« Lâ­cher la proie… »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz Ga­vin’s Cle­mente Ruiz. Il est l’au­teur de J’y suis, j’y reste, une pe­tite an­tho­lo­gie des ex­pres­sions de notre his­toire (Al­bin Mi­chel), Les coups de foudre qui ont fait l’his­toire (La li­brai­rie Vui­bert) et Le Fin Mot des ex­pres­sions

«Lâ­cher la proie pour l’ombre. » L’ex­pres­sion d’au­jourd’hui nous in­vite à la sa­gesse, une fois de plus, ins­pi­rée des Fables de Jean de La Fon­taine (IV, 17). « […] Ce chien, voyant sa proie en l’eau re­pré­sen­tée, La quit­ta pour l’image, et pen­sa se noyer. La ri­vière de­vint tout d’un coup agi­tée ; À toute peine il re­ga­gna les bords, Et n’eut ni l’ombre ni le corps. »

« Un tien vaut mieux… »

Cette courte fable est ti­rée d’esope, Le Chien trans­por­tant de la viande, et se­ra reprise plu­sieurs fois, no­tam­ment par de Sa­cy dont il ti­re­ra la maxime « Ce­lui qui dé­sire le bien d’au­trui perd jus­te­ment le sien propre ». Une lo­gique im­pla­cable. La fable nous ra­conte en ef­fet com­ment le chien, sa proie dans sa gueule, le long de l’eau, vit le re­flet de celle­ci et dé­ci­da de sau­ter dans l’eau. Non seule­ment il lâ­cha la bête mais il man­qua de se noyer, et bien sûr ne trou­va rien d’autre que le re­flet de la proie en fuite, et donc le vide…

On a pu lire ici ou là, no­tam­ment chez De­sal­mand et Stal­lo­ni, qu’il s’agis­sait là de la maxime d’une autre ex­pres­sion au sens si­mi­laire « Un tien vaut mieux que deux tu l’au­ras ». À quoi bon tou­jours cou­rir après une chose ima­gi­naire, peu sûre, quand on pos­sède dé­jà quelque chose de bien réel ? C’est une ré­flexion qu’on peut pour­suivre dans plein de re­gistres, tant dans la vie pri­vée que pro­fes­sion­nelle. Belles pen­sées alors !

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