Une plai­san­te­rie pré­si­den­tielle qui ne passe pas…

Em­ma­nuel Ma­cron a iro­ni­sé, jeu­di, en Bre­tagne, sur les « kwas­sa­kwas­sa »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & Monde Actualités -

Em­ma­nuel Ma­cron a dé­clen­ché un tol­lé avec une plai­san­te­rie sur les « kwas­sa-kwas­sa », ces frêles em­bar­ca­tions qui, se­lon lui, ne servent pas à pê­cher mais à « ame­ner du Co­mo­rien » à Mayotte, et sur les­quelles ont pé­ri de nom­breux mi­grants.

Hier soir, l’ély­sée, sans par­ler d’ex­cuses, a re­con­nu « un trait d’hu­mour mal­heu­reux qui a pu bles­ser », mais a ajou­té qu’em­ma­nuel Ma­cron avait « tou­jours eu une po­si­tion très claire, faite de fer­me­té et d’hu­ma­ni­té, sur le su­jet des mi­gra­tions dans l’océan in­dien, qu’il connaît bien ». « C’est un mau­vais pro­cès qui lui est fait quand on connaît ses po­si­tions », es­time l’ély­sée.

Une vi­déo fil­mée par le « pool » de jour­na­listes qui cou­vrait sa vi­site, jeu­di, au Centre ré­gio­nal de sur­veillance et de sau­ve­tage at­lan­tique (Cross) d’étel (Mor­bi­han), dif­fu­sée ven­dre­di dans l’émis­sion Quo­ti­dien (TMC), montre le chef de l’état en train d’échan­ger avec des of­fi­ciels. L’un d’entre eux évoque dif­fé­rents types d’em­bar­ca­tions : « Il y a des ta­pouilles et des kwas­sa­kwas­sa ». « Ah non, c’est à Mayotte, le kwas­sak­was­sa », re­lève alors Em­ma­nuel Ma­cron. Avant d’ajou­ter, sur le ton de la plai­san­te­rie : « Mais le kwas­sa­kwas­sa pêche peu, il amène du Co­mo­rien, c’est dif­fé­rent ». Et de pour­sui­ vre : « Les ta­pouilles, c’est les cre­vet­tiers ».

Les kwas­sa­kwas­sa sont ré­gu­liè­re­ment uti­li­sés par des mi­grants de l’ar­chi­pel in­dé­pen­dant des Co­mores pour ga­gner Mayotte, ter­ri­toire fran­çais si­tué à 70 km. La po­pu­la­tion ma­ho­raise, es­ti­mée à 220.000 ha­bi­tants (chiffre de 2012, que beau­coup es­timent très en des­sous de la réa­li­té), comp­te­rait en ef­fet en­vi­ron 40 % d’étran­gers. Les mi­grants em­pruntent ces « kwas­sa­kwas­sa », des em­bar­ca­tions de for­tune, pour ral­lier les côtes ma­ho­raises illé­ga­le­ment. En 2015, il y a eu plus de 19.000 re­con­duites à la fron­tière à Mayotte contre en­vi­ron 20.000 sur le ter­ri­toire mé­tro­po­li­tain. Mais ces tra­ver­sées ont fait « entre 7.000 et 10.000 morts de­puis 1995 », d’après un rap­port sé­na­to­rial de 2012.

« Si Sar­ko­zy… »

« Ce n’est pas parce qu’on dit que c’était pour rire qu’on n’a rien dit », a dé­cla­ré, hier, le chef de file LR pour les lé­gis­la­tives, Fran­çois Ba­roin, pour qui ces pro­pos sont « cho­quants, en­core plus quand on est pré­sident ». De nom­breux autres res­pon­sables ont ré­agi via des tweets. « Si Sar­ko­zy pré­sident avait pro­non­cé cette phrase face ca­mé­ra, le tol­lé au­rait été gi­gan­tesque. “Du” Co­mo­rien. 12.000 morts », s’est in­di­gnée l’ex­mi­ nistre éco­lo­giste Cé­cile Du­flot. « Pré­sident du groupe d’ami­tié France­union des Co­mores de l’as­sem­blée na­tio­nale, j’in­vite Em­ma­nuel Ma­cron à ré­gler les pro­blèmes lo­caux plu­tôt qu’à en rire », a dé­cla­ré le dé­pu­té PS de Seine­saint­de­nis Da­niel Gold­berg.

« In­digne », se­lon le se­cré­taire na­tio­nal du PCF Pierre Laurent ; une « blague dou­teuse », se­lon la dé­pu­tée eu­ro­péenne LR Na­dine Mo­ra­no ; « il ra­baisse la France », pour le vice­pré­sident du FN Flo­rian Phi­lip­pot. JeanLuc Mé­len­chon (France in­sou­mise) a es­ti­mé qu’« il y a quelque chose de conscient chez lui. C’est une sorte de mé­pris de classe, après ses pro­pos sur les illet­trés et d’autres en­core ».

Les pro­pos du chef de l’état ont été « condam­nés avec la plus grande fer­me­té » et qua­li­fiés de « ra­cistes et déshu­ma­ni­sants » par le Conseil re­pré­sen­ta­tif des Fran­çais d’ori­gine co­mo­rienne, qui a de­man­dé « des ex­cuses pu­bliques ».

PHO­TO AFP

FRÊLES ESQUIFS… Des « kwas­sa-kwas­sa » en­tas­sés à Mayotte, avant leur des­truc­tion.

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