La re­traite est un cap à né­go­cier

Avec la hausse de l’es­pé­rance de vie, les di­vorces chez les se­niors sont de plus en plus fré­quents

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités -

Un quart de siècle de­vant soi : le pas­sage à la re­traite né­ces­site des ajus­te­ments et peut s’ac­com­pa­gner de bou­le­ver­se­ments fa­mi­liaux, comme en té­moigne la hausse des di­vorces de se­niors ob­ser­vée ces der­nières an­nées.

Au sa­lon des se­niors qui se tient tous les ans en mai à Pa­ris, la confé­rence sur « la vie de couple à la re­traite », don­née par la psy­cho­so­cio­logue Anas­tha­sia Blan­ché, est l’une des plus cou­rues. « Pour la pre­mière fois dans l’his­toire de la dé­mo­gra­phie », on a au­jourd’hui « au moins un quart de siècle d’es­pé­rance de vie » quand on prend sa re­traite, sou­li­gnet­elle. Pour les couples, ce­la veut dire « se re­trou­ver entre quatre murs, 24 heures sur 24 », sans le tra­vail qui rem­plis­sait une grande par­tie de leur vie.

« Quand on a des pro­jets et des goûts com­muns, c’est plus fa­cile de pas­ser ce cap », té­moigne Janine, 70 ans, qui a ces­sé de tra­vailler à 55 ans, pour par­tir à la re­traite en même temps que son ma­ri un peu plus âgé. Ce couple d’en­sei­gnants a dans un pre­mier temps « beau­coup voya­gé à l’étran­ger. Ça a créé un sas ». Ils ont avec le temps dé­ve­lop­pé leurs propres ac­ti­vi­tés : as­so­cia­tives pour elle, qui a un plus grand « be­soin de so­cia­bi­li­té » ; billard et pia­no pour lui. « Cha­cun a trou­vé son équi­libre », es­time Janine.

D’autres ont plus de mal. Une per­sonne qui avait « idéa­li­sé » sa re­traite avec son conjoint risque de voir « un désen­chante­ ment » s’ins­tal­ler, pré­vient Anas­tha­sia Blan­ché. Le risque est « l’as­phyxie qui guette ».

Se­lon un son­dage de l’ins­ti­tut des se­niors, pas­ser plus de temps avec son conjoint à la re­traite en­thou­siasme da­van­tage les hommes (67 %) que les femmes (39 %).

Par­mi les sources de fric­tions peuvent fi­gu­rer le choix du lieu de vie. Jacques, un Pa­ri­sien de 62 ans, se ver­rait bien par­tir vivre au Por­tu­gal, pro­fi­ter du so­leil, du moindre coût de la vie et des in­ci­ta­tions fis­cales. Mais pas son épouse : « Per­sonne ne va m’éloi­gner de mes en­fants et pe­tits­en­fants ! »

Di­verses me­naces et sol­li­ci­ta­tions peuvent pe­ser sur les re­trai­tés : ma­la­die, ap­pau­vris­se­ment re­la­tion­nel, pa­rents âgés dont il faut s’oc­cu­per… Cer­tains couples ne ré­sistent pas.

Les chiffres du mi­nis­tère de la Jus­tice montrent que 14.900 hommes de 60 ans ou plus ont di­vor­cé en 2015, 55 % de plus qu’en 2005, et 9.300 femmes (+ 67 %). Se­lon Anne So­laz, cher­cheuse à l’ins­ti­tut na­tio­nal d’études dé­mo­gra­phiques, les di­vorces de se­niors ont même « tri­plé en 20 ans ».

« Grey di­vorces »

Cette ten­dance a un nom, les « grey di­vorces ». Elle s’ex­plique en par­tie par le fait que les gé­né­ra­tions qui ont l’âge de la re­traite sont celles du ba­by­boom, plus nom­breuses. Mais pas seule­ment. Ces gé­né­ra­tions « ont des va­leurs conju­gales un peu dif­fé­rentes de celles qui les ont pré­cé­dées. Ce sont les soixante­hui­tards qui ar­rivent à la re­traite. Ils ont connu l’union libre, la mon­tée des di­vorces ».

Cer­tains dé­marrent une nou­velle vie. On ob­serve en ef­fet éga­le­ment une hausse des ma­riages de se­niors. 13.000 hommes de plus de 60 ans ont convo­lé en 2015, soit 6 % des ma­riages contre 2 % vingt ans plus tôt, et 7.300 femmes (3 % des ma­riages contre 1 %).

COUPLE. « Quand on a des pro­jets et des goûts com­muns, c’est plus fa­cile de pas­ser ce cap », té­moigne Janine, 70 ans, re­trai­tée avec son ma­ri de­puis quinze ans. PH. D’ILLUS­TRA­TION FLO­RIAN SALESSE

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.