­gramme. Je n’émets pas là un avis idéo­lo­gique. Ce point ne fait pas l’una­ni­mi­té chez les élec­teurs fron­tistes. Or ce­la pose pro­blème car il s’agit de la pierre an­gu­laire de son ar­gu­men­taire, dont tout dé­coule.

En­suite, la ligne « ni droite­ni gauche » butte sur un obs­tacle ma­jeur. Il y a des gens qui pour­raient vo­ter FN mais qui se dé­fi­nissent avant tout comme de droite. Leur prio­ri­té nu­mé­ro 1, c’est de dé­ga­ger le PS et Emmanuel Macron, iden­ti­fié de gauche pour eux. Ces élec­teurs de droite se­raient par­tants pour du pro­tec­tion­nisme in­tel­li­gent, mais la na­tio­na­li­sa­tion d’une en­tre­prise, même tem­po­raire, a pour eux des re­lents d’éta­tisme so­cia­liste !

Peut-on s’at­tendre après l’élec­tion à des rè­gle­ments de compte entre les par­ti­sans de la ligne Phi­lip­pot et ceux de Ma­rion Ma­ré­chal-le Pen ? L’une des er­reurs stra­té­giques de cette cam­pagne au­ra été de mettre à l’écart Ma­rion Ma­ré­chalLe Pen, car elle est re­pré­sen­ta­tive d’une par­tie de l’élec­to­rat fron­tiste.

Est-ce que le vote fron­tiste a chan­gé de­puis l’époque du père ? De­puis les an­nées 90, ce vote s’est na­tio­na­li­sé. Avant, il y avait de vraies zones blanches : le SudOuest, une grande par­tie de l’au­vergne et des Pays de la Loire, les Dom­tom… Tou­te­fois, le Front n’a pas fait la percée spec­ta­cu­laire es­pé­rée dans l’ouest, cette terre de mission.

Vous n’êtes pas de­vin, mais les 40 % au se­cond tour, vous y croyez ? Ce qui est cer­tain, c’est qu’au­des­sous, ce­la se­rait per­çu comme un mau­vais score. Il faut quand même se rap­pe­ler qu’at­teindre 40 %, c’était to­ta­le­ment in­en­vi­sa­geable voi­là en­core quelques an­nées ! Moi, je veux bien qu’on me dise par exemple que l’extrême droite a échoué en Au­triche. Certes, le can­di­dat FPÖ, Nor­bert Ho­fer, n’a pas ga­gné la présidentielle. Mais ses 46 % mo­di­fient un peu le pay­sage po­li­tique, tout de même ! Pour Ma­rine Le Pen, ce n’est pas une to­tale vic­toire – le score de pre­mier tour est in­fé­rieur aux ré­gio­nales – mais ce n’est pas une dé­faite non plus, même si je pense qu’elle se­ra bat­tue au se­cond tour.

Son ac­ces­sion au se­cond tour sus­cite as­sez peu d’émoi po­pu­laire dans la rue, à l’in­verse de 2002. Le sceau de la nor­ma­li­sa­tion ? C’est un vrai su­jet. Ceux qui s’étaient mo­bi­li­sés après le 21 avril 2002 se sont aper­çus que le FN a conti­nué à mon­ter mal­gré tout, donc ils sont pas­sés à d’autres modes d’ac­tion, comme l’en­ga­ge­ment as­so­cia­tif et militant. Peu­têtre que l’élec­tro­choc au­rait été plus im­por­tant si Ma­rine Le Pen était ar­ri­vée en tête ou avait at­teint les 30 %…

On peut s’in­quié­ter pour le front ré­pu­bli­cain ? Ona pu ob­ser­ver ici et là quelques man­que­ments à la règle chez des po­li­tiques de droite (Sens Com­mun)… Au­tant Fillon a été clair, au­tant j’ai été sur­pris par Mé­len­chon. Quand on s’ap­pelle Jean­luc Mé­len­chon et qu’on a fait le dis­cours au­tour du bras­sage des ci­vi­li­sa­tions à Mar­seille, on ne peut pas mettre sur le même plan Macron et Le Pen. Je trouve ce­la lé­ger, voire en­nuyeux.

Com­bien de temps ce front ré­pu­bli­cain tien­dra-t-il ? Il peut du­rer toujours… Le Front national est sans doute condam­né à de­ve­nir une force d’op­po­si­tion. Nous n’avons pas de pro­por­tion­nelle, c’est un han­di­cap pour lui. La ma­jo­ri­té des Fran­çais conti­nuent de pen­ser qu’il s’agit d’un par­ti fai­sant cou­rir un risque à la dé­mo­cra­tie. Le cor­don sa­ni­taire fonc­tionne en­core en Eu­rope.

JEAN-YVES CA­MUS. « Le FN est sans doute condam­né à de­ve­nir une force d’op­po­si­tion ». PHO­TO DR

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