Un pa­pa, mais pas un hé­ros Flo­rence Ché­do­tal

Oli­vier Bar­bin a lan­cé il y a six ans le blog www.je­suis­pa­pa.com

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième Jour - Flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

« Ar­rê­ter de jouer au gros dur » et s’en­traî­ner au cou­cou­ca­ché

Il ne se prend pas pour un hé­ros de­puis qu’il est de­ve­nu père, il avoue même toutes les dif­fi­cul­tés, au même titre que les bon­heurs, de son nou­veau sta­tut. Père du blog www.je-suis-pa­pa.com, Oli­vier Bar­bin vient de sor­tir un livre de trucs et as­tuces à l’adresse des pa­rents.

«De­ve­nir pa­pa, c’est un peu comme un feu d’ar­ti­fice qui par­ti­rait de tra­vers. C’est beau, mais il faut faire at­ten­tion à ses fesses ». Ain­si Oli­vier Bar­bin est en­tré en pa­ter­ni­té un jour de mai 2011. À 5 h 56 exac­te­ment, il s’est re­trou­vé avec un « lar­don tout­beau tout­neuf » dans les bras. « 3 ki­los et de­mi certes… Mais j’ai me­su­ré tout le poids de ma res­pon­sa­bi­li­té ». Lui qui se croyait prêt à de­ve­nir père se rend sou­dain compte qu’il ne l’est pas du tout. « On me di­sait tel­le­ment que c’était na­tu­rel… Que c’était le mé­tier le plus bête au monde ». Bref, il ne s’at­ten­dait pas à ça. À ce « Big Bang ». À ce dé­fer­le­ment de « ten­dresse en open bar », « d’amour en per­fu­sion », de « questions exis­ten­tielles » et de pa­nique à bord de­vant la moindre pous­sée de fièvre. Sans doute, concède­t­il, la pa­ter­ni­té a­t­elle ré­son­né plus bru­ta­le­ment pour lui qui a été « adop­té » et « ne connaît pas ses gé­ni­teurs ». « Les deux pre­mières an­nées ont été dou­lou­reuses ».

« Dé­com­plexer »

À la nais­sance de sa fille, il lance donc son blog « www.je­suis­pa­pa.com », avec l’idée de fi­ler un coup de main à ses congé­nères. Mais aus­si à leur com­pagne. D’ailleurs, son blog est sui­vi par 80 % de ma­mans, confie cet an­cien jour­na­liste tra­vaillant dé­sor­mais dans la com­mu­ni­ca­tion. Il vient de pu­blier De­ve­nir un su­per pa­pa en 365 trucs & as­tuces (édi­tions Le­duc). Mais loin de lui l’idée de jouer les pa­pas su­per­hé­ros. Lui, ce qu’il veut, c’est « dé­com­plexer les pa­rents » et qu’on puisse « rire en­semble de nos tra­vers ». « Je ne veux pas ren­trer dans le cli­ché du père­mo­dèle. Un su­per pa­pa est un pa­pa authentique. Avant, je me met­tais trop la pres­sion. Il ne faut pas cher­cher à de­ve­nir le père qu’on at­tend de vous, mais ac­cep­ter d’être soi­même. C’est pa­reil pour les ma­mans », confie ce pa­pa d’une pe­tite brune de 6 ans.

Fa­cile à dire. Il sait com­bien les conseils peuvent pleu­voir sur les jeunes pa­rents, en quête de bouées de sau­ve­tage de­vant l’in­con­nu.

Et cette culpa­bi­li­sa­tion, même in­vo­lon­taire, de la part de pro­fes­sion­nels de l’en­fance. « Les conseils ne sont pas tou­jours nuan­cés, ce qui fait qu’on peut fi­nir par se sen­tir cou­pable », re­grette Oli­vier Bar­bin, 42 ans. Main­te­nant qu’il maî­trise le lexique pa­ren­tal, il dis­pense donc avec hu­mour ses pe­tites as­tuces sur l’achat d’un siè­geau­to, le jeu du cou­cou­ca­ché (une va­leur sûre), l’éry­thème fes­sier ou l’en­fi­lage du bo­dy.

Au pas­sage, il sug­gère aux pa­pas de se ra­ser (c’est fra­gile la peau d’un bé­bé), d’évi­ter de « re­ni­fler le cu­cul de bé­bé en pu­blic » pour vé­ri­fier s’il faut chan­ger la couche, d’« ar­rê­ter de jouer au gros dur », de par­ta­ger les cor­vées do­mes­tiques, de ré­vi­ser les pa­roles des comp­tines du cerf dans la fo­rêt et du pe­tit pois­son dans l’eau et de « mettre leur femme de­hors ! ». Oui, mais pour qu’elle puisse « res­pi­rer », se ré­gé­né­rer à l’air libre. Sur­tout si elle a un pro­fil « poule sur un oeuf ».

Il ai­me­rait que le pa­pa soit da­van­tage pris en consi­dé­ra­tion du­rant la gros­sesse, lui qui se sou­vient avoir été par­fois mis à l’écart. « Je conseille aux pères de s’im­po­ser face à quelques sté­réo­types même s’ils sont jus­ti­fiés pour cer­tains hommes. Il faut ar­rê­ter de gen­rer la pa­ren­ta­li­té et en­trer dans une re­la­tion par­ta­gée avec la mère. Je ne cherche sur­tout pas à mon­ter les pères contre les mères ! »

Lors­qu’il voit sa fille sou­riante, cu­rieuse du monde et des gens, Oli­vier Bar­bin se ras­sure de­vant ces « signes qui ne trompent pas ». Quant à ten­ter l’aven­ture à quatre… c’est non. « De­puis deux ans, on re­com­mence à voya­ger, à faire des sor­ties… On pro­fite, on s’éclate à trois ». Alors re­tom­ber dans les couches­bi­be­rons­nuits blanches, non mer­ci. Et puis quand il voit la « tête des co­pains qui en ont deux… »

PÈRE/FILLE. Oli­vier Bar­bin, un père « en ap­pren­tis­sage per­pé­tuel » avec sa pe­tite « My­choup’» de 6 ans. PHOTO HÉ­LÈNE POUIT

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