La santé passe par le jar­din

Lieux de bien­être, les es­paces verts nous soignent à bien des ni­veaux

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Pau­line Ma­reix ig@cen­tre­france.com

« La sti­mu­la­tion sen­so­rielle per­met de lut­ter contre un cer­tain nombre de mé­faits de la ma­la­die d’alz­hei­mer. » (pho­to Olivier Re­zel) PR. ALAIN CA­LEN­DER

Pou­mon de ver­dure au coeur des villes, havre de paix pour les ma­lades… Les jar­dins nous li­bèrent l’es­prit, nous apaisent, sont vec­teurs de so­cia­bi­li­té et font of­fice de thé­ra­pie non-mé­di­ca­men­teuse pour ceux qui en ont be­soin.

On ne croit pas si bien dire lors­qu’on com­pare un jar­din au « pou­mon » d’une ville. Pour plus de 8 Fran­çais sur 10, ha­bi­ter à proxi­mi­té d’un es­pace vert est im­por­tant. Si le jar­din est source de bien­faits pour les per­sonnes en bonne santé, il l’est a for­tio­ri pour les per­sonnes souf­frant de ma­la­dies cé­ré­brales. Le professeur Alain Ca­len­der est res­pon­sable de l’uni­té Mé­di­cale de Gé­né­tique des can­cers et ma­la­dies mul­ti­fac­to­rielles aux hô­pi­taux de Lyon. En 2011, il crée l’as­so­cia­tion Jar­din, Art et Soin (*). L’idée ? Ou­vrir des jar­dins de par­ti­cu­liers au pu­blic, dans la France en­tière. Et, avec les som­ mes col­lec­tées, ac­com­pa­gner la réa­li­sa­tion de jar­dins de soin dans quelques éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers. Des pro­jets plus pous­sés en­core, dit­il, que les jar­dins thé­ra­peu­tiques, dont les uni­tés Alz­hei­mer doivent être dé­sor­mais obli­ga­toi­re­ment do­tées.

Un jar­din pour les per­sonnes at­teintes de la ma­la­die d’alz­hei­mer, ça change quoi ? Ces per­sonnes sont pro­gres­si­ve­ment dé­con­nec­tées de la réa­li­té et le jar­din per­met de se rac­cro­cher à des re­pères. De leur vie pas­sée, par­fois, si elles avaient un jar­din. Quand on voit cer­tains Eh­pad (éta­blis­se­ments d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes, NDLR), ça donne le ca­fard. Là, le jar­din leur offre un es­pace d’ac­ti­vi­tés et de ren­contres qui change des salles sté­ri­ les. Ça sti­mule leurs cinq sens. Or, la sti­mu­la­tion sen­so­rielle crée une dy­na­mique du cer­veau qui per­met de lut­ter contre un cer­tain nombre de mé­faits de la ma­la­die d’alz­hei­mer.

Et pour les au­tistes ? Pour ceux qui sont at­teints de troubles du spectre au­tis­tique, l’idée c’est de ca­na­li­ser leur éner­gie sur des ac­ti­vi­tés en­ca­drées, d’amé­lio­rer le contact social. Et le jar­din est un ou­til de soin com­plé­men­taire pour les soi­gnants. Les ac­ti­vi­tés de jar­di­nage né­ces­sitent de la concentration et uti­lisent le prin­cipe du mi­mé­tisme. Les per­sonnes au­tistes sont très dé­con­cen­trées et peuvent perdre le contact à tout mo­ment. En par­ti­ci­pant au jar­di­nage, ils trouvent une cer­taine au­to­no­mie.

Mais ça ne bé­né­fi­cie pas qu’aux

per­sonnes ma­lades… Ef­fec­ti­ve­ment, il ne faut pas ou­blier l’im­pact très im­por­tant sur les soi­gnants alors qu’ils frôlent par­fois le burn­out. C’est un pou­mon énorme, le jar­din. « Grâce au jar­din, on s’ouvre au monde », me di­sait un di­rec­teur d’éta­blis­se­ment. Il y a plus d’in­ter­ac­tion avec les pa­tients. Leurs fa­milles viennent plus sou­vent… Et pour ceux qui sont en bonne santé, le fait de jar­di­ner ou d’avoir ac­cès à un es­pace ver­doyant créé un bé­né­fice qua­si im­mé­diat en di­mi­nuant no­tam­ment la ten­sion ar­té­rielle. C’est le même mé­ca­nisme que pour les per­sonnes ma­lades – à sa­voir la sti­mu­la­tion sen­so­rielle et la ca­na­li­sa­tion – mais à un ni­veau beau­coup plus bas.

(*) jar­din­sar­tet­soin.fr.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.