J’ai croi­sé sans au­cune peur des na­zis qui cou­raient par­tout. Un gouffre s’était ou­vert sous mes pieds…

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Région actualité -

pour bé­nir, re­cueillir des mes­sages… j’étais pa­ra­ly­sée der­rière les vo­lets. Quel hor­rible spec­tacle !…. Vers 16 h 15, j’ai en­ten­du des bruits de bottes à l’en­trée de la mai­son. On a ta­pé bru­ta­le­ment. J’ai ou­vert et deux sol­dats m’ont em­me­né dans la cour de la “Ma­nu”. Elle était rem­plie des gens qui avaient été épar­gnés de la pen­dai­son et du train pour les camps de concen­tra­tion… Je me de­man­dais ce que je fai­sais là. Avais­je été dé­non­cée, tra­hie ? Par qui ? Pour quoi ? Deux heures après, un sol­dat est re­ve­nu et m’a lan­cé d’une voix gut­tu­rale : “Par­tez” ! Je me suis di­ri­gée vers la sor­tie avec la peur de prendre une ra­fale de mi­traillette dans le dos. Au de­hors, j’en­ten­dais rire et chan­ter dans le res­tau­rant Ti­vo­li… Je ne suis ren­trée chez moi que vers 19 heures ».

Le sa­me­di 10 juin au ma­tin, une amie d’alice la pré­vient que Laurent est à l’hô­pi­tal. Elle s’y rend et com­prend vite son tra­gique des­tin.

Une dé­pouille non iden­ti­fiable

« On a pu l’iden­ti­fier grâce à ses pa­piers », lui ex­plique­t­on sans l’au­to­ri­ser de voir la dé­pouille. Son­née, Alice tra­verse la ville, à pied, avec dans les mains les quelques ef­fets res­tants de son ma­ri, croi­sant « sans au­cune peur, des na­zis qui cou­raient dans tous les sens… Un gouffre s’était ou­vert sous mes pieds », confie­t­elle…

Elle en sor­ti­ra avec beau­coup de cou­rage, pour me­ner une longue vie qu’elle ra­con­te­ra, 71 ans après, dans ses mé­moires (*).

(*)

d’alice Meyzie. Paru en 2016 aux édi­tions du Net, 220 pages, 17 €.

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