Une mère à re­trou­ver

À l’orée du dé­sert, une pal­me­raie. C’est le point de dé­part de « L’adieu à la femme rouge », nou­veau ro­man de Vé­nus Khou­ry­gha­ta.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Pas­cale Fau­riaux pas­cale.fau­riaux@cen­tre­france.com L’adieu à la femme rouge.

Elle a les che­veux rouges, et sa beau­té sé­duit le pho­to­graphe aux che­veux jaunes. Elle le sui­vra « de l’autre cô­té du dé­sert ». Bou­le­ver­sés par son dé­part, ses en­fants s’ins­tallent d’abord dans un fi­guier, avant de suivre leur père à la re­cherche de leur mère.

C’est d’abord son image qu’ils trou­ve­ront, des mois plus tard, au terme d’un pé­riple de mi­grants. En ef­fet, grâce à l’ob­jec­tif du pho­to­graphe, la mère est de­ve­nue un top mo­dèle cé­lèbre, af­fi­ché sur tous les murs de Sé­ville.

Des­tins de mi­grants

Pen­dant qu’elle jouit de son éphé­mère sta­tut, les en­fants et le père su­bissent la condi­tion de mi­grants. La dif­fi­cul­té de vivre, de se nour­rir, de dor­mir à l’abri. La dif­fi­cul­té de com­prendre et de se faire com­prendre, les in­com­pré­hen­sions au­de­là des ques­tions de la langue, tant la ville eu­ro­péenne est éloi­gnée du vil­lage de la pal­me­raie. Zeit se de­mande, par exemple, si on a be­soin d’écrire quand on sait par­ler : « L’écri­ture n’est utile qu’aux muets », pense­t­il. Sa mère, elle, s’in­ter­roge de­vant « tous ces gens qui courent, s’en­foncent sous terre pres­sés d’ar­ri­ver dans un lieu qu’ils quittent aus­si­tôt pour un autre où les ap­pellent d’autres res­pon­sa­bi­li­tés qu’ils s’im­posent pour tuer le temps. Le temps leur en­ne­mi ». Et pas non plus le droit d’être en­ter­ré en Es­pagne quand la vie de sans­pa­piers se brise.

Ro­man poé­tique

Re­trou­ver la mère, mais la perdre quand même, faire des ren­contres, tis­ser des liens, s’en­ga­ger sur un che­min… Avec un in­dé­niable ta­lent, Vé­nus Khou­ry­gha­ta, ro­man­cière et aus­si poète, met du ro­man dans sa poé­sie et de la poé­sie dans son ro­man.

L’exil, mais aus­si la fa­mille, sont au coeur de L’adieu à la femme rouge, dont cer­tains des­tins tra­giques laissent aus­si place à des si­tua­tions co­casses. Pour au­tant, quand Zeit, de­ve­nu un peintre cé­lèbre et cé­lé­bré, fait le bi­lan, le cons­tat est ter­rible : « Au­cun des mi­grants qu’il connaît n’a réus­si son in­té­gra­tion ».

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