Le plai­sir au tra­vail dope l’ef­fi­ca­ci­té

Les sept sa­la­riés de CN In­dus­trie, à Brioude, choi­sissent les ma­chines, leurs ho­raires de tra­vail et même leur ré­mu­né­ra­tion. Ré­sul­tat : le chiffre d’af­faires du lea­der eu­ro­péen du do­ming a été mul­ti­plié par deux !

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com Éner­gie. L’au­to­no­mie, c’est ce que va ap­por­ter l’ins­tal­la­tion dans les jours à ve­nir d’une cen­trale pho­to­vol­taïque, cou­plée à une bat­te­rie, sur les toits et les par­kings de l’usine. Cet équi­pe­ment p

Des sa­la­riés qui dé­cident en­semble d’ache­ter telle ou telle ma­chine sans de­man­der l’avis du pa­tron, qui se mettent d’ac­cord sur leurs ho­raires de tra­vail en fonc­tion l’un d’une garde al­ter­née, l’autre d’en­fants en bas âge… et qui tranchent sur le mon­tant de leur ré­mu­né­ra­tion, au taux ho­raire, le même pour tous quel que soit le poste, ad­mi­nis­tra­tif ou pro­duc­tif.

« Pas ques­tion de vivre avec la boule au ventre en al­lant au bou­lot »

Vous ne rê­vez pas ! Cette en­tre­prise existe, à Brioude pré­ci­sé­ment. Elle est même lea­der eu­ro­péen du do­ming, une couche de ré­sine trans­pa­rente qui pro­tège comme un ver­nis et ap­porte du brillant à un lo­go in­dus­triel comme au mar­quage d’un pro­duit cos­mé­tique, l’ano­blit.

CN In­dus­trie, son nom, a op­té il y a bien­tôt quatre ans pour l’en­tre­prise li­bé­rée. Dans l’in­ter­valle, elle a dou­blé, avec le même ef­fec­tif, son chiffre d’af­faires de sous­trai­tant pour les arts gra­phiques (sé­ri­graphes, im­pri­meurs, tam­po­graphes…) : 800 clients en Eu­rope, en Asie et en Afrique du Nord.

Mais quelles chaînes em­pri­son­naient donc cette fa­brique de sept sa­la­riés ? « Les contraintes, celles qui rendent le tra­vail pé­nible et peuvent vous rendre ma­lade », ré­pond Clé­ment Ney­rial, le gé­rant non sa­la­rié. À 31 ans, il comp­ta­bi­lise presque une dé­cen­nie dans l’en­tre­prise qu’il a lan­cée, dé­but 2008, et a bien failli quit­ter trois ans plus tard.

« D’une toute pe­tite boîte ar­ti­sa­nale à trois, où l’on tra­vaillait sans contrôle, tout en confiance, on est pas­sé à une usine avec des ma­chines in­dus­trielles, un chef d’ate­lier, des mé­thodes, des règles, des ob­jec­tifs. » Pa­ta­tras !

« Je de­vais ré­pondre à tout, à tous, à toute heure. Je ne tra­vaillais plus qu’à ré­soudre les pro­blèmes dans une am­biance ten­due alors que j’avais em­bau­ché un chef d’ate­lier. »

Pas ques­tion de vivre « qua­rante ans comme ça avec la boule au ventre en al­lant au bou­lot ». Du jour au len­de­main, la rup­ture avec l’an­cien sys­tème est consom­mée au pro­fit d’une « carte blanche lais­sée à l’équipe opé­ra­tion­nelle, de fa­çon col­lec­tive ». Chaque dé­ci­sion se prend à l’una­ni­mi­té. Tous les jours, par exem­ ple, les ho­raires changent se­lon la charge de tra­vail et les dis­po­ni­bi­li­tés des uns et des autres.

« C’est un plai­sir de tra­vailler avec l’ou­til que l’on a choi­si, d’écou­ter la mu­sique que l’on aime dans de bons hauts par­leurs, de man­ger une piz­za sur place ou de pré­fé­rer le res­tau­rant le len­de­main, de se dé­tendre entre deux tâches. Quand on se sent bien au tra­vail, on entre dans une spi­rale ver­tueuse. » En re­trou­vant « du sens », les heures tra­vaillées comme les heures sup­plé­men­taires, ma­jo­ ré­es, ont aug­men­té, boos­tant d’au­tant les ré­mu­né­ra­tions. Les sa­la­riés ont choi­si en outre de bé­né­fi­cier d’une prime d’an­cien­ne­té et d’un in­té­rêt au bé­né­fice. Qui dit mieux ?

Dans ce sys­tème par­ta­gé, et bien­veillant, la pré­sence du « pa­tron » n’est plus im­pé­ra­tive. « La plu­part du temps, j’es­saie même d’être ab­sent de l’usine pour leur lais­ser le plus d’au­to­no­mie, être le moins pos­sible dans le quo­ti­dien, as­sume l’in­té­res­sé. J’in­ter­viens par­fois en mé­dia­teur ou pour in­suf­fler des idées mais j’ai sur­tout l’oeil sur le mar­ché, la concur­rence, les évo­lu­tions tech­no­lo­giques pour gar­der le bon cap, veiller à ne pas s’en­dor­mir sur nos lau­riers. »

IMPRIMERIE. Le sous-trai­tant en do­ming pour les arts gra­phiques compte 800 clients en Eu­rope, en Asie et en Afrique du Nord. © CN IN­DUS­TRIE

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