« Comme un tueur in­vi­sible » Lu­do­vic Au­ré­gan

Pour le Dr Far­det, l’ex­cès d’ali­ments ul­tra­trans­for­més est no­cif pour la san­té

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Ig@cen­tre­france.com

Le Dr An­tho­ny Far­det fait le lien entre le dé­ve­lop­pe­ment de ma­la­dies chro­niques et ce­lui des ali­ments ul­tra-trans­for­més. Sans al­ler jus­qu’à in­ter­dire ces pro­duits, il conseille de les li­mi­ter à 15 % de notre ali­men­ta­tion.

Nu­tri­tion­niste à l’in­ra de Cler­mont­fer­rand, le Dr An­tho­ny Far­det s’at­taque (*) aux mau­vaises ha­bi­tudes ali­men­taires dues à la consom­ma­tion de pro­duits « tel­le­ment trans­for­més qu’ils n’ont plus rien d’un ali­ment ».

Se­lon une étude pu­bliée dans « The Lan­cet », la mau­vaise ali­men­ta­tion est la pre­mière cause de dé­cès en France et dans le monde. Que vous évoquent ces chiffres ? La mau­vaise ali­men­ta­tion est comme un tueur in­vi­sible. Les ma­la­dies chro­niques qui en dé­coulent se dé­ve­loppent sur le long terme. Elles tuent à pe­tit feu, c’est­à­dire de ma­nière longue et du­rable, sans doute de ma­nière moins spec­ta­cu­laire que l’al­cool, le ta­bac ou les ac­ci­dents de la route. C’est l’une des rai­sons qui font que l’on en parle si peu. Dire : « L’ali­men­ta­tion tue », ce n’est pas très ven­deur pour l’in­dus­trie agro­ali­men­taire. Mais at­ten­tion, ce n’est pas elle que je pointe du doigt, ce sont les ali­ments ul­tra­trans­for­més.

Qu’en­ten­dez-vous par ali­ments ul­tra-trans­for­més ? D’abord, c’est un ali­ment dont on ne peut plus re­con­naître l’ori­gine na­tu­relle. Quand vous al­lez à la cam­pagne, vous ne trou­vez pas d’éle­vage de barre cho­co­la­tée ou d’arbre de barre cho­co­la­tée. On est vrai­ment en face d’un ali­ment re­créé par l’homme à par­tir d’une re­com­bi­nai­son d’in­gré­dients. Dans l’une des barres les plus connues, vous avez du si­rop de sucre, des pro­téines lai­tières, du cho­co­lat, etc. Autre exemple : l’épi de maïs est un pro­duit na­tu­rel, le maïs en boîte est trans­for­mé et le pop­corn est ul­tra­trans­for­mé. Ce sont donc eux qui causent toutes ces ma­la­dies chro­niques ? C’est leur consom­ma­tion ex­ces­sive qui tue. Les ma­la­dies ont ex­plo­sé à la fin des an­nées 1970, au dé­but des an­nées 1980, au même mo­ment que leur ar­ri­vée mas­sive dans nos rayons et dans nos as­siettes. Ces créa­tions de l’homme sont nou­velles pour notre or­ga­nisme. Se­lon mes hy­po­thèses de cher­cheur, notre corps se dé­fend et ré­agit par des in­to­lé­rances, des ma­la­dies chro­niques, etc.

Sont-ils dé­nués d’in­té­rêt nu­tri­tion­nel ? Non. Dans mon ou­vrage, je dé­ve­loppe ce que j’ap­pelle les « trois règles d’or » pour une ali­men­ta­tion saine, du­rable et éthique. Dans la deuxième règle, j’ex­plique que les ali­ments ul­tra­trans­for­més ne de­vraient pas dé­pas­ser 15 % des ca­lo­ries. Au­de­là de ce chiffre, des études montrent que le taux d’obé­si­té com­mence à aug­men­ter. Ils peuvent trou­ver une place dans notre ali­men­ta­tion. La ques­tion de fond n’est pas de ne plus en man­ger du tout, c’est qu’ils ne doivent plus consti­tuer la base de notre ré­gime ali­men­taire.

Que re­pré­sentent les 15 % de ca­lo­ries que vous évo­quez ? Ce­la re­vient à peu près à deux por­tions de pro­duits ul­tra­trans­for­més : ce­la peut être un des­sert lac­té et un verre de so­da par jour, mais il ne faut pas les dé­pas­ser. Ce­la peut aus­si être deux tranches de pain de mie avec de la mousse de ca­nard ou en­core du riz pré­cui­si­né et une mousse lié­geoise.

Quelles sont les « trois règles d’or » dont vous par­liez pré­cé­dem­ment ? La pre­mière consiste à ne pas dé­pas­ser 15 % de ca­lo­ries ani­males. La deuxième vise à ne pas dé­pas­ser les 15 % de ca­lo­ries is­sues d’ali­ments ul­tra­trans­for­més. La troi­sième in­cite à di­ver­si­fier son ali­men­ta­tion non trans­for­mée, si pos­sible avec des ali­ments bio et lo­caux.

Quels peut être le bé­né­fice sa­ni­taire ? Si on suit ces règles d’or, on de­vrait pou­voir ga­gner plu­sieurs an­nées de vie en bonne san­té. Au­jourd’hui, l’homme fran­çais vit 62 ans en bonne san­té et la femme 64. Avec une bonne ali­men­ta­tion, cou­plée à une ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière, on pense que l’on peut ga­gner lar­ge­ment 10 ans de vie en bonne san­té. Ça pa­raît ano­din, mais le gain so­cial, hu­main et éco­no­mique se­rait énorme.

Cette for­mule idéale passe-t-elle par le fait de cui­si­ner soi-même ses plats ? Je pense que dans la me­sure du pos­sible, il faut ré­ap­prendre à prendre le temps de cui­si­ner. Je sais que ce n’est pas fa­cile pour tout le monde, no­tam­ment pour ceux qui ha­bitent dans de grandes villes. Moi qui suis plu­tôt ci­ta­din et qui n’aie pas le temps de cui­si­ner, j’ar­rive à m’en sor­tir en su­per­mar­ché. Je pri­vi­lé­gie un yaourt na­ture qui n’est pas trans­for­mé, plu­tôt qu’un yaourt aro­ma­ti­sé aux fruits. Une fois que l’on a pris le pli, ce­la se fait tout seul. C’est pos­sible et sim­ple­ment une ques­tion de vo­lon­té.

(*) Halte aux ali­ments ul­tra­trans­for­més ! Man­geons vrai, par le Dr An­tho­ny Far­det. Édi­tions Thier­ry Sou­car ; sor­tie le 15 juin.

CON­SEIL. Le Dr Far­det in­cite aus­si à man­ger « des ali­ments bio, lo­caux ». PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION FRÉ­DÉ­RIC MARQUET

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